Benki, un homme madré
Nous avons souvent été critiques dans ces colonnes à l’égard du gouvernement Benkirane. Et à juste titre d’ailleurs, au regard notamment de certains choix économiques qui ont fait l’objet de beaucoup de controverses. Il faut prendre néanmoins de l’altitude pour se rendre compte que, quoi qu’on dise, l’économie marocaine affiche aujourd’hui un profil plus reluisant, avec une nette amélioration des indicateurs macroéconomiques et des perspectives de croissance plus intéressantes, notamment pour l’exercice 2015.
Certes, ce serait présomptueux d’attribuer cette meilleure santé économique du Royaume à l’unique action gouvernementale. Car, il y a des facteurs exogènes qui, en ce moment, font le jeu de l’équipe dirigeante. On en citera deux : la pluviométrie qui impacte positivement la campagne agricole, laquelle est la locomotive de la croissance ; et la baisse des cours du pétrole qui a considérablement allégé la facture énergétique, et donc soulagé le budget. C’est la chance des gouvernants, puisque ces deux facteurs auraient pu être à leur désavantage.
Pour autant, convenons que quand bien même le gouvernement reçoit régulièrement une véritable volée de bois vert, il réussit, petit à petit, à faire passer ses réformes. Des réformes parfois impopulaires certes, mais qu’il ose initier là où les précédents gouvernements ont préféré passer la main. La décompensation, même si ce n’est qu’une étape vers une réforme plus globale du système de compensation, en est une. Elle est passée sans faire de grosses vagues, bénéficiant, il faut l’avouer, de la chute des cours de l’or noir. Et il est en passe de réussir un autre pari : la réforme du système des retraites, une patate chaude que lui ont généreusement refilée ses prédécesseurs. Un dossier miné, aux enjeux socioéconomiques tellement importants que le gouvernement s’y engage à pas calculés, en privilégiant le dialogue et la concertation, non sans recueillir l’avis autorisé du Conseil économique, social et environnemental. Et même face à des syndicats et une opposition qui lui savonnent allègrement la route, le gouvernement est déterminé à aller jusqu’au bout. «La réforme passera», nous assure Mohamed El Khalfi, ministre de la Communication et Porte-parole du gouvernement, invité de la rédaction de Finances News Hebdo, qui a abordé, en toute transparence, différents sujets (code de la presse, réformes structurelles, situation économique du Maroc…) sur lesquels nous reviendrons dans notre prochaine édition.
Bref, c’est dire que même si l’action gouvernementale reste sujette à caution (tout travail est perfectible, dit-on), il relève de l’honnêteté intellectuelle que de reconnaître que sur certains dossiers, il s’est armé d’une bonne dose de courage politique. D’ailleurs, le professeur universitaire et ex-ministre des Finances, Mohamed Berrada, connu pour son franc-parler, nous a livré, la semaine dernière (www.financenews.press.ma), une analyse édifiante. «J’ai été agréablement surpris par la consistance du Chef de gouvernement (…) parfaitement conscient des vrais problèmes du Maroc», a-t-il fait savoir, tout en saluant son courage dans la mise en oeuvre de certaines réformes difficiles que les gouvernements précédents n’ont pas pu faire. «Nous allons assister à un vieillissement de la population. Repousser l’âge de la retraite à 65 ans relève, à mon avis, du bon sens», fait remarquer par ailleurs Berrada, non sans ajouter que «Benkirane rigole, mais en même temps, il fait passer des réformes sans que l’on s’en rende compte». C’est ce que font les hommes madrés.





