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Economie

5G : le Maroc entre dans une nouvelle phase

Des milliards de DH d'investissements, des millions de nouveaux utilisateurs et une course mondiale à l'innovation : la 5G poursuit son expansion à travers le monde. Le Maroc accélère son déploiement avec l'ambition d'en faire un levier de modernisation de son économie. Par K. A.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 18 Juillet 2026 à 14:00
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5G : le Maroc entre dans une nouvelle phase

La course mondiale à la 5G a changé de visage. Après plusieurs années consacrées au déploiement des réseaux, les grandes puissances s'affrontent désormais sur les usages, l'intelligence artificielle, l'industrie connectée et les services à forte valeur ajoutée. La Chine expérimente déjà la 5G-Advanced dans plusieurs centaines de villes, tandis que l'Europe et les États-Unis accélèrent le développement de réseaux 5G Standalone, plus performants et plus autonomes.

Dans ce contexte, le Maroc tente de rattraper son retard et affiche ses premières ambitions. Huit mois après le lancement commercial de la 5G, le Royaume revendique 3,22 millions d'utilisateurs et 8.400 stations de base à fin mars 2026, selon les derniers chiffres de l'Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT).

Le taux de couverture atteint déjà 44% de la population, tandis que les opérateurs devront porter ce niveau à 45% d'ici fin 2026, puis à 85% à l'horizon 2030, conformément aux engagements pris lors de l'attribution des licences. L'ANRT estime que le déploiement de la 5G mobilisera près de 80 milliards de dirhams d'investissements et de charges d'exploitation d'ici 2035.

Ces chiffres témoignent d'un démarrage rapide, mais ils ne racontent qu'une partie de l'histoire. Car la compétition ne se joue plus uniquement sur le nombre d'antennes installées. Elle se mesure désormais à la capacité des pays à transformer cette infrastructure en levier de compétitivité. Selon l'Ericsson Mobility Report 2026, la planète compte désormais plus de 3,1 milliards d'abonnements 5G, tandis que près de 390 opérateurs proposent des services commerciaux.

La région Moyen-Orient et Afrique figure parmi les marchés les plus dynamiques, avec environ 80 millions d'abonnements. De son côté, la GSMA estime que la prochaine étape sera dominée par les réseaux 5G Standalone, capables d'offrir une latence très faible, un découpage intelligent des réseaux («Network Slicing») et des performances adaptées aux besoins des industriels. Pour le Maroc, le défi dépasse largement la téléphonie mobile. La 5G doit devenir une infrastructure stratégique au service des usines, des ports, des réseaux électriques, des exploitations agricoles ou encore de la santé connectée. Khalid Ziani, expert en télécommunications, considère que les objectifs de couverture fixés par le régulateur sont réalistes, mais uniquement sous certaines conditions.

«Atteindre 70 à 85% de couverture populationnelle est probable, car la 5G se concentrera naturellement sur les grandes villes et les zones à forte densité. Mais si l'on parle de couverture territoriale, c'est impossible avec l'organisation actuelle du secteur», estime-t-il. Pour l'expert, la véritable faiblesse du modèle reste la fracture territoriale. Les zones rurales et peu denses risquent de rester durablement en retrait si le déploiement continue de privilégier les centres urbains les plus rentables.

«Le Maroc doit rendre public un véritable Plan national du haut débit. Les zones blanches et les zones grises doivent devenir la priorité. La fracture numérique est en train de devenir une fracture sociale», avertit-il. L'autre enjeu concerne la mutualisation des infrastructures. Dans de nombreux pays, des opérateurs spécialisés construisent et exploitent les pylônes ou les réseaux de fibre pour le compte de plusieurs opérateurs. Cette approche réduit fortement les coûts de déploiement et accélère la couverture des territoires.

«La mutualisation est la clé. Elle divise pratiquement par deux les investissements, voire par trois si les trois opérateurs y adhèrent. Tant que cette mutualisation ne sera pas totale, les coûts resteront élevés et le consommateur en paiera une partie», explique Khalid Ziani. Au-delà des infrastructures, la valeur de la 5G résidera surtout dans les nouveaux usages. L'industrie figure parmi les premiers secteurs concernés.

Les réseaux privés permettront de piloter des robots, des véhicules autonomes ou des chaînes de production en temps réel. L'agriculture de précision bénéficiera de capteurs capables d'optimiser l'irrigation et les intrants. Les ports, les plateformes logistiques et les hôpitaux devraient également tirer parti de la très faible latence offerte par cette technologie. Le Maroc a réussi son entrée dans l'ère de la 5G. L'enjeu consiste désormais à transformer cette avancée technologique en véritable levier de croissance, d'innovation et de compétitivité.

Au-delà du déploiement des infrastructures, le succès de cette transition dépendra de la capacité du Royaume à développer des usages à forte valeur ajoutée et à faire de la 5G un moteur durable de sa transformation numérique. 

 

 

 

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