Aménagement urbain : Sommes-nous sur la bonne voie ?
Depuis quelques années, le Maroc est dans une dyna-mique de déve-loppement qui requiert la mobilisation et l’implica-tion de toutes les compo-santes de la société (pou-voirs publics, secteur privé, société civile…). Le cap que le Royaume a franchi durant cette décen-nie, aussi bien sur le plan des infrastructures, de l’investissement, du climat des affaires, du dévelop-pement socioéconomique, des droits de l’Homme que de l’aspect environnemen-tal, témoigne de cette forte volonté de vouloir rattraper le retard accumulé dans dif-férents domaines, et relever le défi de rejoindre le cercle des pays émergents. Toutefois, ce développe-ment n’est pas toujours perçu par les citoyens dans leur quotidien. En effet, malgré le chemin parcou-ru, le Maroc est toujours à la traîne dans plusieurs domaines. L’exemple le plus visible et le plus pal-pable est celui de l’aména-gement du territoire et de l’environnement naturel de nos villes. La différence est frappante lorsqu’il s’agit de comparer nos villes à celles des pays développés. Prenant le cas de Casablanca, la capitale économique du Royaume, censée donner l’exemple en matière de propreté, de paysage, d’infrastruc-tures de base, en l’occur-rence l’aménagement des espaces verts, est loin de répondre aux caractéris-tiques d’une capitale éco-nomique. Bien au contraire, le constat est accablant. La ville est submergée par les déchets ménagers qui inondent ses rues; le pay-sage urbanistique laisse à désirer, et les espaces verts se font de plus en plus rares. Force est de constater que l’aménagement de ces derniers, qui embellissent la ville tout en apportant une bouffée d'oxygène en vue d’améliorer les condi-tions de vie des citoyens, ne figure pas parmi les prio-rités des pouvoirs publics de la ville. La rareté du fon-cier, notamment dans les grandes villes, et l’absence de cette culture d’espaces verts chez nos responsables expliquent, en partie, l’état actuel de nos villes. Conséquence, l’image que le Maroc cherche à véhicu-ler à travers les avancées enregistrées, aussi bien sur le plan économique que social et environnemental ne se reflète malheureusement pas au niveau des villes. Le constat que dresse, Abdelhadi Bennis, expert en environnement (voir l'oeil de l’expert) est le même que celui de tout Marocain ayant traversé vers la rive nord de la Méditerranée. En effet, à seulement 14 Km, le paysage de notre voisin ibérique est tellement différent du nôtre qu’une question s’impose d’elle même : Le Maroc est-il sur la bonne voie du dévelop-pement ? Ce qui est sûr, c’est qu’un long chemin reste à par-courir, et un changement de mentalité et de culture, aussi bien chez les respon-sables politiques que les citoyens, s’impose.
Conseils pratiques
Planter des arbres pour sauver la planète
Nous sommes tous sensibles au manque d’espaces verts dans nos villes, mais nous ne faisons rien pour y remédier. Nous voulons tous protéger notre pla-nète, mais nous ne sommes toujours pas prêts à changer nos modes de vie et de consommation. La question qui se pose aujourd’hui est jusqu’à quand allons-nous continuer à ignorer cette réalité qui menace notre existence et celle de nos enfants ? Pourtant, des gestes simples pourraient modifier le paysage de nos villes, de nos rues, de notre environnement, ainsi que notre mode de vie. Parmi ces actions, changer notre mode de consommation, sensibiliser notre entourage et nos enfants au respect de l’environnement et de la nature, mais aussi contribuer à arboriser nos villes. Planter des arbres dans nos jardins, dans les espaces publics, dans les écoles de nos enfants permettra non seulement de sauver la planète mais éga-lement d’améliorer notre hygiène de vie et notre environnement. Aussi, faut-il inciter davantage nos élus à aménager plus d’espaces verts dans nos quartiers et à planter plus d’arbres.
L'oeil de l'expert
Pour un meilleur aménagement de notre territoire rifain
Il y a 2 semaines, j’ai participé à un voyage organisé par les anciens de l’Ecole nationale d’horticulture de Versailles, lauréats de plus de 4 décennies à Malaga et ses envi-rons. La ville du sud de l’Anda-lousie ressemble beaucoup, sur le plan du relief et des conditions naturelles, à notre Rif au nord du Maroc. Mon propos n’est pas de parler de cette solidarité exemplaire entre les anciens d’un établissement de formation supérieure, perpé-tuant les échanges d’expériences et l’enrichissement mutuel; rela-tions humaines dont on a grand besoin dans notre pays. Je souhaite plutôt partager avec les lecteurs de Finances News Hebdo les impressions qu’on garde en ce qui concerne l’amé-nagement du territoire et l’envi-ronnement naturel de cette ville en comparaison avec le Rif. En ce qui concerne l’aménage-ment urbain, je pense qu’on peut s’en inspirer à trois niveaux : i/ la ville est d’une propreté sans faille, attirant de très nombreux touristes et créant de nombreuses activités génératrices de revenus et d’emplois; ii/ le modèle de valorisation des anciens quartiers de la ville de Malaga, comme c’est le cas d’ailleurs pour Séville et d’autres villes, repose sur la multiplication de rues piétonnières ornées de balcons fleuris et de pots de plantes ornementales parfaitement entretenus; iii/ la création autour de la ville, non pas comme chez nous en ceinture verte d’arbres forestiers parfois peu fréquentée et souvent mal entrete-nue, mais un jardin botanique contenant une large collection de plantes utilisées comme support pour l’éducation environnementale et servant de lieu de festivités, comme les fêtes de mariage, générant ainsi des revenus à la municipalité. Concernant le milieu rural, trois impressions se dégagent également : i/ les routes menant aux villages d’abord : malgré la sinuosité caracté-ristique des zones montagneuses, ces routes sont parfaitement entrete-nues et balisées, garantissant les meilleures conditions de sécurité aux automobilistes; ii/ les villages, dispersés dans l’espace et perchés sur les flancs de mon-tagnes sont, comme le cas de la ville de Malaga, extrêmement propres, et disposent des infrastructures de base pour rendre agréable la vie des citoyens et pour attirer les amateurs de tourisme rural : des places cen-trales avec des fontaines, le musée, la cathédrale, les restaurants servant des plats traditionnels et procédant à la vente de produits de terroir etc. iii/ le paysage est frappant par la densité des plantations d’arbres frui-tiers traduisant une forte protection de la biodiversité : les cultures tradi-tionnelles, comme l’olivier et la vigne, cohabitent harmonieusement avec des cultures nouvelles largement rémunératrices, comme les manguiers et les avocatiers. L’arrêt au bord des champs laisse clairement apparaître les soins apportés aux arbres : grande charges en fruits, irrigation au goutte à goutte, volume de la biomasse et santé des arbres, etc. Ainsi, un bon équilibre est instauré entre la protection de la nature, les bénéfices économiques et la création d’emplois. Je suis persuadé que le renforcement de la coopération entre le Maroc et l’Espagne dans les domaines de l’aménagement du territoire et de la gestion des villes anciennes ne peut être que bénéfique pour notre pays.
L. Boumahrou





