Finances News HebdoFinances News Hebdo
Editoriaux

Bombes !

LRPar La Rédaction
|Publié le 12 Février 2015 à 11:38
Partager

L’affaire Swiss Leaks a fait cette semaine les choux gras de la presse. Une véritable bombe dont l’explosion risque d’être lourde de conséquences. L’autre bombe, à retardement cette fois-ci, concerne les retraites. Décryptage.

* Retraites : Cette semaine s’est tenue une réunion cruciale concernant la réforme du système des retraites. Comme l’on s’en doutait, il n’en est rien ressorti de concret. Car, en face du gouvernement, il y a les syndicats, très remontés, peu disposés à faire des concessions et ramenant tout à leur cahier revendicatif. Pour l'Union générale des travailleurs du Maroc et de la Fédération démocratique du travail, «le gouvernement n'a apporté aucune réponse mais semble obsédé par la question de la réforme des retraites, même si cela arrive au détriment d'autres volets» du dialogue social. De son côté, le Chef du gouvernement n’en démord pas. Abdelilah Benkirane martèle que la réforme des retraites est inéluctable et «ne saurait être ajournée ou reportée, car il n'est pas digne de laisser les problèmes aux autres et aux futurs gouvernements».

C’est donc l’impasse nourrie par un dialogue de sourds, d’autant que les syndicats ne veulent point dissocier les discussions concernant le dossier des retraites de leurs revendications. Et cette situation où personne ne veut s’écouter risque de perdurer, particulièrement quand on sait qu’il sera difficile, voire impossible pour le gouvernement d’accéder aux requêtes des syndicats. Car leurs exigences sont loin d’être anodines : hausse des salaires, baisse de l'impôt sur le revenu, protection des libertés syndicales, lutte contre le travail temporaire et précaire, contrats à durée déterminée… On y trouve de tout.

Pourtant, la réforme des retraites est urgente. Et le Fonds monétaire international, qui vient de conclure la première revue de la performance économique du Maroc dans le cadre d'un programme de 24 mois appuyé par la ligne de précaution et de liquidité, a de nouveau insisté sur la nécessité d’initier impérativement la réforme (voir page 7).

A un moment donné, il faudra bien que le gouvernement arrête de ménager et la chèvre et le chou pour assumer ses responsabilités.

* HSBC : Alors que l’amnistie fiscale et des changes, avec ses 27 Mds de DH déclarés, n’a pas encore fini de faire parler d’elle, voilà que surgit l’enquête appelée Swiss Leaks, révélée par le journal français Le Monde et sur laquelle ont travaillé plus de 140 journalistes d’une cinquantaine de médias. Les investigations menées sur la base des fichiers de la banque HSBC Suisse volés en 2007 par l’informaticien Hervé Falciani font état de plus de 180 milliards d’euros de fraude fiscale. Sont concernés plus de 106.000 clients de la banque suisse, venant d'environ 200 pays.

L’onde de choc de cette affaire a été ressentie jusqu’au Maroc. Car, parmi plus de 7.700 clients africains de HSBC listés, 1.068 seraient Marocains, avec des avoirs détenus s’élevant à 1,6 milliard de dollars. Bien évidemment, de telles révélations vont particulièrement susciter l’intérêt appuyé des autorités, notamment la Direction générale des impôts et l’Office des changes. Qui peuvent demander et recevoir un certain nombre d’informations de pays avec lesquels le Maroc est lié par des accords.

Mais, ne nous emballons pas trop vite ! Car, il faut garder à l’esprit que ce qui vient d’être publié concerne des comptes qui existaient entre 2006 et 2007. Il y a donc des probabilités pour que leurs détenteurs, ou du moins certains d’entre eux aient pu, entre-temps, régulariser leur situation dans le cadre de l’amnistie fiscale et des changes. A charge pour les autorités marocaines de s’en assurer.


En tout cas, cette affaire sonne comme le début de la fin des paradis fiscaux, surtout que le dernier sommet de l’OCDE a consacré le principe de l’échange automatique d’informations qui va être opérationnel, selon les pays, à partir de 2017-2018. Cela va permettre aux différentes autorités de ces pays de savoir automatiquement ce que détiennent leurs ressortissants à l’étranger. Il sera donc beaucoup plus difficile, voire impossible de frauder. Pour dire que «l’on s’achemine vers la fin du no man’s land fiscal», nous confiait il y a peu Jawad Hamri, DG de l’Office des changes.


David William

Articles similaires