Bourse de Casablanca: Les moteurs du marché au 2ème semestre
Après trois années de hausse, dont 27,6% en 2025, la Bourse de Casablanca a abordé 2026 avec des attentes élevées. Le premier semestre a pourtant ramené le MASI à 18.217 points, en baisse de 3,34%, avant le rebond observé durant l’été. Pour prolonger ce mouvement au second semestre, le marché aura surtout besoin de résultats. Par Y. Seddik

Les indicateurs du premier semestre offrent déjà une première base de lecture. Sur 69 sociétés représentant près de 99% de la capitalisation, les revenus ont progressé de 10,7% à 190,8 milliards de dirhams. Cette croissance reste cependant très concentrée. Hors minières, elle retombe à 5,6%, ce qui montre le poids pris par les industries extractives dans la progression d’ensemble.
Les comptes semestriels complets (à partir de septembre) permettront d’aller plus loin dans l’appréciation de la santé des entreprises cotées lors de cette année chahutée. Après les chiffres d’affaires, les investisseurs regarderont surtout les marges, les résultats nets, le coût du risque pour les banques, la génération de trésorerie et l’endettement.
BKGR considère d’ailleurs les semestriels comme le principal catalyseur de la rentrée.
L’environnement économique reste également porteur, à en croire Bank Al-Maghrib qui table sur une croissance de 5,2% en 2026, avec une valeur ajoutée agricole attendue en hausse de 16% et des activités non agricoles autour de 4,2%. Le HCP estime pour sa part la croissance du deuxième trimestre à 4,8%, soutenue par l’agriculture, les services et une demande intérieure encore dynamique. Un environnement favorable à plusieurs secteurs représentés à la cote, notamment les banques, la distribution, les services, le transport et l’immobilier.
De son côté, le cycle d’investissement public constitue un autre soutien important. La Loi de Finances 2026 prévoit une enveloppe globale de 380 milliards de dirhams, avec des programmes portant notamment sur l’eau, les routes, les ports, les aéroports et le transport. Dans le BTP, cette visibilité se retrouve déjà dans les carnets de commandes. À fin juin, celui de SGTM atteignait 34,8 milliards de dirhams, celui de TGCC 28,4 milliards et celui de Jet Contractors 12,8 milliards. Leur exécution devrait continuer à soutenir l’activité du secteur au second semestre, avec des effets d’entraînement sur les matériaux de construction et l’ingénierie.
La liquidité reste, elle aussi, bien orientée. Le nombre de comptes-titres a bondi de 74% en 2025 à plus de 401.000, tandis que les fonds actions ont terminé l’année avec 77,2 milliards de dirhams d’actifs et une collecte nette de 10,6 milliards. L’introduction en Bourse de T2S Group, en juillet, a confirmé cet appétit. L’opération a attiré 111.149 souscripteurs et généré 48,1 milliards de dirhams de demande pour une offre proche de 1,1 milliard. Ces opérations peuvent absorber ponctuellement une partie de la liquidité disponible, mais elles contribuent aussi à élargir la base d’investisseurs et à maintenir l’intérêt pour le marché actions.
Sur le front monétaire, les conditions restent favorables sans offrir beaucoup plus de marge. Bank Al-Maghrib a maintenu son taux directeur à 2,25% en juin et prévoit une inflation moyenne de 1,5% en 2026. L’arbitrage reste donc encore relativement favorable aux actions. Les tensions sur l’énergie et le regain des pressions inflationnistes à l’international rendent toutefois moins évidente l’hypothèse de nouvelles baisses de taux. Ainsi, une remontée durable des rendements obligataires pèserait mécaniquement sur l’attractivité relative du marché actions, comme ce que l’on constate sur les marchés américains et européens.
Il faudra enfin compter avec le niveau atteint par les valorisations après trois exercices de forte progression. BKGR estime que le rebond d’août ressemble davantage à une normalisation après les prises de bénéfices qu’au départ d’une nouvelle phase de hausse généralisée. Début septembre, le MASI évoluait autour de l’équilibre annuel, alors que le MASI 20 accusait encore un recul de plus de 8%.
En gros, le second semestre dispose donc de plusieurs appuis solides, mais leur effet sera inégal selon les valeurs. La progression des bénéfices, la visibilité sur les carnets de commandes, la solidité des bilans et la capacité des entreprises à convertir la croissance de l’activité en profits devraient peser davantage dans les choix des investisseurs. Après plusieurs années où la hausse du marché a largement porté la cote, la sélection devrait reprendre une place centrale.





