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Budget 2026-2028: Le grand pari fiscal de l’État

La programmation budgétaire triennale fixe le cap des finances publiques jusqu’en 2028. Avec un investissement qui restera élevé l’an prochain, une masse salariale en hausse et des ressources non fiscales appelées à diminuer, le gouvernement compte sur la progression des recettes fiscales pour maintenir le déficit à 3% du PIB et ramener la dette du Trésor à 64%. Par Y. Seddik

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 12 Septembre 2026 à 18:00
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Budget 2026-2028: Le grand pari fiscal de l’État

En cette fin de troisième trimestre 2026, la programmation budgétaire triennale donne surtout de la visibilité sur les deux prochains exercices. Et les marges ne sont pas larges. L’État doit encore financer les grands projets d’infrastructure, poursuivre les réformes sociales et honorer les engagements issus du dialogue social, tout en maintenant le déficit à 3% du PIB.

Les priorités sont déjà connues : infrastructures de transport, eau, santé, enseignement, développement territorial, transformation numérique et projets liés à la préparation de la Coupe du monde 2030. Le document prévoit en parallèle une plus grande maîtrise des dépenses courantes et une concentration des crédits sur les investissements jugés prioritaires.

Pour financer l’ensemble, le gouvernement attend beaucoup des recettes fiscales. Programmées à 366,5 milliards de dirhams en 2026, elles devraient atteindre 386,7 milliards en 2027, puis 407,8 milliards en 2028. Cela représente une hausse de plus de 41 milliards de dirhams en deux ans et une progression annuelle moyenne de 5,5%.

L’impôt sur les sociétés devrait rapporter 100,8 milliards de dirhams l’année prochaine et 107,3 milliards en 2028, contre 94,5 milliards inscrits au titre de 2026. L’impôt sur le revenu passerait de 64,5 milliards cette année à 67,8 milliards en 2027, puis 71,3 milliards en 2028. Pour la TVA, les prévisions atteignent respectivement 120,9 et 127,9 milliards de dirhams sur les deux prochains exercices.

Au total, les recettes fiscales devraient se maintenir autour de 20% du PIB jusqu’en 2028.

«La trajectoire suppose quand même que les recettes fiscales continuent de progresser à un rythme soutenu. Avec des dépenses qui restent élevées, si le rendement fiscal ralentit, tenir les 3% devient forcément plus compliqué», estime Jamal Elhazmir, économiste et consultant en finances publiques.

Cette évolution intervient au moment où d’autres ressources vont commencer à se tasser. Les recettes non fiscales, prévues à 62,7 milliards de dirhams en 2026, reculeraient à 55,7 milliards en 2027, puis à 40,5 milliards en 2028. Leur poids dans le PIB passerait de 3,4% à 2% sur la période.

Les financements innovants expliquent une partie du mouvement. Après les 20 milliards de dirhams prévus cette année, le gouvernement compte encore en mobiliser 15 milliards en 2027. Rien n’est programmé en 2028. Les recettes provenant des établissements et entreprises publics sont, elles, estimées à 25,5 milliards de dirhams l’année prochaine et 25,3 milliards en 2028. Les cessions de participations de l’État doivent par ailleurs rapporter 6 milliards de dirhams par an.

«Ce qu’il faut regarder, c’est aussi la baisse des recettes non fiscales. En 2028, les financements innovants disparaissent de la programmation. L’État aura donc moins de ressources de ce type pour boucler son financement», poursuit notre interlocuteur.

L’investissement ne faiblira pas encore en 2027

Côté dépenses, le gouvernement n’a pas prévu de serrer immédiatement la vis sur l’investissement. Les crédits du budget général qui lui sont consacrés atteignent 136,1 milliards de dirhams dans la programmation 2026. Ils resteraient quasiment inchangés l’an prochain, à 136,5 milliards, avant de revenir à 125,9 milliards en 2028.

La baisse attendue en fin de période intervient après plusieurs années d’accélération. Le ministère l’explique notamment par l’achèvement progressif de certains programmes, dont le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation 2020-2027, ainsi que par l’avancement des projets routiers, ferroviaires et hospitaliers.

Avant cela, plusieurs chantiers continueront d’absorber des crédits importants : routes et autoroutes, infrastructures ferroviaires, équipements liés au Mondial 2030, CHU Ibn Sina à Rabat et CHU de Laâyoune, établissements d’enseignement et de formation, Maroc Digital 2030 ou encore nouvelle feuille de route pour l’emploi.

Les montants prévus pour 2027 ont d’ailleurs été largement revus depuis la précédente programmation budgétaire. Les dépenses du budget général sont désormais supérieures de 7,3% aux projections qui avaient été retenues dans le cadrage 2025-2027. Pour 2026, la révision était de 4,7%. Le ministère l’explique par le coût des accords issus du dialogue social, la protection sociale et l’actualisation de plusieurs grands programmes d’investissement.

«On ne voit pas encore de véritable ralentissement de l’investissement en 2027. Les crédits restent quasiment au même niveau qu’en 2026. Le repli est surtout prévu en 2028, avec l’achèvement de certains programmes», relève l’économiste.

La masse salariale continuera de peser

Les dépenses de fonctionnement ne donnent pas davantage de marge à court terme. Les charges du personnel devraient passer de 195,3 milliards de dirhams en 2026 à 202,4 milliards en 2027, puis à 206,2 milliards en 2028. Sont notamment pris en compte les avancements, les créations de postes et les effets des mesures convenues dans le cadre du dialogue social.

Les crédits consacrés à la compensation devraient, en revanche, continuer à baisser. Ils sont attendus à 12,8 milliards de dirhams en 2027 et à 12,9 milliards en 2028, après 13,9 milliards programmés cette année. Cette baisse intervient alors que les dépenses à caractère social restent importantes, notamment avec la poursuite du chantier de généralisation de la protection sociale.

Quant à la charge des intérêts de la dette, elle devrait rester relativement stable. Elle est estimée à 41,5 milliards de dirhams en 2027 et 42,6 milliards en 2028.

Au bout du compte, le gouvernement conserve la même cible de déficit à 3% du PIB en 2026, 2027 et 2028. Sur cette base, la dette du Trésor passerait de 65,9% du PIB cette année à 64,9% en 2027 et 64% en 2028.

Il faut toutefois regarder le solde de plus près. Le déficit de 3% intègre 6 milliards de dirhams de recettes provenant des cessions de participations de l’État. Sans ces recettes, il ressortirait à 3,4% du PIB en 2026 et 3,3% en 2027 comme en 2028.

«Ramener la dette à 64% du PIB ne dépend pas seulement du déficit. Il faut surtout que la croissance nominale soit au rendez-vous. Si l’un des deux paramètres dévie, la trajectoire de dette peut rapidement être différente», prévient notre interlocuteur.

Le vrai resserrement apparaît donc plutôt en 2028. Cette année-là, les financements innovants ne sont plus prévus, les recettes non fiscales tombent à 40,5 milliards de dirhams et l’investissement commence à refluer. L’État devra pourtant continuer à financer une masse salariale supérieure à 206 milliards de dirhams et maintenir son déficit à 3% du PIB.

Dans ce schéma, la progression des recettes fiscales conditionnera directement le respect des objectifs budgétaires annoncés pour les deux prochaines années.

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