Campagne agricole: l’Etat au chevet des exploitants pour lutter contre la sécheresse
Depuis l’indépendance, le Maroc a fait de la politique des barrages un axe stratégique de son développement. L’augmentation de la capacité de stockage a eu des effets bénéfiques sur de nombreux secteurs. Mais la sécheresse qui sévit actuellement a révélé quelques lacunes qu’il faut combler afin de préserver et mieux gérer les ressources hydriques.

Le Maroc passe par une vague de sécheresse difficile qui perdure depuis trois ans. Il est donc tout à fait prévisible que la campagne agricole ne soit pas satisfaisante. Au titre de la saison 2022/2023, les résultats prévisionnels arrêtés par le département de l’Agriculture font état de 55,1 millions de quintaux de récoltes. Outre la faiblesse de la pluviométrie, la production des trois principales céréales a été limitée par la superficie emblavée, ne dépassant pas 3,65 millions d’hectares contre 4,8 millions en période normale. Ces récoltes sont en baisse de près de 27% par rapport aux hypothèses fixées par la Loi de Finances 2023, qui tablaient sur une récolte de 75 millions de quintaux. Pour revenir à l’évolution de la saison, notons qu’après un démarrage difficile, elle a bénéficié d’un certain redressement grâce aux précipitations des mois de janvier et février 2023. Toutefois, ces pluies ont été très faibles durant le mois de mars et avril de la même année.
«Pour donner de bons résultats, une campagne agricole a besoin d’une bonne répartition spatio-temporelle des pluies. Cette année, l’apport en eau a été perturbé particulièrement lors du démarrage à l’automne 2022 (une période cruciale pour l’emblavement des terres et la poussée des plantes). Mais force est de constater que la saison a été également impactée par un recul des investissements des exploitants qui, sous l’effet de la sécheresse de la précédente saison, ne disposaient pas de la trésorerie nécessaire pour mener à bien les travaux du sol et les semis. Une partie des fellahs a préféré garder leur terre en parcours naturels pour le bétail afin de réduire les charges et les risques», indique Abderrahim Mouhajir, consultant agricole. Et de poursuivre qu’«il y a eu un réel redressement lors de l’hiver 2023, mais la saison printanière a connu à nouveau une absence des pluies. Cela a eu pour conséquence d’impacter sérieusement toutes les filières».
Outre la céréaliculture, d’autres filières ont été marquées, elles aussi, par le désintérêt des agriculteurs pour investir, à l’image de la filière fruits et légumes. C’est ce qui explique en partie la flambée des prix de ces produits, due essentiellement à une baisse sensible de l’offre. Dans ces circonstances, le secteur agricole et le monde rural demeurent sous pression. D’où une forte probabilité de vivre de nouvelles incertitudes, d’autant que les réserves en eau des barrages ne sont pas rassurantes (voir encadré). Il faut s’attendre cette année à des restrictions sur l’utilisation des ressources hydriques. Pour lutter contre la sécheresse, des mesures urgentes ont été décrétées sous l’impulsion royale.
Les priorités sont données à la mobilisation de l’eau potable, à l’abreuvage et aussi à l’irrigation. Pour préserver le cheptel, le gouvernement a mobilisé une enveloppe budgétaire de 2,1 milliards de DH. La feuille de route prévoit la distribution de 7 millions de quintaux d’orge subventionnés au profit des éleveurs de bétail et de 4.000 tonnes d’aliments composés pour les éleveurs de vaches laitières. L’objectif est de faire face à la hausse des prix des aliments de bétail qui ont atteint des records, et à la rareté des fourrages. Les professionnels du secteur de l’élevage ont accueilli ces décisions avec réserve. «C’est une initiative louable, mais elle est insuffisante pour faire face aux besoins.
Les éleveurs sont sous pression. De nombreux exploitants ont vendu totalement ou partiellement leurs troupeaux pour entreprendre d’autres activités, ou du moins pour réduire leurs charges. Le secteur de l’élevage, en général, et particulièrement la filière laitière, rencontre des difficultés d’une grande ampleur qui impactent son évolution. Nous rencontrons des problèmes au niveau de la mobilisation de l’eau, que ce soit pour l’abreuvage ou pour l’irrigation afin de produire du fourrage ou de l’aliment de bétail», souligne Abdelaziz Latifi, vice-président de l’Association nationale des producteurs de viandes rouges (ANPVR).
«Avec la faiblesse de la pluviométrie enregistrée ces dernières années, nos parcelles de terre affichent un rendement à l’hectare médiocre, parfois en deçà de ce que nous avons investi. Nous sommes obligés d’acheter ce dont nous avons besoin du marché et à un prix élevé. Du coup, le rendement de notre activité, que ce soit pour le lait ou la viande rouge, n’a cessé de baisser ces dernières années. Le prix de vente du lait départ ferme a augmenté pour atteindre 4,80 DH/l. Mais cela est insuffisant pour couvrir les charges. L’aliment de bétail par exemple atteint actuellement 5,50 DH/kilo», ajoute-t-il. Pour renforcer la mobilisation des ressources hydriques en vue de répondre à la demande sans cesse croissante, les travaux de construction des barrages ont été accélérés. Il faut rappeler que le Maroc dispose actuellement de 149 barrages ayant une capacité de stockage d’eau de 19 milliards de m3.
Le gouvernement prévoit de lancer une vingtaine d’ouvrages pour porter le volume à 24 milliards de m3 à horizon 2030, dont plus de 85% sont destinés à l’agriculture. Le plan national de l’eau prévoit, à l’horizon 2030, la modernisation des canaux de distribution et des infrastructures hydrauliques dans les différentes régions du Royaume afin d’assurer une bonne gestion de cette denrée rare. Dans le même sillage, l’exécutif veut accélérer les délais de construction des barrages pour les rendre opérationnels le plus vite possible.
Vaste campagne de vaccination du cheptel
Le programme de lutte contre la sécheresse prévoit la vaccination et le traitement de 27 millions de têtes d’ovins et de caprins, de 200.000 têtes de camelins ainsi que le traitement des abeilles contre la maladie de la Varroa pour un budget de 300 millions de DH. Il s’agit aussi de la réhabilitation de la petite et moyenne hydraulique pour un budget de 255 millions de DH. Parmi les mesures prises, figure aussi l’abreuvement du cheptel à travers l’aménagement et l’équipement de points d’eau pour un budget de 224 millions de DH. Le programme envisage l’irrigation de compléments pour la pérennisation des vergers nouvellement plantés pour un budget global de 121 millions de DH.





