Finances News HebdoFinances News Hebdo
Economie

Caisse Marocaine des Retraites: Coopération sud-sud, performances fi nancières, stratégie… Lotfi Boujendar nous dit tout

Dans cette grande interview, le Directeur général de la CMR, nous parle de l’importance de la coopération entre pays de l’Afrique dans la stratégie de la caisse. Nous en profi tons pour le questionner sur la stratégie financière de la CMR.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 30 Juin 2023 à 09:11
Partager
Caisse Marocaine des Retraites: Coopération sud-sud, performances fi nancières, stratégie… Lotfi Boujendar nous dit tout

Finances News Hebdo : Dernièrement, vous avez été primée par l’Association Internationale de la Sécurité Sociale à l’occasion de son forum organisé à Abidjan (Côte d’Ivoire). D’abord, de quel prix s’agit-il et, en relation avec la thématique de cet évènement, nous voudrions savoir, de par votre expertise reconnue à l’échelle internationale en tant qu’actuaire, comment voyez-vous l’avenir des régimes de retraite dans le continent africain face au défi du vieillissement démographique qui est souvent pointé du doigt comme la cause principale de la crise des retraites ?

Lotfi Boujendar : Effectivement, la CMR a été récompensée par 4 prix lors de cet événement. Ainsi elle s’est vue décerner: le Certificat d’excellence en matière de bonne gouvernance, le certificat de mérite avec mention spéciale pour la mise en place d’un Open Lab: espace collaboratif d’innovation, Le certificat de mérite pour l’émission «Comprenons la retraite !» : un concept pour vulgariser les notions et la terminologie juridiques et techniques liées aux droits et obligations des usagers, une attestation de bonne pratique pour la mise en place d’un espace libre-service au profit des usagers. Concernant la 2ème partie de votre question, il faut savoir que le vieillissement en Afrique est un phénomène difficilement évitable, la tendance démographique en Afrique se caractérisent actuellement par une croissance rapide de la population et un vieillissement progressif. l’Afrique du Nord et l’Asie occidentale devraient connaître la croissance la plus rapide du nombre de personnes âgées, passant de 29 millions en 2019 à 96 millions en 2050 et la deuxième augmentation la plus rapide est prévue pour l’Afrique subsaharienne, où la population âgée de 65 ans ou plus pourrait passer de 32 millions à 101 millions au titre de la même période, ce qui aura des répercussions importantes sur les besoins socio-économiques et le ratio de dépendance démographique et mettra une pression supplémentaire sur les systèmes de prévoyance sociale et nécessitera des réformes et des ajustements. Cependant, il faut savoir que le problème des retraites ne se pose pas avec la même gravité pour tous les pays africains pour plusieurs raisons : tout d’abord parce que le continent présente diverses situations par rapport à la transition au vieillissement démographique, dans la mesure où les parts des plus jeunes sont assez différenciées. L’Afrique centrale apparaît la plus jeune avec 44,6 % de sa population âgée de moins de 15 ans contre, l’Afrique australe la moins jeune avec seulement 30%. Ces différences sont encore plus fortes entre pays, et ensuite parce qu’il y’a d’autres facteurs qui impacte le système de retraite tel que la fragmentation du système de retraite, la faiblesse des taux de couverture, le chômage et l’informalité du travail. De plus, la plupart des pays africains sont confrontés à des défis politiques, économiques et financiers pour mettre en place des réformes qui assurent la viabilité et l’efficacité des régimes de retraite.

F. N. H. : Quelle importance revêt la coopération sud-sud dans votre stratégie de coopération internationale et comment évaluez-vous ses retombées, que ce soit pour la CMR ou pour les organismes partenaires ?

L. B. : Guidés par les directives royales, nous accordons une importance particulière à la coopération avec les pays africains et à la consolidation d’un modèle de coopération sud-sud basé sur la parité, la solidarité, la synergie et l’échange d’expertise et d’expérience dans divers domaines d’activités tels que l’actuariat, le système financier et comptable, système d’information; système de contrôle interne, l’investissement des Fonds des Réserves et la réforme des régimes de retraite. Durant les 7 dernières années, la coopération de la CMR avec les pays du Sud a eu des effets positifs sur les institutions partenaires en termes de renforcement des capacités et de transfert du savoir. Concrètement, nous avons mené plusieurs actions avec des caisses de retraite des pays subsahariens tels que la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso, le Sénégal, le Togo, la République Démocratique du Congo et le Gabon. Dans ce cadre, nos experts métiers s’emploient soit à partager leur expérience, soit ils apportent leur appui technique, ou carrément ils accompagnement à la mise en œuvre des activités au sein de ces institutions.

F. N. H. : Concernant votre stratégie financière, nous remarquons que la CMR s’est renforcée considérablement dans la classe d’actifs des OPCI. Que vous rapporte ce type de placements ?

L. B. : Au gré de la réforme paramétrique du Régime des Pensions Civiles engagée par les Pouvoirs Publics en 2016, nous avons décidé de repenser notre stratégie d’investissement en visant les classes d’actifs alternatifs en l’occurrence celle de l’immobilier. En s’appuyant sur les conclusions d’une étude que nous avons diligentée auprès d’un Cabinet spécialisé, nous avons formalisé dans le détail notre stratégie en faveur d’un positionnement sur des actifs immobiliers «Primes» à fort rendement. Profitant d’une consultation initiée par les Pouvoirs Publics dans le cadre du processus des Financements innovants, nous avons entamé l’implémentation de notre stratégie à partir de 2019 en procédant à l’acquisition, de plusieurs actifs immobiliers dans les thématiques «Santé» et «Education». Concomitamment à ces acquisitions, la CMR a conclu, avec l’Etat, des contrats de bail Triple Net sur du très long terme. Afin de liquéfier et optimiser notre engagement dans la classe de l’immobilier, nous avons décidé, après accord de notre Conseil d’Administration, d’apporter les actifs acquis auprès de l’Etat à des OPCI dédiés. La mise en place de ce projet nécessitait le recrutement, par voie de consultation, de 06 Sociétés de Gestion et l’agrément par l’AMMC de 06 OPCI. Valeur aujourd’hui, la CMR porte pas moins de 13 Mrd MAD d’actifs, représentant 22,5% de l’encours global des OPCI à fin 2022 (57,8 Mrd MAD).

F. N. H. : Un mot sur le régime complémentaire Attakmili. A-t-il continué à surperformer cette année malgré le contexte sur le marché des capitaux ?

L. B. : Depuis sa création en 2005, notre produit de retraite complémentaire a livré des rendements exceptionnels. Ces réalisations reflètent la pertinence de nos choix stratégiques et de notre modèle économique porté par une gestion dynamique assurée par une équipe de gestion professionnelle, qui a su anticiper les tendances des marchés sur lesquels nous sommes autorisés à investir. Dépendamment des actions de sensibilisation à l’intérêt de la retraite complémentaire que nous avons mise en place ces dernières années pour augmenter le nombre de nos affiliés et malgré l’étroitesse de la profitabilité escomptée des marchés financiers, nous continuons à livrer les meilleurs taux de rendement de la place. Au titre de l’année 2022, notre Régime complémentaire «ATTAKMILI» a servi à ses affiliés une rentabilité de 5,10%, soit un niveau de rendement des plus élevés sur le marché ainsi qu’une évolution soutenue du nombre d’affiliés. Aujourd’hui, et après plus de 15 années d’existence sur le marché des fonds de pensions, il paraît nécessaire de renforcer la compétitivité et la solidité de ce régime en tenant compte notamment des évolutions liées aux marchés financiers et aux caisses des retraites. Dans ce sens, nous sommes en mesure d’étudier l’opportunité d’amender l’arrêté relatif à la création du régime ATTAKMILI. Les amendements visent à accroître davantage l’attrait du régime ATTAKMILI en termes de flexibilité et de simplification sur les plans administratif et financier. Ceci nous permettra de consolider notre positionnement dans la gestion de la retraite complémentaire à l’échelle nationale.

 

 

 

Articles similaires