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Dealkhir: «Nous voulons faire en sorte que la générosité devienne un réflexe du quotidien»

Depuis sa création en 2021, Dealkhir a progressivement fait évoluer son modèle pour devenir une plateforme de Donation-as-a-Service. La startup accompagne les entreprises dans l’intégration de la solidarité au cœur de l’expérience d’achat. Entretien avec son fondateur et CEO, Hamza Bakkach. Propos recueillis par Ibtissam Z.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 13 Septembre 2026 à 10:00
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Dealkhir: «Nous voulons faire en sorte que la générosité devienne un réflexe du quotidien»

Finances News Hebdo : Depuis la création de Dealkhir en 2021, votre modèle et votre positionnement ont évolué. Quel bilan faites-vous aujourd’hui de cette expérience entrepreneuriale ?

Hamza Bakkach : Depuis la création de Dealkhir, notre vision n’a jamais changé. En effet, nous utilisons la technologie pour rendre le don plus simple, transparent et accessible. En revanche, notre façon d’y parvenir a beaucoup évolué. Au départ, nous pensions nous adresser directement aux particuliers. Très vite, le marché nous a montré que le véritable levier de transformation se trouvait du côté des entreprises. Chaque jour, elles interagissent avec des milliers de consommateurs. Nous avons donc choisi d’intégrer la solidarité directement dans ces parcours d’achat, plutôt que de créer un énième canal de collecte.

C’est ce qui nous a amenés à faire évoluer Dealkhir vers une infrastructure de Donation-as-a-Service, qui permet aux entreprises d’intégrer facilement le don dans leurs sites e-commerce, leurs applications, leurs programmes de fidélité ou leurs solutions de paiement.

Cette aventure m’a surtout appris qu’une bonne idée ne suffit pas. Il faut être capable d’écouter ses clients, de remettre en question ses certitudes et parfois de changer complètement d’approche. Certains de nos meilleurs apprentissages sont venus de nos erreurs et des retours du terrain. Aujourd’hui, notre ambition va au-delà de faciliter les dons. Nous voulons faire en sorte que la générosité devienne un réflexe du quotidien, intégré naturellement dans les usages des entreprises et des consommateurs.

F.N.H. : Dealkhir s’inscrit à la croisée de la technologie, de la RSE et de la solidarité, avec son modèle de Donation-as-a-Service. Comment percevez-vous aujourd’hui l’évolution de la demande des entreprises pour ce type de solutions et comment le marché marocain a-t-il évolué ?

H. B. : Le marché marocain est en train de changer en profondeur. Il y a quelques années, la RSE était souvent perçue comme une démarche de communication. Aujourd’hui, les entreprises cherchent surtout des actions concrètes, mesurables et qui créent une véritable valeur, aussi bien pour leur image que pour leurs clients.

En parallèle, les consommateurs sont devenus plus exigeants. Ils attendent des marques qu’elles proposent plus qu’un produit ou un service. Ils veulent donner du sens à leur consommation et soutenir des entreprises dont les engagements sont réels.

C’est exactement là que notre modèle trouve sa place. Avec Dealkhir, nous permettons aux entreprises d’intégrer la solidarité directement dans l’expérience d’achat, que ce soit à travers le cashback solidaire, l’arrondi en caisse ou les programmes de fidélité à impact.

Je pense que le Maroc a tous les atouts pour devenir un marché de référence dans ce domaine. La solidarité fait partie de notre culture. En combinant cette tradition avec la digitalisation des paiements et du commerce, nous pouvons faire émerger de nouveaux modèles où chaque achat peut contribuer à une cause, de manière naturelle et transparente.

F.N.H. : Quel regard portez-vous aujourd’hui sur l’écosystème entrepreneurial marocain ? Quels sont les leviers qui fonctionnent et ceux qui mériteraient encore d’être renforcés ?

H. B. : J’ai commencé l’entrepreneuriat en 2015. À cette époque, l’écosystème était encore jeune. Il existait peu de structures d’accompagnement, peu de programmes dédiés aux startups et les solutions de financement étaient assez limitées. Les entrepreneurs devaient souvent avancer seuls et apprendre sur le terrain.

En une dizaine d’années, j’ai vu les choses évoluer très rapidement. Aujourd’hui, le Maroc dispose d’incubateurs, d’accélérateurs, de concours, de programmes d’accompagnement et de mécanismes de financement qui n’existaient pas ou étaient beaucoup moins accessibles.

J’ai moi-même eu l’opportunité de participer à plusieurs programmes, au Maroc comme à l’international. Ils nous ont aidés à structurer notre vision, à rencontrer des partenaires et à nous ouvrir à d’autres marchés.

Pour autant, le plus grand défi commence après cette première phase. Une startup a surtout besoin de trouver ses premiers grands clients, d’accéder à des financements adaptés à sa croissance et d’être accompagnée dans son passage à l’échelle.

Je crois que la prochaine étape pour notre écosystème est de renforcer les liens entre les startups et les grandes entreprises. Le meilleur soutien qu’une startup puisse recevoir, ce n’est pas uniquement un financement, c’est aussi un premier client qui lui fait confiance.

F.N.H. : Quelle place le financement a-t-il occupée dans le développement de Dealkhir et quelles solutions faudrait-il davantage développer au Maroc pour accompagner les startups ?

H. B. : Le financement a joué un rôle important dans le développement de Dealkhir, mais je le considère avant tout comme un accélérateur. Une startup ne se construit pas uniquement grâce à un financement, elle se construit surtout grâce à ses clients, à son équipe et à sa capacité à s’adapter.

Nous avons bénéficié de quelques programmes de soutien qui nous ont permis d’accélérer certaines étapes de notre développement. En plus du financement, ils nous ont apporté de la visibilité, de la crédibilité et des opportunités de rencontres.

En revanche, la plupart des programmes reposent sur un plan de financement établi plusieurs mois à l’avance. Entre le dépôt d’un dossier, sa validation et le décaissement des fonds, il peut parfois s’écouler plusieurs mois. Pendant ce temps, les priorités d’une startup évoluent. Cela crée parfois un décalage entre le financement accordé et les besoins réels de l’entreprise.

Je pense qu’il serait intéressant de rendre ces dispositifs plus agiles, avec des délais de traitement plus courts et davantage de flexibilité, tout en conservant les mécanismes de contrôle nécessaires.

Je reste convaincu que le meilleur indicateur de la santé d’une startup reste sa capacité à convaincre des clients. Les financements sont essentiels pour accélérer une croissance, mais ce sont les revenus et la confiance du marché qui permettent de construire une entreprise durable.

F.N.H. : Qu’est-ce qui permet aujourd’hui à une startup de transformer une idée innovante en un modèle solide et qui marche ?

H. B. : Avec le recul, je pense qu’on accorde souvent trop d’importance à l’idée. Une bonne idée est importante, mais elle ne représente qu’une petite partie du chemin. Ce qui fait vraiment la différence, c’est la capacité à comprendre un problème, à écouter ses clients et à construire une solution qui répond à un besoin réel.

Je suis convaincu qu’une startup doit aller sur le terrain le plus tôt possible. Il ne faut pas attendre que le produit soit parfait pour le confronter au marché. Les retours des premiers clients valent souvent beaucoup plus que des mois de réflexion en interne. C’est en testant, en ajustant et parfois en changeant complètement d’approche que l’on construit un modèle solide.

L’autre élément essentiel, c’est l’équipe. Un entrepreneur ne réussit jamais seul. Il faut savoir s’entourer de personnes qui partagent la même vision, qui apportent des compétences complémentaires et qui sont capables d’avancer ensemble, même dans les périodes les plus difficiles.

Je pense que la résilience est la qualité la plus importante. Dans une startup, les obstacles font partie du quotidien. Il y a des moments de doute, des refus, des imprévus. La différence ne se fait pas entre ceux qui échouent et ceux qui réussissent, mais entre ceux qui abandonnent et ceux qui continuent à apprendre et à avancer.

Au fond, une entreprise durable ne se construit pas autour d’une idée, mais autour d’une capacité à évoluer en permanence sans perdre de vue sa mission.

F.N.H. : Quelles sont les prochaines étapes de votre développement et quels marchés souhaitez-vous cibler ?

H. B. : Après plusieurs années de développement, notre priorité est désormais d’accélérer l’adoption de notre technologie par les entreprises. Nous constatons un intérêt grandissant pour des solutions qui permettent d’intégrer simplement la solidarité dans l’expérience client.

Notre ambition est de faire de Dealkhir une infrastructure capable de s’intégrer naturellement aux plateformes de paiement, aux solutions e-commerce et aux programmes de fidélité.

Nous préparons également une nouvelle étape avec Karam, un wallet à impact qui permettra aux utilisateurs de soutenir automatiquement une cause lorsqu’ils réalisent leurs achats du quotidien.

Notre priorité reste le Maroc. Nous souhaitons y consolider notre présence avant d’accompagner des partenaires dans d’autres pays d’Afrique et de la région MENA.

Je suis convaincu que les entreprises de demain ne seront plus seulement évaluées sur leurs performances économiques, mais aussi sur leur capacité à avoir un impact positif.

F.N.H. : Avec le recul de plusieurs années d’entrepreneuriat, quelle est aujourd’hui votre vision de l’entrepreneuriat au Maroc ? Et quel message souhaitez-vous adresser aux jeunes qui souhaitent se lancer dans cette aventure ?

H. B. : Quand j’ai commencé à entreprendre en 2015, avec la création de Brain Solutions, mon objectif était de construire une entreprise spécialisée dans les technologies de l’information et l’analyse des données. Cette entreprise continue aujourd’hui de se développer et représente une étape importante de mon parcours.

Quelques années plus tard, j’ai ressenti le besoin d’aller plus loin. J’avais envie de mettre cette expertise technologique au service d’un projet qui crée un impact direct sur la société. C’est cette réflexion qui m’a conduit à créer Dealkhir.

Je suis très optimiste pour l’entrepreneuriat au Maroc. L’écosystème a beaucoup évolué depuis mes débuts et les opportunités sont bien plus nombreuses.

Aux jeunes qui souhaitent entreprendre, je dirais de ne pas chercher uniquement à créer une startup, mais de résoudre un problème réel. Le succès se construit avec de la patience, de la persévérance et une capacité permanente à apprendre.

En toute sincérité, ce qui me motive le plus, c’est de savoir que ce que nous construisons peut améliorer concrètement la vie des gens et contribuer, à notre niveau, au développement de notre pays. C’est cette quête de sens qui guide chacune de nos décisions. C’est aussi ce qui donne tout son sens à l’aventure Dealkhir. ◆

 

 

 

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