Dépréciation du Dirham : Faut-il vraiment s’inquiéter ?
Le Dirham poursuit son repli face aux principales devises internationales. Selon Bank Al-Maghrib, la monnaie nationale s’est dépréciée de 1,4% face à l’Euro et de 2% vis-à-vis du Dollar entre août et septembre 2026.

Une tendance prolongée début octobre, avec un recul respectif de 1,47% et 2,95% entre le 1er et le 7 octobre. Le Dollar est ainsi passé de 9,682 à 9,977 DH, tandis que l’Euro franchissait le seuil symbolique des 11 DH.
Cette dépréciation n’a certes rien d’alarmant à ce stade. Elle constitue néanmoins un signal à surveiller, dans un contexte où les équilibres extérieurs restent sensibles aux fluctuations internationales.
Car si le régime de change encadré du Dirham offre une certaine stabilité, il ne protège pas l’économie marocaine des tensions monétaires.
Rappelons que le Maroc importe une grande partie de ses besoins énergétiques, biens d’équipement, matières premières et produits intermédiaires indispensables à son appareil productif. Chaque mouvement défavorable du taux de change peut donc alourdir la facture. Et lorsque le Dollar et l’Euro progressent simultanément face au Dirham, les répercussions se multiplient.
Le contexte commercial n’est d’ailleurs guère rassurant. Selon l’Office des changes, le déficit commercial s’est creusé de 25,4% à fin août 2026, atteignant 282,6 milliards de dirhams, tandis que la facture énergétique augmentait de 32,6%. Ces chiffres ne permettent pas d’attribuer la dégradation des échanges au seul facteur monétaire. Ils montrent néanmoins que le recul du Dirham intervient dans un environnement déjà fragilisé.
Et c’est précisément là que le sujet devient préoccupant. Une dépréciation peut rapidement se transformer en surcoût pour les entreprises importatrices, contraintes de comprimer leurs marges ou d’augmenter leurs prix. Dans le second cas, c’est le consommateur qui règle l’addition, avec le risque de voir ressurgir des tensions inflationnistes.
Il serait toutefois excessif d’y voir une menace immédiate. Tout dépendra de la durée de la dépréciation, des cours internationaux et de la capacité des entreprises à absorber les surcoûts.
Parallèlement, un Dirham moins fort peut améliorer la compétitivité-prix des exportations et augmenter la contre-valeur des recettes touristiques et des transferts des Marocains résidant à l’étranger. Encore faut-il que ces avantages ne soient pas neutralisés par le renchérissement des intrants importés.
C’est toute l’ambiguïté des dépréciations monétaires : elles peuvent stimuler certaines activités tout en fragilisant d’autres.
Faut-il alors envisager une intervention de Bank Al-Maghrib ? La question appelle une réponse mesurée. La Banque centrale n’a pas vocation à neutraliser chaque variation du taux de change. Défendre coûte que coûte un niveau donné du Dirham pourrait s’avérer contre-productif. En revanche, elle doit veiller à ce que les fluctuations ne dégénèrent pas en déséquilibres durables ou en anticipations excessivement défavorables.
Autre élément rassurant : le Dirham s'affaiblit alors que les réserves de change se renforcent. Au 2 octobre, les avoirs officiels de réserve atteignaient 515,7 milliards de dirhams, en hausse de 23% sur un an. La Banque centrale n'a, par ailleurs, procédé à aucune adjudication sur le marché des changes entre le 1er et le 7 octobre.
Autrement dit, la dépréciation récente du Dirham ne s'accompagne pas d'un assèchement des réserves en devises. Une situation qui invite à relativiser les inquiétudes, sans pour autant minimiser les pressions exercées sur la monnaie nationale. u





