Dispositifs médicaux: le Maroc peut mieux faire
La filière des dispositifs médicaux dépend presque entièrement des importations. Pourtant, l’activité présente des perspectives réelles de substitution à travers la production locale.

La pandémie a révélé la dépendance du Maroc de l’étranger pour ce qui est des dispositifs médicaux (DM). Le Royaume importait quasiment 90% de ses besoins et a été contraint de trouver rapidement des solutions pour lutter plus efficacement contre le Covid-19. L’exemple le plus saillant dans ce domaine est celui des bavettes. En quelques mois, le pays est passé d’un importateur net de ce produit à un gros exportateur, y compris pour les pays développés, notamment européens. La cadence de production a enregistré à un certain moment plus d’un million de bavettes par jour. La crise sanitaire a poussé à produire également d’autres dispositifs médicaux, notamment des lits d’hôpitaux et des respirateurs artificiels. Dans ce cadre, un protocole d’accord visant le développement de l’industrialisation et du sourcing local des dispositifs médicaux et des produits de santé a été conclu entre différents acteurs nationaux.
Il s’agit du département de l’Industrie et du Commerce, du ministère de la Santé et de la Protection sociale, l’Association marocaine des groupes de santé (AMGS) et le cluster médical (CM). En vertu de ce protocole d’accord, le ministère de l’Industrie et du Commerce a mis ses programmes d’appui à l’investissement au service de l’accompagnement des porteurs de projets innovants en matière de protection de la propriété industrielle et intellectuelle. Il est question aussi de soutenir les entreprises industrielles capables d’approvisionner les marchés nationaux et internationaux en dispositifs médicaux et produits de santé non encore couverts par la production locale. Par sa part, le département de la Santé s’est engagé à travers le contrat-programme à travailler avec son homologue de l’Industrie et du Commerce sur l’encouragement de la fabrication locale et l’accompagnement des partenaires du secteur privé.
L’objectif consiste à soutenir le «made in Morocco» des DM et des produits de santé. Et ce, dans le respect des exigences règlementaires et normatives en vigueur, tout en œuvrant à consolider la collaboration avec l’Institut marocain de normalisation (Imanor), dans le cadre des travaux de la commission de normalisation des produits parapharmaceutiques et articles médico-techniques. Le protocole d’accord est censé assurer la gestion des DM de l’amont à l’aval, de la fabrication jusqu’à l’utilisation par le citoyen, en passant par toute la réglementation et l’accompagnement des pouvoirs publics. Jusqu’en 2019, le marché était caractérisé par une production locale de faible technicité englobant les compresses, les fils chirurgicaux, le sparadrap ou des produits textiles destinés aux professionnels de santé comme les combinaisons ou les chaussures spéciales.
Rapidement, la mobilisation des pouvoirs publics et des professionnels a commencé à donner ses fruits. En mai 2023, la Commission nationale consultative des dispositifs médicaux a accordé son aval pour l’enregistrement de 2.240 nouveaux dispositifs médicaux, après étude et évaluation des dossiers soumis. Tout laisse présager que la cadence devrait s’accélérer dans les années à venir, puisque toutes les conditions nécessaires sont réunies. Il faut noter que l’industrie des DM est capitalistique et nécessite un savoirfaire important. Pour assurer un retour sur investissement, les opérateurs du secteur ont besoin de trouver des niches, notamment à l’étranger, pour pouvoir rentabiliser leurs produits et investir de nouveau pour étendre leurs activités.





