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Economie

Engrais : OCP mise sur le bas-cadmium pour renforcer sa position en Europe

Alors que le cadmium contenu dans certains engrais phosphatés devient un sujet de santé publique et de réglementation en Europe, OCP affirme avoir développé un procédé permettant d’abaisser fortement sa présence dans ses produits. Un enjeu industriel qui touche directement l’accès au marché européen, troisième débouché extérieur du groupe.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 24 Août 2026 à 06:26
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Engrais : OCP mise sur le bas-cadmium pour renforcer sa position en Europe

Le durcissement des exigences environnementales et sanitaires en Europe pousse les producteurs d’engrais phosphatés à revoir leurs procédés industriels. Pour OCP, l’un des principaux enjeux concerne désormais le cadmium, un métal lourd naturellement présent dans certains minerais phosphatés et susceptible de se retrouver, après épandage, dans les sols et la chaîne alimentaire.

Le groupe marocain affirme proposer depuis 2025 des engrais affichant une teneur en cadmium inférieure à 20 milligrammes par kilogramme de P₂O₅, soit nettement en dessous du plafond de 60 mg/kg de P₂O₅ actuellement appliqué par l’Union européenne.

Cette évolution concerne directement un marché important pour OCP. L’Europe représente environ 17% de ses débouchés à l’export, derrière l’Asie, qui concentre 41% des ventes extérieures, et les Amériques, avec 31%, selon les données citées par l’AFP.

Un procédé intégré au traitement de l’acide phosphorique

La réduction du cadmium intervient au niveau de la transformation industrielle du phosphate. Après extraction et lavage de la roche, celle-ci est transformée notamment en acide phosphorique, matière première utilisée dans la fabrication des engrais phosphatés.

OCP indique avoir développé un procédé reposant sur l’utilisation d’additifs spécifiques lors du traitement de cet acide. Ces additifs permettent de capter une partie du cadmium avant que l’acide purifié ne soit réutilisé pour produire les engrais.

Faris Derrij, PDG d’OCP Nutricrops, explique à l’AFP que le groupe a engagé « des investissements importants » afin d’adapter son outil industriel à des réglementations qui diffèrent selon les marchés. Le dirigeant n’a toutefois pas communiqué le montant de ces investissements.

Un responsable européen cité par l’agence indique, de son côté, qu’un important producteur marocain a informé Bruxelles de ses investissements destinés à garantir des teneurs inférieures à 20 mg/kg dans les engrais destinés au marché européen. Il souligne toutefois que l’Union européenne ne procède pas à un suivi systématique du cadmium contenu dans l’ensemble des importations.

Pour OCP, l’enjeu dépasse donc la seule conformité réglementaire. La capacité à produire des engrais à faible teneur en cadmium peut devenir un facteur de différenciation commerciale à mesure que les normes environnementales se renforcent et que le sujet gagne en importance dans plusieurs pays européens.

Un marché mondial sous tension

Le défi environnemental intervient parallèlement à un contexte plus compliqué sur les marchés mondiaux des engrais. Depuis le déclenchement de la guerre au Moyen-Orient fin février, les chaînes d’approvisionnement de plusieurs intrants nécessaires à la fabrication des fertilisants ont été perturbées. Le Golfe constitue notamment une zone stratégique pour la production et le transport du soufre, de l’ammoniac et de l’urée.

Plusieurs installations industrielles de la région ont réduit ou interrompu temporairement leur production, contribuant à une contraction de l’offre et à une hausse des prix mondiaux des engrais.

Faris Derrij reconnaît que cette situation a eu des effets sur « les délais, les coûts et les flux d’approvisionnement » d’OCP. Le groupe affirme néanmoins avoir maintenu la continuité de ses opérations grâce à ses stocks et à sa position géographique.

Cette capacité d’adaptation est stratégique pour un producteur dont l’activité dépend à la fois de ses importantes ressources en phosphate et de matières premières importées nécessaires à la production de certains fertilisants.

Les phosphogypses, autre chantier environnemental

La réduction du cadmium n’est pas le seul dossier environnemental auquel l’industrie phosphatière est confrontée. La production d’acide phosphorique génère également d’importants volumes de phosphogypse, un sous-produit industriel dont le stockage et la valorisation constituent un enjeu pour les grands producteurs mondiaux.

OCP prévoit à partir de 2027 de renforcer ses capacités de stockage terrestre afin de réduire les rejets en mer. Le groupe travaille parallèlement sur différentes pistes permettant de valoriser ce sous-produit.

Pour OCP, la question environnementale se joue désormais sur plusieurs fronts : réduction des métaux lourds, gestion des résidus industriels, sécurisation des approvisionnements et adaptation à des normes de plus en plus exigeantes.

Dans ce contexte, la maîtrise de la teneur en cadmium de ses engrais constitue aussi un enjeu commercial. Avec un niveau annoncé inférieur à 20 mg/kg de P₂O₅ pour les produits concernés, le groupe cherche à se positionner en amont des éventuels futurs durcissements réglementaires sur l’un de ses principaux marchés d’exportation.

 

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