Finances News HebdoFinances News Hebdo
Editos

La nouvelle équation familiale

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 10 Avril 2026 à 18:00
Partager
La nouvelle équation familiale

Il fut un temps pas si lointain où la famille marocaine était une maison débordante de vie, avec plusieurs générations sous un même toit et où l’on grandissait et vieillissait ensemble. Puis, presque imperceptiblement, le temps a redessiné les contours de ce modèle : la famille marocaine se contracte. C’est ce que révèle l’Enquête nationale sur la famille 2025 (ENF) réalisée par le haut-commissariat au Plan.

En effet, les chiffres sont sans appel. En trente ans, la taille moyenne des ménages est passée de 4,6 à 3,9 personnes. Et dans le même temps, la famille nucléaire s’est imposée comme modèle dominant, représentant désormais 73% des ménages contre 60,8% en 1995.

Trois personnes, parfois quatre, rarement plus. Faut-il y voir un appauvrissement du lien social ? Pas si simple. Car derrière cette transformation, il y a une réalité que l’on préfère souvent ignorer : la famille ne s’est pas réduite par choix uniquement. Elle s’est adaptée, tant bien que mal, à la pression du coût du logement et à l’urbanisation galopante. Pour autant, même si la famille se rétrécit, elle reste sollicitée comme jamais et centrale dans sa fonction.

Le chômage ? C’est la famille qui l’amortit. Les difficultés financières ? Encore elle. En 2025, 58,7% des chômeurs reçoivent une aide financière d’un membre du ménage, le plus souvent des parents. Plus largement, 42,5% des ménages participent à des échanges interfamiliaux, qu’ils soient bénéficiaires, donateurs ou les deux à la fois. La famille reste donc un pilier économique silencieux, avec un système de redistribution important. Mais cette solidarité change de nature. Elle n’est plus forcément une solidarité de proximité, car on ne vit plus ensemble.

On s’aide à distance, comme le montrent les chiffres. En effet, moins d’un ménage sur deux vit aujourd’hui à proximité de ses parents, avec 45,4% près du père et 46,3% près de la mère, contre des niveaux nettement plus élevés il y a trente ans. Cette proximité est ainsi entretenue par le numérique. Et pendant que cette transformation s’opère, une autre tendance s’installe, plus troublante encore : le recul du désir de mariage.

Aujourd’hui, 51,7% des célibataires déclarent ne pas vouloir se marier contre 40,6% seulement qui l’envisagent. Chez les hommes, le refus atteint même 59,8%. Les raisons tiennent aux contraintes économiques, à l’instabilité professionnelle et au coût de la vie. Ce recul des mariages s’accompagne de plus de configurations nouvelles. Les couples sans enfants ont ainsi presque triplé en trente ans, passant de 3,4 à 9,4%.

La monoparentalité progresse également, représentant 8,8% des ménages. Dans le même temps, les familles élargies reculent fortement, passant de 35,2 à 19,8%, tout comme la cohabitation multigénérationnelle, passée de 29 à 16,8%. Ces mutations soulèvent, tout au moins, deux interrogations : jusqu’où la famille pourra-t-elle continuer à jouer ce rôle de filet social informel ? Jusqu’à quel point pourra-t-elle compenser les fragilités économiques et sociales ?

On attend beaucoup d’elle. Peut-être trop. Et c’est là que l’enjeu devient politique. Car si la famille change, les politiques publiques doivent suivre en termes de logement, d’emploi, de protection sociale et de soutien aux parents isolés… Tout doit être repensé à l’aune de ces transformations majeures. Chakib Benmoussa, haut-commissaire au Plan, ne dit pas autre chose.

«Face à ce paysage changeant, notre responsabilité est claire : mieux observer, mieux comprendre et mieux agir. Adapter les politiques publiques à la famille contemporaine n’est pas un simple impératif social; c’est une condition de la justice sociale, de la solidarité nationale et de la préparation de l’avenir. Car en comprenant mieux la famille d’aujourd’hui, c’est la société marocaine de demain que nous préparons», résume-t-il.

 

Par F.Z Ouriaghli

 

 

Articles similaires