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Esport au Maroc: Des écrans, des flux, des joueurs… et beaucoup plus derrière

À la tête d’Elite Event Solutions, Fahd et Mehdi El Khalil accompagnent depuis plusieurs années le développement de l’esport au Maroc. L’IESF, la eBotola puis, dernièrement, la FIFAe Continental Championship Africa organisée à Casablanca les ont placés au cœur de productions de plus en plus exigeantes. Les deux frères reviennent sur cette montée en gamme, les contraintes très particulières de l’événementiel gaming et ce qui manque encore pour installer durablement une industri

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 13 Septembre 2026 à 12:00
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Esport au Maroc: Des écrans, des flux, des joueurs… et beaucoup plus derrière

Finances News Hebdo : Vous venez de terminer le FIFAe Continental Championship. Quand on voit l’événement de l’extérieur, tout paraît assez fluide. Qu’est-ce qui a été le plus compliqué à tenir ?

Fahd El Khalil : Ce qui est compliqué sur ce type d’événement, c’est que beaucoup de choses reposent les unes sur les autres. La régie dépend du déroulement de la compétition, le streaming dépend de la régie, les joueurs ont leurs propres contraintes, il y a le réseau, les écrans, le son, les espaces… Si un maillon commence à poser problème, ça peut très vite se répercuter ailleurs.

Le public, lui, ne voit normalement rien de tout cela. Il voit des matchs qui s’enchaînent, une réalisation propre, des images qui arrivent au bon moment. C’est exactement ce qu’on cherche. Mais pour obtenir cette fluidité, il y a énormément de préparation en amont et une coordination permanente pendant l’événement.

Mehdi El Khalil : Avec FIFAe, il y avait aussi une dimension de diffusion qui compte beaucoup. On ne travaille pas seulement pour la salle. L’événement est suivi ailleurs, donc ce qui se passe en régie ou sur le flux prend immédiatement une autre importance. Une petite coupure peut sembler anodine sur place alors qu’elle devient très visible pour quelqu’un qui regarde depuis un autre pays.

 

F.N.H. : Le Maroc faisait partie des cinq pays retenus pour accueillir ces championnats continentaux. Qu’est-ce que cela change concrètement pour vous ?

M.E.K. : Le premier changement, c’est le niveau d’exigence. Une compétition comme celle-ci arrive avec ses propres standards, ses procédures, une manière de travailler déjà bien définie. Il faut s’y adapter et être capable de livrer ce qui est attendu.

Le fait que le Maroc soit retenu parmi cinq destinations montre aussi quelque chose sur la perception du pays. On n’est plus seulement sollicité pour des événements locaux ou régionaux. Des organisations internationales considèrent désormais que des compétitions importantes peuvent être produites ici dans de bonnes conditions.

F.E.K. : Et pour nous, c’est aussi une manière de nous mesurer à ces standards. On peut toujours dire que les compétences existent au Maroc, mais le meilleur test reste encore de travailler avec des organisations qui ont l’habitude de produire ce type de compétitions dans plusieurs pays. Là, on voit très vite ce qui est au niveau, ce qu’il faut améliorer et sur quels points on doit encore progresser.

 

F.N.H. : Vous aviez déjà travaillé sur l’IESF à Casablanca. Est-ce que cette expérience vous a réellement servi sur le FIFAe ?

F.E.K. : Beaucoup. L’IESF nous avait déjà confrontés à une production avec plusieurs délégations, plusieurs joueurs et beaucoup de contraintes à gérer en parallèle. Sur le moment, on était surtout concentrés sur l’événement lui-même. C’est après qu’on mesure ce qu’on a appris.

Quand tu arrives sur un projet suivant, tu repères beaucoup plus rapidement les zones sensibles. Tu sais où tu risques de perdre du temps, quelles installations doivent être testées davantage, quels points doivent être verrouillés plusieurs jours avant. Il y a toute une série de réflexes qu’on acquiert seulement après avoir vécu ce type de production.

M.E.K. : On fait aussi moins de choses dans l’urgence. Au début, certains problèmes sont réglés au moment où ils arrivent. Avec l’expérience, on essaye plutôt de les traiter avant qu’ils existent. Ça concerne la technique, mais aussi l’organisation des équipes, les plannings, les passages en régie, les relations avec les joueurs. Ce sont parfois de petits détails, mais mis bout à bout, c’est ce qui fait que l’événement tient.

 

F.N.H. : Dans une compétition esport, le réseau semble presque aussi important que la scène ou la régie. Comment gérez-vous ce risque ?

F.E.K. : Le réseau fait partie de la compétition, donc on ne peut pas le traiter comme un service annexe. Sur un événement classique, une connexion médiocre peut être gênante. Ici, elle peut perturber directement un match.

On travaille donc avec plusieurs niveaux de sécurisation et des solutions de remplacement. Le principe est surtout de ne pas découvrir, au moment d’un incident, ce qu’on va faire pour le résoudre. Les scénarios doivent avoir été envisagés avant.

On teste énormément, parfois plus qu’on ne le ferait sur d’autres types d’événements, parce qu’un système qui fonctionne seul ne réagit pas forcément de la même manière une fois que toute la production tourne en même temps.

F.N.H. : Malgré tout, vous ne pouvez pas tout prévoir ?

F.E.K. : Non, évidemment. Aucun événement n’est complètement à l’abri d’un problème. La différence se fait surtout dans la capacité à réagir rapidement et à éviter qu’un incident technique finisse par perturber la compétition.

 

F.N.H. : Vous travaillez également sur la eBotola avec les clubs marocains. Quelle place l’esport occupe-t-il réellement chez eux ?

M.E.K. : Les situations restent assez différentes d’un club à l’autre. Certains ont commencé à comprendre qu’on ne parle plus simplement d’une opération de communication autour du gaming. Il y a des joueurs, des résultats, une saison, une communauté qui suit la compétition. Cela demande donc un minimum de continuité.

D’autres sont encore dans une approche plus ponctuelle. Ils participent, ils communiquent autour du joueur, mais la section esport n’est pas encore structurée comme une véritable activité sportive.

Cela dit, on voit clairement une évolution. Il y a quelques années, il fallait encore expliquer pourquoi un club de football pouvait avoir intérêt à entrer dans l’esport. Ce débat existe beaucoup moins aujourd’hui.

F.E.K. : La manière dont les joueurs abordent la compétition a changé aussi. Ils sont plus attentifs à leur préparation, à leur progression, aux compétitions internationales auxquelles ils peuvent accéder. Certains raisonnent déjà en termes de carrière. Cela pousse forcément les clubs à prendre le sujet plus au sérieux.

 

F.N.H. : Le nombre d’événements gaming augmente au Maroc. Est-ce qu’un véritable marché est en train de se constituer derrière cette dynamique ?

M.E.K. : Il y a un marché, oui, puisqu’il y a des commandes, des compétitions, des marques qui investissent, des institutions qui s’y intéressent et des acteurs internationaux qui viennent au Maroc. Mais il faut rester mesuré sur sa profondeur.

Le sujet, pour une entreprise comme la nôtre, est moins de savoir s’il existe un gros événement à produire que de savoir ce qu’il y aura derrière. Quand on investit dans des équipements, qu’on forme des techniciens ou qu’on construit une équipe spécialisée, on a besoin d’une activité qui ne repose pas uniquement sur quelques dates fortes dans l’année.

C’est encore une différence importante avec des marchés plus avancés, où les compétitions, les ligues, les activations de marques et les événements s’enchaînent suffisamment pour faire travailler tout un secteur de manière régulière.

F.N.H. : Vous estimez donc que le marché marocain reste encore trop irrégulier ?

M.E.K. : C’est surtout ce qui lui manque pour grandir davantage. Il y a une demande réelle, mais elle doit encore devenir plus régulière et plus diversifiée. Plus il y aura de formats différents et de rendez-vous répartis dans l’année, plus les acteurs pourront investir et se spécialiser.

 

F.N.H. : Parmi les limites que vous rencontrez encore, laquelle vous paraît la plus difficile à dépasser ?

F.E.K. : Je parlerais d’abord des compétences très spécialisées. Le Maroc dispose de très bons profils dans l’événementiel et de gens qui connaissent très bien le gaming, mais le croisement entre les deux reste relativement rare.

Produire une compétition esport demande de comprendre ce qui se passe dans le jeu, les attentes des joueurs, la logique de la diffusion, tout en maîtrisant les contraintes classiques d’une grosse production audiovisuelle. Ce sont des métiers qui se construisent avec l’expérience.

M.E.K. : De mon côté, je mettrais aussi la régularité des compétitions. On peut organiser un très bel événement et avoir beaucoup de visibilité pendant trois jours, mais pour les joueurs, la question commence presque après. Quelles compétitions vont-ils jouer ensuite ? Avec quelle structure ? Dans quelles conditions vont-ils continuer à s’entraîner ?

Si on veut faire émerger davantage de joueurs de haut niveau, il faut qu’ils puissent jouer régulièrement contre de bons adversaires et avoir un parcours plus lisible. Un grand tournoi, à lui seul, ne suffit pas.

 

F.N.H. : Vous êtes frères et associés. Dans le feu d’un événement, quand vous n’êtes pas d’accord sur une décision, comment cela se règle-t-il ?

M.E.K. : Il n’y a pas vraiment de règle écrite. Sur le terrain, chacun a ses sujets et, quand il faut prendre une décision rapidement, celui qui est directement dessus tranche. On ne peut pas arrêter une production pour discuter vingt minutes.

Après, évidemment, il arrive qu’on revienne sur certaines décisions et qu’on ne soit toujours pas d’accord.

F.E.K. : Le fait d’être frères simplifie certaines choses. On se connaît suffisamment pour pouvoir se dire directement qu’on pense que l’autre se trompe. On n’a pas besoin de beaucoup de précautions. Ça peut être assez vif sur le moment, mais ça ne reste pas.

 

F.N.H. : Si vous comparez avec vos débuts, quel type d’événement seriez-vous prêts à produire au Maroc aujourd’hui que vous auriez hésité à accepter il y a quatre ou cinq ans ?

F.E.K. : Une compétition comme le FIFAe en fait partie. Pas parce qu’elle aurait été matériellement impossible à organiser il y a quelques années, mais parce qu’on n’avait pas encore accumulé suffisamment d’expérience sur ce niveau de production.

On a désormais connu plusieurs configurations, plusieurs types de compétitions et des cahiers des charges très différents. Cela permet d’aborder des projets plus lourds avec beaucoup plus de recul.

M.E.K. : Ce qui nous intéresse maintenant, ce n’est pas uniquement de recevoir des événements conçus ailleurs. Le Maroc a montré qu’il pouvait accueillir des compétitions internationales. La suite, pour nous, serait aussi de développer des formats ici, de les installer, puis éventuellement de les produire dans d’autres pays.

Il y a un marché africain qui se structure. Si, demain, un concept imaginé et produit au Maroc peut être décliné à Dakar, Abidjan ou ailleurs sur le continent, ce sera une étape supplémentaire.

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