Impôt sur les sociétés : le Maroc parmi les pays les plus taxés au monde
Avec un taux légal maximal porté à 35 %, le Maroc figure parmi les pays appliquant les taux d'impôt sur les sociétés les plus élevés au monde, selon le dernier rapport de l'OCDE. Une situation qui intervient alors que le Royaume multiplie les efforts pour attirer les investissements et accélérer son industrialisation.

C'est l'un des constats du rapport Corporate Tax Statistics 2026 publié par l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Avec un taux maximal porté à 35 %, le Royaume fait désormais partie d'un cercle restreint de juridictions fortement imposées. Mais derrière ce classement se cache une réalité plus nuancée : ce taux ne concerne qu'une partie des entreprises et s'inscrit dans une réforme fiscale visant à renforcer l'équité tout en préservant l'attractivité économique du pays.
Le Maroc parmi les pays aux taux d'IS les plus élevés
Le rapport de l'OCDE montre que le taux légal moyen de l'impôt sur les sociétés est désormais stabilisé à 21,2 % dans les 146 juridictions étudiées. Le Maroc affiche, pour sa part, un taux maximal de 35 %, ce qui le place parmi les juridictions les plus imposées, derrière la France (36,1 %, en raison d'une surtaxe exceptionnelle) et au même niveau que la Colombie et Malte.
Autre enseignement du rapport : seuls 25 pays appliquent aujourd'hui un taux égal ou supérieur à 30 %, preuve que les niveaux d'imposition aussi élevés restent minoritaires à l'échelle mondiale.
L'aboutissement d'une réforme fiscale
Cette position ne résulte pas d'une décision ponctuelle, mais de l'achèvement de la réforme de l'impôt sur les sociétés engagée par le Maroc depuis 2023.
La nouvelle architecture fiscale repose sur une logique plus progressive. Les entreprises réalisant un bénéfice net inférieur à 100 millions de dirhams sont soumises à un taux de 20 %, tandis que celles dépassant ce seuil sont imposées à 35 %. Les établissements de crédit et les compagnies d'assurance restent, quant à eux, soumis à un taux spécifique de 40 %.
L'objectif affiché est de mieux répartir l'effort fiscal, d'élargir l'assiette et de renforcer les ressources de l'État destinées au financement des grands projets économiques et sociaux.
Un choix à contre-courant de la tendance mondiale
Le rapport de l'OCDE souligne également que la plupart des pays ont suivi une trajectoire inverse.
Entre 2000 et 2026, 113 juridictions ont réduit leur taux légal d'impôt sur les sociétés, tandis que seulement 15 l'ont relevé. En 2026, le Maroc fait partie des quatre pays ayant augmenté leur taux, aux côtés de la Corée du Sud, de la Lituanie et de Saint-Marin.
Le Royaume assume ainsi une stratégie fiscale qui privilégie une contribution plus importante des entreprises les plus rentables, alors que de nombreuses économies continuent de miser sur une fiscalité plus modérée pour renforcer leur compétitivité.
Un taux de 35 % est-il un frein à l'investissement ?
L'entrée du Maroc parmi les pays affichant les taux d'IS les plus élevés relance inévitablement le débat sur son attractivité.
Pour Mohamed Amrani, professeur de sciences économiques à l'Université Hassan II de Casablanca, « il est important d'atténuer cette pression, car cela a un effet direct sur l'attrait de l'investissement, particulièrement sur la productivité marginale du capital. C'est un paramètre très suivi par les opérateurs, surtout étrangers, car il est déterminant dans leur business plan ».
L'universitaire estime toutefois que la fiscalité ne peut être analysée isolément. « La baisse de la pression fiscale n'implique pas automatiquement moins de ressources pour l'État. Au contraire, elle peut être un stimulateur pour une nouvelle dynamique de l'économie nationale et assurer davantage de création de valeur, d'investissement et d'emplois », souligne-t-il.
Le taux ne fait pas l'attractivité
L'entrée du Maroc parmi les pays affichant les taux d'impôt sur les sociétés les plus élevés ne signifie pas pour autant que le Royaume devient moins compétitif. Dans les arbitrages des investisseurs, la fiscalité n'est qu'un critère parmi d'autres. La stabilité politique, les infrastructures, les ports, les écosystèmes industriels ou encore les accords commerciaux pèsent tout autant dans la balance.
Le défi pour le Maroc sera donc moins de défendre un taux de 35 % que de démontrer que son environnement économique continue d'offrir un rendement suffisamment attractif pour les entreprises. C'est sur cet équilibre entre pression fiscale et compétitivité que sera jugée la réussite de la réforme.





