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8e édition des Assises de l’AUSIM : le Maroc veut prendre la main sur l’IA

Du 7 au 9 octobre, les Assises de l’AUSIM ont croisé les expériences des entreprises, les priorités publiques et les perspectives internationales. Trois jours consacrés au déploiement de l’IA, avec une exigence commune : produire des résultats et conserver la maîtrise des technologies.

KPar K.A
|Publié le 10 Octobre 2026 à 16:14
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ausim 2026

À Tanger, les discussions sur l’intelligence artificielle ont changé d’échelle. Des applications dans les entreprises aux capacités nationales de calcul, des données personnelles à la cybersécurité, la huitième édition des Assises de l’AUSIM a abordé les différentes dimensions d’une transformation qui engage les organisations comme l’État.

Organisé du 7 au 9 octobre sous le Haut Patronage du Roi Mohammed VI, le rendez-vous avait pour thème « AIMPOWERING : Par l’innovation, l’intelligence et la souveraineté ». Plus de 1.200 participants étaient attendus, parmi lesquels des dirigeants, des directeurs des systèmes d’information, des décideurs publics et des experts marocains et internationaux.

Conférences, plénières, ateliers et rencontres entre professionnels ont alimenté les échanges. Les retours d’expérience ont côtoyé les débats sur la gouvernance, les infrastructures et la sécurité. Avec, en toile de fond, le passage des premières expérimentations à des usages intégrés dans l’activité quotidienne des organisations.

Passer à l’échelle, garder la responsabilité

Pour Mohamed Saad, président de l’AUSIM, cette édition devait accompagner une nouvelle étape : celle de l’industrialisation de l’IA. Les intervenants ont présenté leurs expériences de déploiement de l’IA et les moyens de l’intégrer aux activités des organisations pour améliorer leur fonctionnement et la qualité des services.

La question de la confiance a traversé les échanges. Petra Holm, conseillère en transformation numérique à l’e-Estonia Briefing Center, a présenté l’expérience estonienne et rappelé l’importance de la confiance des citoyens envers les institutions qui utilisent leurs données.

Le choix de Tanger donne un cadre à cette ambition. Dans sa déclaration, Mohamed Saad a évoqué les infrastructures portuaires et industrielles de la ville, sa position entre deux continents et son ouverture internationale. Ces caractéristiques font écho à la volonté du Maroc de renforcer son rôle dans le développement de l’IA en Afrique.

Mais confier des tâches à une machine pose aussi la question du contrôle. « On peut déléguer notre capacité de décision sans pour autant déléguer notre responsabilité », a déclaré le président de l’AUSIM. À la clôture, il a également appelé à privilégier les applications utiles et concrètes, au-delà des démonstrations technologiques.

Cette exigence a trouvé un prolongement dans l’intervention d’Omar Seghrouchni. Le président de la Commission nationale de contrôle de la protection des données à caractère personnel (CNDP) a rappelé que la rapidité des analyses doit s’accompagner de garanties sur la fiabilité des données et le respect des principes éthiques. Il a aussi souligné la nécessité d’adapter les modèles aux contextes dans lesquels ils sont utilisés.

Le coût du déploiement reste une question pour les entreprises. Nadia Fassi-Fehri, conseillère du président d’OCP, a rappelé que la facture varie selon les technologies choisies. Les expériences présentées par Meryem Chami, d’Oncorad Group, et Driss Bennouna, de CIH Bank, ont apporté les perspectives de la santé et de la banque aux échanges sur la valeur économique de l’IA.

La préparation des projets a fait l’objet d’une autre plénière, consacrée aux succès et aux échecs de l’IA. Mohamed Bennis, directeur commercial B2B d’Orange Maroc, y a identifié trois conditions de réussite : savoir à quel besoin l’outil doit répondre, disposer d’infrastructures fiables et souveraines, et maîtriser la gestion des données. À la clôture, Amine El Mezouaghi, directeur général de l’Agence de développement du digital (ADD), a replacé ces choix dans leur finalité : obtenir des résultats durables pour les organisations. La valeur créée doit guider la transformation numérique

Les usages prennent forme

L’intervention d’Amal El Fallah Seghrouchni a inscrit ces questions dans une perspective nationale. La ministre déléguée chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’administration a consacré son keynote à « AI made in Morocco, la célérité d’une conquête de souveraineté ». Elle a qualifié la souveraineté numérique de « souveraineté invisible ». La maîtrise des infrastructures, des données, du calcul et des modèles constitue désormais, selon elle, une condition du développement économique et social du pays.

La feuille de route « Maroc IA 2030 » vise une contribution de l’intelligence artificielle de 100 milliards de dirhams au PIB à l’horizon 2030. La ministre a défendu une IA frugale, inclusive et responsable, développée au Maroc pour répondre aux besoins nationaux et ouverte à l’international.

Cette ambition repose sur plusieurs chantiers. Les capacités souveraines de calcul doivent être mises en service et accessibles aux chercheurs et aux startups. Le cadre juridique et institutionnel doit être complété. Le développement de modèles en arabe, en darija et en amazighe, puis dans les langues africaines, figure aussi parmi les priorités.

La formation et la certification des talents à grande échelle doivent soutenir cet effort. Dans les services publics, la ministre a également évoqué une évolution progressive vers des systèmes d’IA capables d’exécuter des tâches. Face à la concentration mondiale des investissements, elle a appelé à accélérer, avec quatre ressources essentielles : l’énergie, le calcul, les données et les compétences.

La sécurité constitue une condition du déploiement de l’IA. Abdellah Boutrig, directeur général de la DGSSI, a souligné que « l’innovation doit s’appuyer sur la confiance, elle-même liée à la sécurité des systèmes d’information ». Il a rappelé les progrès du Maroc dans ce domaine : le Royaume figure dans la catégorie Tier 1 de l’Indice mondial de cybersécurité 2024 de l’UIT, avec un score de 97,5 sur 100.

« Concevoir, et pas seulement utiliser » : la formule de la ministre résume l’ambition nationale. Les échanges de Tanger en ont précisé les exigences pour les organisations : développer des usages utiles, disposer des compétences nécessaires et garder le contrôle sur les données comme sur les décisions.

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