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Economie

Importations : L’énergie creuse la facture du Maroc

La facture énergétique atteint 96,4 milliards de DH à fin août 2026, en hausse de 32,6% sur un an. Les dernières données du HCP confirment aussi un renchérissement des valeurs unitaires à l’importation. Au-delà du déficit commercial, cette pression met à l’épreuve les coûts et la compétitivité des entreprises.

KPar K.A
|Publié le 18 Octobre 2026 à 16:00
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importations maroc

Le Maroc achète davantage à l’étranger, mais certains de ses approvisionnements coûtent aussi plus cher. Dans sa note publiée le 5 octobre, le haut-commissariat au Plan relève une hausse de 10% de l’indice des valeurs unitaires à l’importation au deuxième trimestre 2026, sur un an. L’énergie et les lubrifiants enregistrent une progression de 53,1%, tandis que les produits bruts d’origine minérale affichent une hausse de 97%. Ces évolutions concentrent une part importante des tensions sur les achats extérieurs.

L’indicateur ne doit pas être confondu avec le montant total des importations. Il suit les valeurs rapportées aux quantités des produits échangés et peut aussi refléter des changements dans leur composition. Il ne signifie donc pas que tous les produits importés ont augmenté de 10%, ni que les carburants vendus au Maroc ont renchéri de 53,1%. Il éclaire, en revanche, la pression sur le coût des approvisionnements.

Par ailleurs, les données de l’Office des changes donnent une autre mesure du choc. À fin août, la facture énergétique s’établit à 96,4 milliards de DH, contre 72,7 milliards un an auparavant. La hausse atteint 32,6%, soit 23,7 milliards supplémentaires. Les achats de gasoils et de fuel-oils représentent à eux seuls 50,7 milliards de DH, en progression de 44,9%.

Cette pression intervient dans un commerce extérieur déjà déséquilibré. Sur les huit premiers mois de l’année, les importations de biens atteignent 617,5 milliards de DH, en hausse de 15,8%, contre 334,9 milliards pour les exportations, qui progressent de 8,7%. Le déficit commercial s’alourdit de 25,4%, à 282,6 milliards de DH. Le taux de couverture recule à 54,2%, contre 57,7% un an auparavant.

L’énergie n’explique toutefois pas toute la progression des achats. Les importations de biens d’équipement augmentent aussi de 19,3%, à 148,7 milliards de DH. Ces dépenses peuvent soutenir l’investissement. Elles se distinguent donc du surcoût subi sur les intrants.

Pour l’économiste Najib Akesbi, l’exposition passe d’abord par cette dépendance aux approvisionnements étrangers. Dans un entretien publié en juin, il rappelait que «le Maroc demeure fortement dépendant des importations énergétiques et alimentaires». Il identifiait les transports, les industries lourdes et certaines activités agricoles parmi les secteurs vulnérables à la hausse des coûts.

Pour les entreprises, l’effet peut dépasser la seule dépense de carburant. Le transport des marchandises, le fonctionnement de certains équipements ou l’achat d’intrants peuvent devenir plus coûteux. Selon leurs contrats et la concurrence, les opérateurs doivent absorber une partie de la hausse dans leurs marges ou la répercuter sur leurs prix. La transmission n’est ni immédiate ni identique dans tous les secteurs.

Réduire la dépendance, préserver les marges

La hausse des coûts à l’importation ne se traduit pas mécaniquement par une inflation de même ampleur pour les ménages. Les tarifs, les stocks, les contrats et les mécanismes de soutien peuvent modifier ou retarder sa transmission. Mais amortir le choc ne le fait pas disparaître : il peut être supporté par les entreprises, les consommateurs ou les finances publiques.

Najib Akesbi soulignait également le rôle du soutien au butane et de l’électricité dans cette répartition. Il insistait sur les besoins de stockage, de sécurisation des approvisionnements et de valorisation locale. Pour lui, la vulnérabilité énergétique appelle une réponse stratégique, au-delà des ajustements conjoncturels.

Le débat concerne aussi le périmètre de la transition. Dans une publication consacrée à la dépendance énergétique, Saïd Guemra, expert-conseil en management de l’énergie, estime que «l’énergie est un enjeu stratégique avant d’être un enjeu climatique». Il défend une approche qui dépasse la production d’électricité et intègre le transport, la chaleur industrielle, l’efficacité énergétique et la substitution progressive des combustibles fossiles.

À l’échelle de l’entreprise, réduire l’énergie consommée par unité produite peut limiter l’exposition aux cours internationaux. Cela suppose de mesurer les consommations et d’identifier les pertes. Une solution moins énergivore doit aussi être accessible et compatible avec les contraintes de production. Le gain dépend de son coût, de son utilisation et des économies effectivement réalisées.

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