L'oeil de l'expert : Corrélation entre l’intensité énergétique et le PIB
A l’échelle mondiale, il existe une «relation moyenne» dans la relation entre le revenu et la consommation d'énergie, mais la dispersion autour de celui-ci est importante en raison d'un ensemble de facteurs qui forment les «spécificités nationales».
Les médias marocains raffolent d’informations sur le classement du Maroc dans de nombreux domaines mais ignorent souvent que le Maroc est l’un des pays qui a la plus grande efficacité énergétique, c’est-à-dire qu’il fait partie, depuis longtemps, du «top-ten1» des pays qui ont la plus grande capacité à générer plus de valeur ajoutée pour une consommation d’énergie donnée. La première des raisons tient à la structure de son PIB dans laquelle le secteur tertiaire génère plus de 50% des revenus (les services nécessitent moins d’énergie pour générer 1 DH de PIB) mais il y a de nombreuses autres raisons liées aux «spécificités nationales». En tous cas, cela signifie que, en dépit des gaspillages d’énergie que l’on peut voir ici et là, les Marocains font une utilisation économiquement efficace de l’énergie qu’ils consomment, malgré les subventions.
Intuitivement, on imagine que la consommation d’énergie et le développement économique sont liés. Mais consomme-t-on de l’énergie pour générer des revenus ou bien consomme-t-on de l’énergie parce qu’on a généré les revenus suffisants pour le faire ? Certains spécialistes des théories de la causalité s’ingénient à montrer que la consommation d’énergie cause la croissance économique. Il semble que ce soit l’inverse2,3, pour le Maroc (un peu comme si notre croissance anticipait notre consommation). Je n’ai pas les compétences suffisantes pour commenter ces affirmations, mais je me suis trouvé en possession de données historiques appropriées et suffisantes sur le Maroc4 pour établir des corrélations entre sa consommation d’énergie et son PIB. Nous suivons surtout l’évolution structurelle de ces corrélations depuis le début de la collecte de ces chiffres. Malheureusement, plus on remonte dans le temps, plus les informations sont fragmentaires, donc moins exploitables. J’en profite pour signaler que, hélas, le ministère de l’Energie, qui avait commencé à publier des états mensuels en 2007, a cessé de le faire depuis 2014, rendant difficile le suivi de l’évolution conjoncturelle.
Dans l’observation de la corrélation historique entre l’intensité énergétique (inverse de l’efficacité énergétique) et le PIB du Maroc, nous avons constaté que les 2 grandeurs sont liées entre elles par des relations mathématiques que nous avons révélées, et qui sont suffisamment durables dans l’histoire pour pouvoir être projetées vers le futur. D’où l’idée d’utiliser le comportement de l’intensité énergétique pour prévoir les besoins énergétiques futurs du pays à l’horizon 2030 selon 3 scénarios de croissance5 (www.researchgate.net/profile/Amin_Bennouna/contributions).
Dans le travail publié5, l’analyse d’une nouvelle intensité énergétique «partielle» permet de prévoir des besoins segmentés : électricité, combustibles blancs non utilisés pour la production électrique, gaz butane, autres segments regroupés en un seul groupe (<15% du total), tel que le montre le tableau ci-contre.
1- Yemane Wolde-Rufael Y., 2005. Journal of Policy Modeling, 27:8, pages 891 - 903
2- Paresh Kumar Narayan et Stephan Popp, 2011. Economic Modeling, 29:2, pages 303 – 308
3- Yemane Wolde-Rufael Y., 2009. Energy Economics, 31:2, pages 217 – 224
4- Amin Bennouna, 2011. "Monographie de l’énergie au Maroc", ISBN 978-9954-30-099-2
5- Amin Bennouna et Charaf El Hebil, 2016. Energy Policy, 88 (2016) pages 45 à 55
Bio express
Docteur en physique, Amin Bennouna est un expert en énergie qui a assisté depuis les années 90 à la création de quelques entreprises innovantes et contribué à construire l'un des trois scénarios énergétiques pour le Maroc à l’horizon 2030. Il est également vice-président de l’Association marocaine de l'industrie solaire et éolienne (Amisole). Depuis février 2014, il coordonne le projet «Propre.ma» (2014-2016), auquel participent toutes les universités publiques marocaines, et dont le but est de réaliser les cartes du Maroc de la productivité photovoltaïque connectée au réseau avec calibrage au sol sur 20 sites.





