La France vertueuse
Le débat sur l’affaire Cahuzac déchaîne les passions en France. Ce qui semblait être l’affaire d’un individu fraudeur a pris de l’ampleur au point de devenir une affaire d’Etat. Le déballage, qui n’en est qu’à ses débuts, risque de réserver bien des surprises à l’opinion publique française. Une opinion désabusée, tant ces dernières années les hommes politiques français se sont trouvés mêlés à des scandales qui ternissent l’image de la France. L’affaire Cahuzac est, sans aucun doute, la grande goutte d’eau qui a fait déborder le vase et qui fait vaciller actuellement la Vème République.S’achemine-t-on vers l’avènement d’une VIème République vierge de toute suspicion ? Pas si sûr, quand bien même une bonne frange des observateurs français le souhaite. En tout cas, la France, cette grande donneuse de leçons, est dans ses petits souliers. Aujourd’hui, elle se surprend à s’appliquer la leçon qu’elle distille souvent si généreusement aux chefs d’Etats africains : moralisez la vie politique ! La France vertueuse est bien finie. Pour l’instant.
Cette actualité est, bien évidemment, suivie de près au Maroc. Car, ici également, nous avons des cafards planqués dans les placards. Certains réussissent à s’échapper par moments pour dévoiler au grand jour de grotesques affaires de dilapidation et de détournement de deniers publics. Tous ces grands commis de l’Etat qui passent par la case prison ces dernières années en témoignent. D’ailleurs, mardi dernier, la Cour d'appel a rejeté la requête de mise en liberté provisoire de l'ancien Directeur général de l'Office national des aéroports, Abdelhanine Benallou. Il est poursuivi, avec d’autres personnes, chacune en ce qui la concerne, pour malversations, dilapidation de deniers publics, faux et usage de faux.
Il est peut-être temps, au vu de la multiplication de ces scandales, d’appréhender la déclaration de patrimoine autrement, d’autant que l’Etat en est à la chasse à la corruption et à l’enrichissement illicite. Aujourd’hui, elle est certes obligatoire pour les élus. Mais y a-t-il une instance indépendante dédiée, chargée de contrôler la véracité des avoirs déclarés ? Y a-t-il une réévaluation systématique du patrimoine à la fin du mandat de l’élu ?
Par ailleurs, on pourrait peut-être aller plus loin. Ne faudrait-il pas élargir la déclaration de patrimoine à certains dirigeants à la tête d’établissements publics stratégiques pour le pays ? Certes, au niveau desdits établissements, les rapports élaborés par la Cour des comptes sont pour le moins instructifs et ont permis de mettre à jour de nombreuses malversations. Mais bien après coup. Une déclaration de patrimoine obligatoire bien encadrée, avec les outils de contrôle nécessaires, pourrait, à tout le moins, constituer un rempart dissuasif à l’enrichissement illicite. Sauf pour les plus téméraires. Bien évidemment. Mais imposer une déclaration de patrimoine ne sous-entend-il pas, dans ce cas, un manque de confiance ? Le débat est ouvert.
Par David william





