Finances News HebdoFinances News Hebdo
Editoriaux

Le bâton et la carotte

LRPar La Rédaction
|Publié le 10 Décembre 2015 à 15:56
Partager


La récente sortie de Mohamed Najib Boulif n’est pas passée inaperçue. Loin de là. Elle a même fait la Une de quelques journaux locaux.

La récente sortie de Mohamed Najib Boulif n’est pas passée inaperçue. Loin de là. Elle a même fait la Une de quelques journaux locaux. Et pour cause, le ministre chargé du Transport est revenu sur un problème sensible : la sécurité routière. Dans un pays qui dénombre en moyenne pratiquement 4.000 morts par an sur ses routes, soit près de 11 morts par jour, on s’imagine bien que cette hécatombe est un véritable sujet de débats. Aussi, Boulif veut-il faire le ménage dans ce secteur, en réduisant drastiquement le nombre de personnes qui succombent sur les routes marocaines. Et c’est peu dire que la stratégie nationale de sécurité routière pour 2016 - 2025 qu’il a présentée, quand bien même elle peut susciter des réserves, a de l’ambition: -25% du nombre de tués d’ici 2020 et -50% à l’horizon 2025 pour le porter à 1.900. Il faudrait donc une décennie entière pour atteindre une moyenne d’un peu plus de 5 morts par jour sur les routes. Voyons ce qui se passe alors chez le principal partenaire économique du Maroc : ce sont 3.384 personnes qui ont perdu la vie en 2014 sur les routes de France métropolitaine, et le gouvernement s’est fixé comme objectif de ramener ce chiffre à moins de 2.000 tués d’ici 2020. Toute proportion gardée, le Royaume veut faire en 10 ans ce que la France ambitionne de faire en 5 ans. Mais on peut comprendre la prudence dont fait preuve Boulif : malgré les nombreuses cam-pagnes de sensibilisation à la sécurité routière, malgré le plan stratégique d’urgence contre l’insécurité routière initié en 2004, malgré le fameux code de la route entré en vigueur en 2010, avec son corollaire le permis à points…, rien n’a changé. Et c’est contre ce statu quo que la tutelle s’est engagée à agir… en maniant le bâton et la carotte. En clair, renforcer les contrôles, répri-mer les chauffards et encourager tant soit peu les bons élèves. Et pas question d’attendre. En effet, dès 2016, il sera procédé à une appli-cation ferme du port de la ceinture de sécurité par tous les passagers des autocars. Mesure à laquelle s’ajoutent le déploiement de radars fixes dans toutes les régions du Royaume et le durcissement du contrôle technique. Dans la foulée, dans les prochains jours, il sera procédé au retrait des permis après l'épuisement du solde des points retenus. Un cycle de formation en matière de sécurité routière et l’absence d’in-fractions nécessitant le prélèvement de points peuvent, en revanche, permettre de gagner quelques points sur le permis. En réalité, il faut voir derrière ces dispositions annoncées par Boulif un aveu d’échec matériali-sé par l’incapacité du gouvernement, et ceux qui l’ont précédé aux affaires, à véritablement inflé-chir la courbe du nombre de tués sur les routes marocaines. Car, en effet, pratiquement toutes les mesures annoncées figurent déjà dans le code de la route de 2010. Par un laxisme outrancier, elles sont appliquées avec parcimo-nie, voire pas du tout. Ceci entraînant cela, il ne faut donc guère s’émouvoir des conséquences actuelles. Et aller au-delà des clauses de style pour diminuer substantiellement ces drames qui brisent des familles entières et coûtent au Maroc pas moins de 2% de son PIB.

Articles similaires