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Le pain nu

LRPar La Rédaction
|Publié le 31 Mars 2014 à 07:42
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De mémoire de tout Marocain, le prix du pain a toujours constitué le sujet sacré et quasi intouchable. Les dramatiques événements de juin 1981 qui avaient mis la ville de Casablanca à feu et à sang sont restés vivaces dans les esprits, pour ne pas interpeller avec gravité dès que la question du prix du pain surgit.

Depuis deux jours maintenant, et peut-être plus bientôt, une grande partie des boulangers du Maroc, notamment ceux des quartiers populaires, observe une grève généralisée du pain. Ils ne fabriquent ni ne vendent le sacré produit qui est à la consommation nationale – au même titre que le thé vert – la denrée sacrée et nécessaire.
La grève est un signal lancé en amont, autrement dit relevant de ce que la loi accorde à une corporation importante, mais demeurée inorganisée, jusque-là peu portée au mouvement protestataire. Le débrayage est enclenché par la catégorie de boulangers qui ont pignon sur rue dans les quartiers populaires, tenus à commercialiser un produit dont le prix n’a pas bougé depuis des lustres. A savoir le pain rond du peuple, «al-khoubza» au prix de 1,20 dirham. Prix inchangé et quasiment immuable, mais inflation galopante, charges consubstantielles et surtout hausse irrémédiablement continue des prix des matières premières. Tout a connu une hausse, sauf le prix du pain ! Et les boulangers s’estiment d’autant plus lésés et exclus de l’évolution inexorable des prix dont la liberté de ceux-ci existe bel et bien partout.
Ils ne tolèrent plus d’être exclus de la pratique qui fait que d’un café à l’autre, en l’occurrence le prix d’une tasse échappe au blocage unilatéral, et qu’il varie d’un endroit à un autre. Si bien qu’en fonction du lieu, on paye le café dans une fourchette variant de 8 à 40 dirhams dans une même ville et sous le même ciel. Le tonitruant ministre délégué aux Affaires générales n’a pas trouvé meilleur argument à opposer aux boulangers que la sempiternelle et prétendue manipulation du poids du mythique pain rond ordinaire de 1,20 dirham, figé depuis le règne de feu Hassan II. Il les accuse de tricher sur le poids, en ne produisant qu’un produit de 160 grammes au lieu de 200 grammes… C’est ignorer que la matière première a connu depuis une hausse plus que vertigineuse et que la compensation est battue en brèche…
Débat d’autant plus fastidieux, mené par un gouvernement aveuglé par le manque de vision. Car, partout au Maroc, la vérité des prix est plutôt synonyme d’une liberté des prix qui prédomine. Pourquoi les boulangers devraient-ils être les seuls à être enfermés dans un prix unique, d’autant plus injuste qu’il contredit le libéralisme dont l’Etat marocain se proclame et que tout pays applique ?


Par Fatima Ouriaghli
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