Législatives 2026 : les partis politiques en ordre de bataille
A l’approche des échéances électorales, la scène politique nationale retrouve ses réflexes : intensification des discours, recompositions internes et stratégies de conquête. Mohamed Belmir, professeur universitaire de sciences politiques, décrypte les dynamiques à l’œuvre et les logiques qui devraient façonner le prochain scrutin. Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Nous sommes à quelques mois des élections législatives. Comment jugez-vous la situation politique nationale ?
Mohamed Belmir : La scène politique nationale connaît une dynamique qui est tout à fait normale dans cette période précédant le scrutin. Les partis s’activent : ils affinent leurs positionnements, remobilisent leurs bases, réorganisent leurs structures et tentent d’élargir leur audience en attirant de nouveaux adhérents. Plus ils ont une assise populaire conséquente, plus ils auront la possibilité de remporter des sièges. Dans cette optique, les meetings se multiplient et les leaders intensifient leurs prises de parole médiatiques. Fidèles à un registre bien connu, ils adoptent un ton critique à l’égard du gouvernement en place, mettent en avant ses insuffisances et s’emploient à promouvoir leurs propres alternatives et visions.
F. N. H. : On a remarqué la réapparition de la transhumance politique pourtant très décriée. Quel est votre avis sur le phénomène ?
M. B. : Effectivement, la transhumance politique revient en force ces derniers temps. Ce phénomène avait quasiment disparu depuis l’entrée en vigueur de la Constitution 2011 qui stipule dans son article 61 que «tout membre de la Chambre des représentants ou de la Chambre des conseillers qui se sépare du parti ou de l'organisation professionnelle au nom de laquelle il a été élu, est déchu de son mandat». On remarque ce nomadisme chez les personnes qui ne sont pas élues ou qui ne disposent pas de mandat. Elles adhèrent à une autre formation politique qui leur permet d’être accréditées dans une circonscription où elles ont plus de chance de remporter le scrutin. Pour d’autres, leur transhumance s’explique par des divergences profondes avec les leaders de leurs partis. C’est le cas de plusieurs membres de l’USFP qui ont migré au PPS, estimant que la formation du livre, qui fait partie de la gauche, est plus proche idéologiquement de leur parti d’origine et de leur conviction.
F. N. H. : Aziz Akhannouch a cédé sa place de leader du RNI au chef du groupe parlementaire du parti à la Chambre des représentants. Quels sont les enjeux d’un tel choix ?
M. B. : Ce n’est pas un choix simple, surtout si l’on sait que rares sont les chefs de parti qui quittent leur poste de cette façon. Avec cette initiative, le parti de la colombe (RNI) émet des signaux très forts, en misant sur les jeunes pour donner un nouveau souffle à la formation politique. Avec l’arrivée du mouvement GenZ et la montée en puissance des réseaux sociaux très investis par les jeunes, le RNI ambitionne de séduire cette population pour renforcer sa notoriété et en rallier un grand nombre lors des prochaines élections.
F. N. H. : Peut-on s’attendre à des alliances avant les élections ?
M. B. : C’est peu probable. La seule alliance organisée avant les élections a été celle de la Koutla, qui regroupait l’USFP, le PPS, l’Istiqlal et l’OADP, toutes des formations de l’opposition. C’est la même mouture qui a servi de base pour former le gouvernement d’alternance de Abderrahmane Yousfi. Les autres partis de la majorité formant à l’époque le gouvernement, dont notamment le RNI, le Mouvement populaire, le PND et l’UC étaient regroupés autour d’une coalition appelée Wifak. Mais ces alliances étaient plus animées par des intérêts purement électoraux que par des considérations idéologiques. Au Maroc, les partis préfèrent s’allier avec d’autres formations après le résultat des élections pour former le gouvernement. Ils l’affirment ouvertement.
F. N. H. : Dans les précédentes élections, les notables jouaient un rôle déterminant. Tous les partis tablaient sur eux, particulièrement dans le monde rural, pour remporter des sièges. Est-ce le cas toujours ?
M. B. : Depuis toujours, les notables ont joué un rôle clé dans la vie politique nationale. Ils se basent sur leur solide popularité à travers une influence acquise soit grâce à leur richesse ou à leur appartenance familiale. Cela leur permet d’exercer des mandats consécutifs sans être inquiétés, notamment dans le monde rural. Dans ces régions, les électeurs votent pour les personnes et non pour les partis.





