L’Europe a peur de l’émigration !
Tunisie, Egypte, Libye… Personne n’a rien vu venir. Les régimes les plus craints ont courbé l’échine devant les soulèvements populaires. Mais au-delà de l’euphorie des premiers jours de ces populations qui goûtent pour la première fois à la douce saveur de la démocratie et apprécient à sa juste valeur une liberté recouvrée, des questionnements se posent. Surtout en Europe. Où une posture commune semble se dégager. Celle de dire : «oui, ces peuples ont le droit d’aspirer à la démocratie, mais il est hors de question que l’Europe serve de point de chute à tous ces gens qui aspirent à émigrer».
Mais cela n’est guère étonnant pour qui suit de près la stratégie européenne dans la région. Circonspecte et prudente au lendemain des premières heures de ces révolutions, l’Union européenne a vite fait, face à la radicalisation de tous ces mouvements qui demandaient des changements et la fragilisation de ces régimes autoritaires, de changer de fusil d’épaule. Et les partenaires d’hier, à qui elle déroulait le tapis rouge à une certaine époque, quand bien même ils étaient considérés comme des dictateurs, sont subitement devenus persona non grata. Le langage diplomatique a dès lors cédé à des condamnations véhémentes. Au point d’oublier que, pendant des décennies, elle a sciemment fermé les yeux devant les exactions commises par ces dirigeants contre leur peuple, simplement parce qu’ils servaient de rempart au terrorisme.
Aujourd’hui, cette argutie est sacrifiée sur l’autel des intérêts économiques. Car croire que l’Europe soutient ces peuples uniquement parce qu’elle croit au respect des principes des droits de l’homme est un leurre. Elle veut juste faire bonne figure aux yeux de ceux qui, aujourd’hui, ont instauré (ou sont en voie de le faire) le changement dans leur pays. Et s’arroger les faveurs des prochains gouvernements démocratiquement élus.
Mais l’Europe ne le fera pas à n’importe quel prix. Oui pour préserver ses intérêts économiques dans ces pays. Oui pour intensifier la coopération économique. Oui pour la libre circulation des marchandises. Mais hors de question d’asseoir la libre circulation des personnes.
Ce qui explique, qu’actuellement, le débat en Europe n’est pas de voir comment aider ses voisins à s’inscrire dans une perspective de développement durable, mais plutôt comment contenir les flux d’émigration.
En cela, il est alors temps que se définissent de nouvelles formes de coopération. Plus équitables.
Il est surtout temps pour les dirigeants africains de refuser que le continent soit utilisé par l’Europe comme un casino.





