Loi sur les coopératives : vers un modèle plus simple et plus résilient
Le gouvernement table sur une part de 8% du PIB créée par ces entités à l’horizon 2035. L’amélioration du cadre juridique serait bénéfique pour le secteur. Par C. Jaidani

La lutte contre la pauvreté et la vulnérabilité constitue l’un des axes majeurs sur lesquels le gouvernement mise pour réduire les inégalités sociales. Mais les différentes stratégies engagées ne peuvent véritablement produire les résultats attendus auprès des populations ciblées qu’à travers l’activation de plusieurs leviers, notamment l’organisation des bénéficiaires en associations ou en coopératives.
Ces structures ont démontré leur efficacité, tant dans la création d’emplois durables que dans l’amélioration des revenus de leurs membres. Elles permettent, au fil du temps, de renforcer la résilience des populations face aux aléas de la vie. En outre, elles bénéficient de conditions propices pour améliorer leurs performances, avec un accès facilité au financement, souvent à des taux préférentiels.
Il convient de rappeler que le Maroc compte aujourd’hui plus de 60.000 coopératives réparties dans toutes les régions du pays, dont 7.730 entièrement constituées de femmes. A ce titre, le gouvernement nourrit l’ambition de voir ce tissu coopératif jouer un rôle déterminant dans l’économie nationale, en visant une contribution de 8% au PIB et la création de 50.000 emplois par an à l’horizon 2035.
Fatim- Zahra Ammor, ministre du Tourisme, de l'Artisanat et de l'Économie sociale et solidaire, a affirmé récemment, dans le cadre des questions orales à la Chambre des représentants, que «les coopératives ont un rôle majeur à jouer dans le développement socioéconomique du pays. Elles ont montré leur efficacité dans les régions enclavées, particulièrement pour les femmes. Nous avons lancé un plan d’action pour faciliter la procédure de leur création, leur gouvernance, ainsi que de nouveaux dispositifs pour leur accompagnement sur le plan technique et organisationnel», a-t-elle indiqué. Il faut noter que l’arsenal juridique dédié aux coopératives a connu une évolution qui a abouti à l’approbation de la loi 112-12 en 2016.
«Contrairement aux entreprises, les coopératives ont un statut à but non lucratif. Leur modèle de fonctionnement repose sur la solidarité et le travail de groupe. Elles sont présentes dans de nombreux secteurs comme l’agriculture, la pêche, l’artisanat et les mines. De plus, ces structures assurent des économies d’échelle en procédant à des achats groupés auprès des fournisseurs et arrivent à vendre leurs produits à des prix intéressants sur les marchés», note Amine Kharroubi, professeur universitaire spécialisé en économie solidaire à l’université Hassan II de Casablanca.
Concernant la loi 112-12, Kharroubi estime que «c’est un texte moderne qui permet à ces entités de s’insérer dans l’économie de marché, bien qu’il nécessite quelques modifications en vue d’atteindre les objectifs escomptés. Ces changements doivent porter sur l’amélioration de la gouvernance à travers l’instauration d’un modèle simple. La loi-cadre en préparation doit prendre en considération ce constat et prévoir de nouveaux mécanismes plus innovants», précise Kharroubi.
Et de poursuivre que «c’est dans l’intérêt des coopératives de se constituer en groupement d’intérêt économique (GIE) afin de défendre leurs intérêts auprès des autorités et autres organismes. Cela leur permettra de nouer des partenariats avec de organismes nationaux et étrangers dans l’effet de leur fournir un accompagnement sous forme de formation et / ou d’assistance afin d’améliorer leurs compétences et leur savoir-faire».
Kharroubi a cité l’exemple des coopératives opérant dans le domaine de l’huile d’argan, présentes dans des régions connues par leur niveau élevé de pauvreté comme les provinces d’Essaouira, Agadir, Chichaoua, Tiznit ou Taroudant. Ces entités ont pu, grâce à leur travail, améliorer le revenu des adhérentes et augmenter leur compétitivité. Elles ont pu vendre leurs produits dans des marchés très exigeants en termes de qualité comme l’Europe et l’Amérique du nord.





