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Economie

Maroc - Portugal : vers une coopération agricole stratégique au service de la souveraineté alimentaire

Invité d’honneur du SIAM 2026, le Portugal met en lumière un modèle agricole structuré, innovant et tourné vers l’export. Pour le Maroc, cette proximité stratégique ouvre la voie à un rapprochement pragmatique fondé sur le partage de savoir-faire, l’adaptation aux contraintes climatiques et l’ambition commune de renforcer la souveraineté alimentaire. Par M. Benchekroun

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 24 Avril 2026 à 12:01
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Maroc - Portugal : vers une coopération agricole stratégique au service de la souveraineté alimentaire

Le Salon international de l’agriculture au Maroc 2026, qui met le Portugal à l’honneur, offre l’occasion d’appréhender un modèle agricole européen structuré et tourné vers l’innovation et l’exportation. Pour le Maroc, il s’agit d’un moment stratégique pour observer les bonnes pratiques portugaises et réfléchir à leur adaptation aux besoins locaux, en particulier dans la souveraineté alimentaire et le développement durable de l’élevage. Cette dynamique s’inscrit dans une volonté politique clairement assumée.

En marge de l’ouverture du salon, José Manuel Fernandes, ministre de l’Agriculture et de la Pêche, a souligné que «le Portugal et le Maroc sont deux pays amis et voisins, décidés à renforcer leur coopération sur plusieurs questions, au service de leurs peuples», posant ainsi les bases d’un partenariat agricole renforcé dans un contexte international marqué par l’incertitude. Au cœur de cette convergence, figure la question climatique. Le ministre portugais a mis en avant l’expertise de son pays face aux épisodes de sécheresse et aux tensions hydriques, rappelant le lancement d’une initiative mobilisant 5,4 milliards d’euros d’ici 2030 dans le secteur de l’eau.

Un signal fort, qui ouvre des perspectives concrètes de coopération avec le Maroc, notamment en matière d’irrigation, de gestion durable des ressources et d’optimisation de la productivité agricole. Au-delà de la question hydrique, José Manuel Fernandes a insisté sur l’importance de renforcer la coopération dans les domaines de la santé animale et végétale, notamment à travers la recherche, l’innovation et l’amélioration de l’accessibilité aux vaccins. Il a également plaidé pour le développement de nouvelles techniques permettant d’accroître la résistance des cultures aux maladies, à la sécheresse et aux phénomènes climatiques extrêmes, des priorités qui font écho aux enjeux structurels de l’agriculture marocaine.

Dans cette logique, la dimension économique apparaît comme un levier central. «Avec le Maroc, nous travaillons ensemble pour renforcer notre coopération, notamment en termes de commerce», a-t-il affirmé, tout en soulignant que, dans un environnement géopolitique incertain, il est essentiel de bâtir des partenariats fondés sur la prévisibilité et la confiance afin «de donner de l’espoir et offrir un meilleur avenir à nos peuples».

Comprendre le secteur agricole portugais

Le Portugal dispose d’un secteur agricole diversifié, façonné par des conditions climatiques et géographiques variées. Il compte près de 259.000 exploitations agricoles qui s’étendent sur environ 3,6 millions d’hectares de surface agricole utilisée, dont la majorité sont des fermes familiales. Les productions principales comprennent les vins, notamment ceux du Douro et du Porto, les fruits et légumes, l’huile d’olive, ainsi que des filières animales comme le porc, la volaille et le bétail.

Le pays est également reconnu pour sa production de céréales, d’agrumes et de produits laitiers de qualité. Malgré cette diversité, l’agriculture ne représente que moins de 3% du PIB portugais et emploie une faible part de la population active, tout en restant essentielle dans les zones rurales et pour la préservation du tissu social dans les territoires périphériques. La politique agricole portugaise s’articule autour du Plan stratégique national de la Politique agricole commune pour 2023‑2027.

L’objectif est de renforcer la durabilité, la compétitivité et l’innovation dans le secteur, en soutenant les revenus agricoles et en incitant à la modernisation des exploitations grâce à l’adoption de technologies avancées et de pratiques respectueuses de l’environnement. La production agricole est estimée à 11,8 milliards d’euros en 2024, principalement concentrée sur les cultures végétales, tandis que le secteur agroalimentaire génère un chiffre d’affaires de 35 milliards d’euros et exporte pour plus de 10 milliards vers l’Union européenne.

Le secteur se distingue par ses produits à forte valeur ajoutée et l’intégration de normes sanitaires rigoureuses, mais il reste confronté à certaines faiblesses, notamment la dépendance aux importations de certaines céréales, de lait et de viandes, la petitesse des exploitations et le vieillissement des agriculteurs. Ces enjeux expliquent le recours du Portugal à des mesures de soutien ciblées et à une stratégie de modernisation progressive des filières, tout en préservant l’identité de ses productions traditionnelles.

État des lieux de la relation commerciale

Le commerce entre le Maroc et le Portugal, bien qu’encore modeste comparé aux flux globaux du Royaume avec l’Union européenne, s’inscrit dans une dynamique de progression ces dernières années. Selon les données de l’Office des changes, les exportations marocaines vers le Portugal ont atteint environ 735 millions de dollars en 2024, en hausse de 6,2 % par rapport à 2023. Ces flux concernent un éventail de produits diversifiés, incluant notamment des produits agricoles et agroalimentaires, mais également des segments industriels et intermédiaires.

À l’inverse, les importations du Maroc en provenance du Portugal se sont élevées à près de 1,98 milliard de dollars en 2024, enregistrant une progression significative de 19% sur un an. Ces importations portent en grande partie sur des produits à plus forte valeur ajoutée, incluant des intrants, des produits agro-industriels ainsi que des équipements contribuant à la modernisation des filières productives. Cette configuration met en évidence un déséquilibre structurel des échanges en faveur du Portugal, traduisant à la fois une dépendance relative du Maroc à certains produits transformés et équipements, mais également un potentiel encore sous-exploité du côté des exportations marocaines à plus forte valeur ajoutée.

Dans le domaine agricole, les échanges restent encore limités en volume, mais présentent des perspectives de montée en gamme, notamment à travers le développement des filières agroalimentaires, l’amélioration des standards sanitaires et phytosanitaires, et l’intégration progressive dans les chaînes de valeur européennes. Soutenue par des mécanismes de coopération technique et réglementaire, cette relation bilatérale constitue ainsi un levier potentiel de renforcement des capacités productives et d’accélération de la transformation agricole, dans un contexte marqué par les enjeux de souveraineté alimentaire et de transition climatique.

Perspectives pour le Maroc

La présence du Portugal au SIAM 2026 ouvre des perspectives concrètes pour le Maroc, non seulement pour renforcer la souveraineté alimentaire, mais aussi pour développer des filières exportatrices compétitives. Les filières d’élevage, la transformation agroalimentaire et l’innovation technique sont autant de domaines où le savoir-faire portugais peut accélérer la modernisation et accroître la productivité. Dans un scénario de développement ambitieux, le Maroc pourrait augmenter ses exportations agricoles vers l’Union européenne de près de 15% à moyen terme, en particulier dans les fruits et légumes, les produits transformés et les filières laitières. En intégrant des techniques portugaises de gestion de troupeaux et de production durable, le pays pourrait améliorer la qualité sanitaire et la traçabilité des produits, réduire les pertes post-récolte et sécuriser l’approvisionnement local.

Ces gains pourraient représenter plusieurs centaines de millions d’euros supplémentaires par an pour les filières stratégiques. Les accords bilatéraux existants, incluant la coopération en santé animale et la formation des jeunes agriculteurs, offrent un cadre opérationnel pour ces ambitions. Ils permettent également au Maroc de renforcer ses chaînes de valeur internes, de mieux intégrer ses filières et d’assurer des prix plus stables pour le consommateur final.

En favorisant la modernisation des infrastructures, la mécanisation et l’adoption de technologies vertes, le pays peut combiner sécurité alimentaire et création de valeur économique pour les zones rurales. En parallèle, le Maroc pourrait développer des projets pilotes conjoints avec le Portugal dans les filières de fruits rouges, agrumes et légumes sous serre, ainsi que dans l’élevage bovin et caprin, afin de créer des standards de qualité conformes aux marchés européens.

Cette approche permettrait de valoriser les productions locales, de renforcer la compétitivité et de garantir que les bénéfices de la modernisation agricole soient ressentis par l’ensemble de la population, notamment les citoyens et les petits producteurs. En conclusion, la coopération MarocPortugal illustre comment des complémentarités sectorielles peuvent être mobilisées pour répondre à des enjeux stratégiques tels que la souveraineté alimentaire, le développement de l’élevage et la modernisation agroalimentaire. La présence du Portugal comme invité d’honneur au SIAM 2026 constitue ainsi un levier pour le Maroc afin de renforcer ses filières, valoriser ses productions et positionner le pays comme un acteur incontournable de l’agriculture durable en Afrique et en Méditerranée. 

 

Chiffres bilatéraux clés

En janvier 2026, les échanges commerciaux entre le Maroc et le Portugal confirment une dynamique progressive de rapprochement économique. 47,3 millions d’euros ➡ Exportations marocaines vers le Portugal 95,4 millions d’euros ➡ Importations marocaines depuis le Portugal Au-delà de ces flux, la relation bilatérale s’appuie sur une coopération technique et sanitaire en consolidation, favorisant l’intégration progressive des filières agricoles. Les segments les plus dynamiques concernent les fruits et légumes, produits agroalimentaires transformés et produits laitiers, illustrant un potentiel de complémentarité encore sous-exploité.

 

 

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