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Economie

Au cœur du Maroc thermal : Des eaux millénaires qui n’attendent que leur heure

Le Maroc est un pays riche en sources thermales. Elles seraient plus d’une centaine, réparties dans tout le Royaume, et plus de 50% se trouvent dans la zone rifaine. Sur les 117 sources, seuls 29 sites sont répertoriés avec leur composition chimique et leurs pathologies traitées. Et parmi eux, seulement six constituent de véritables établissements thermaux.

RFPar Rédaction FNH
|Publié le 24 Août 2026 à 12:00
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Au cœur du Maroc thermal : Des eaux millénaires qui n’attendent que leur heure

Une des stations les plus connues du Royaume est celle de Moulay Yaacoub, située à 22 km de Fès. Ses eaux jaillissent d’une profondeur de 1.500 mètres à 54°C. Une eau hyperthermale aux vertus thérapeutiques, pour traiter, notamment les rhumatismes et les affections cutanées. La toute première station avait vu le jour dans les années 1930. La région de Fès-Meknès compte plusieurs stations thermales, notamment Sidi Harazem, Aïn Allah, Aïn Salama (province d’El Hajeb), Skhounat (province de Boulemane), et Tibekhbakhine (province de Sefrou).

D’après Ahmed Sentissi, président du Conseil régional du tourisme de la région, un «circuit thermal est en cours de préparation». D’ailleurs, le thermalisme reste un produit «complémentaire, très important» dans l’offre du tourisme régional. Dans la feuille de route du CRT Fès-Meknès, les premiers produits restent le culturel, le cultuel et la nature, puis vient le thermalisme, une «priorité également», qui est «en train de prendre de l’ampleur», selon Ahmed Sentissi. En 2025, la région de Fès-Meknès a organisé, en coordination avec le CRT, le premier salon du tourisme thermal et de bien-être. L’expérience va être réitérée en 2026, nous confirme le président du Conseil.

Concernant la célèbre station de Moulay Yaacoub, un investissement total de 400 millions de dirhams a été prévu, en partenariat avec Vichy Spa International, pour la développer et la positionner comme destination thermale de classe internationale. L’hôtel le plus réputé dans le village, le Vichy Thermalia Spa Moulay Yacoub, envisage une montée en gamme vers le classement 5 étoiles. Une décision stratégique pour attirer davantage de touristes internationaux sensibles au nombre d’étoiles. D’ailleurs, le partenariat avec Vichy Spa International a permis de drainer une clientèle internationale importante, la première étant française, indique Ahmed Sentissi.

Un passé glorieux

Mais d’où vient ce succès ? Historiquement parlant, il faut revenir aux Mérinides, la station de Moulay Yaacoub est connue depuis le 13ème siècle. «Il existe une probabilité que la station ait été connue depuis l’époque romaine. Surtout que cette localité n’est pas loin de l’ancienne capitale romaine Volubilis», confie Ahmed Akkari, ancien directeur des thermes de Moulay Yaacoub.

La proximité avec Fès, la capitale spirituelle du Royaume, reste un atout pour la station thermale. Sans oublier la présence, dans les environs, «d’autres stations thermales, comme Sidi Harazem et Aïn Allah» et de destinations historiques comme Ifrane, Meknès et Volubilis. À proximité immédiate de Moulay Yaacoub, il y a une nature vierge qui encourage les familles et individus à venir «se reposer loin des contraintes des grandes villes». Ahmed Akkari rappelle d’ailleurs la tradition de «Nzaha» (balade, ndlr) que les «familles fassies ont l’habitude d’organiser à Moulay Yaacoub et Sidi Harazem».

Au mois d’avril, le président du CRT et le gouverneur de la province de Boulemane, Allal El Baz, ont inauguré la station Moulay Yaacoub Ben Shal à Missour. Une station dotée d’une «eau thermale d’une grande importance», précise Ahmed Sentissi.

L’évolution de Moulay Yaacoub ne date pas d’hier. Il faut remonter au tout début des années 1990, quand a été réalisé le 1er établissement thermal du pays ainsi qu’un hôtel 4 étoiles situé à 2 km sur la route reliant les deux entités. Ahmed Akkari rappelle qu’il y a eu l’élaboration de nombreuses opérations «très pointues au niveau technique pour stabiliser et contrôler le débit des eaux thermales afin de desservir aussi bien le nouvel établissement thermal que les thermes traditionnels».

Le travail, main dans la main, avec le CHU de Fès, par exemple, a permis de démontrer «l’intérêt des eaux thermales de Moulay Yaacoub pour certaines pathologies».

En 2016, un nouvel établissement traditionnel a été ouvert, dans le but de répondre à des normes de sécurité et d’hygiène plus strictes. Deux ans plus tard, les nouveaux thermes ont rouvert leurs portes après une rénovation totale, comme l’acquisition de matériel thermal nouvelle génération. D’ailleurs, un nouvel hôtel 4 étoiles a été construit. Il est composé d’une centaine de chambres reliées directement aux installations thermales.

Sidi Harazem

Concernant Sidi Harazem, la légende raconte que la source s’appelait «Khalouan», une sorte de havre de paix qui permettait de méditer à la manière des soufis. Le nom actuel est celui de Sidi Harazem, philosophe, voyageur et fin linguiste, qui aurait cédé sa fortune aux pauvres. Des années plus tard, le sultan mérinide Abou Hassan Ali y édifia des thermes dont les vestiges sont encore visibles sur place.

La source offre des eaux chaudes à environ 35°C, naturellement riches en magnésium et en bicarbonates. Cette eau est utilisée depuis des siècles pour soulager les affections rhumatismales, les problèmes de peau et les troubles respiratoires. L’eau de Sidi Harazem est particulièrement indiquée pour certains troubles rénaux, notamment ceux causés par les calculs rénaux.

En 1961, l’architecte Zevaco se voit confier la première commande d’un projet de développement territorial et touristique du groupe CDG pour créer une station thermale à Sidi Harazem. En seulement un an, il conçoit et livre un complexe au style brutaliste où eau et béton se croisent. La station devient, par la suite, un complexe thermal doté d’un hôtel, de bungalows, de piscines et d’une cour centrale. Longtemps, Sidi Harazem était devenu un lieu de villégiature qui attirait des visiteurs des quatre coins du Royaume.

Actuellement, d’après Ahmed Akkari, le «privé ne peut pas investir dans le domaine du thermalisme». Seul l’État marocain, à travers ses bras financiers, comme le groupe CDG, a pu être impliqué dans le secteur. Pour rappel, la CDG avait lancé un projet de réhabilitation de Sidi Harazem, impliquant les habitants du village voisin et des artistes pluridisciplinaires, porté par l’architecte Aziza Chaouni. Ce projet avait permis de redonner, temporairement, vie à l’espace. De nos jours, la filiale de la CDG, Sotherma, continue d’embouteiller et de commercialiser l’eau minérale de table Sidi Harazem à l’échelle nationale.

Et dans le monde ?

La Tunisie compte 400 centres thermaux (stations thermales, bains minéraux et centres de thalassothérapie). En 2025, le pays a accueilli 7 millions de curistes, avec un taux de croissance de 5% entre 2024 et 2025. 70% des visiteurs sont des touristes étrangers attirés par les soins. Ahmed Akkari raconte qu’au début des années 2000, il s’était rendu à un salon spécialisé dans le domaine du thermalisme à Paris. Sur place, un stand tunisien, sous la houlette de l’«Office tunisien du thermalisme et de l’hydrothérapie». Chose qui l’a interpellé, puisque la Tunisie a «créé une entité dédiée au thermalisme alors qu’elle dispose» de «moins de ressources».

En Turquie, le pays intègre le thermalisme dans ses objectifs aussi bien médicaux que touristiques. Selon des rapports de l’OCDE, ce pays vise les 100.000 lits «thermaux» et 1,5 million de touristes étrangers pour le tourisme de santé, dont le thermalisme demeure une variante importante. Malheureusement, le Maroc reste en «décalage» dans ce domaine. Ahmed Akkari affirme que «les infrastructures thermales demeurent traditionnelles et basiques dans un pays qui compte plus de 100 sources thermales».

«Même concernant Moulay Yaacoub, nous ne pouvons pas dire qu’il s’agit d’une vraie destination thermale au sens moderne et strict du terme. Car ceci suppose une offre complète ne se limitant pas à des infrastructures thermales ou d’hébergement, mais également des possibilités plus larges en matière de loisirs, de sports, de culture», déclare l’ancien directeur des thermes de Moulay Yaacoub.

Notre source préconise de «penser à une entité étatique pour recenser précisément le patrimoine thermal, mettre en place un cadre juridique notamment pour bien délimiter le périmètre relevant de la santé et celui relatif au tourisme».

Le modèle tunisien

La Tunisie compte 400 centres thermaux comprenant des stations thermales, des bains minéraux et des centres de thalassothérapie. L’année dernière, le pays voisin a accueilli 7 millions de curistes, dont 70% d’étrangers attirés par les soins. Le taux de croissance atteint 5% entre 2024 et 2025. A titre de comparaison, le Maroc n’en accueille que 50.000 par an (estimation). Le pays du Jasmin a mis en place une stratégie intentionnelle, structurée et portée par un acteur dédié, l’Office tunisien du thermalisme et de l’hydrothérapie. Créé au début des années 2000, cet organisme a permis de labelliser les destinations, de normaliser les standards de qualité, de coordonner le marketing international, et surtout, de lever les ambiguïtés réglementaires. Le thermalisme tunisien est devenu une marque, une destination prisée. D’ailleurs, l’office tunisien travaille sur la promotion d’une manière soutenue, en participant à tous les grands salons internationaux du thermalisme. La Tunisie a compris que le thermalisme n’est pas une activité secondaire à laisser aux initiatives privées fragmentées. Le leadership thermal ne vient pas des ressources naturelles seules, mais d’une vision stratégique, d’une gouvernance dédiée, et d’un engagement durable.

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