Oisiveté intellectuelle
Vous tenez entre vos mains le dernier numéro de Finances News… avant le mois sacré du Ramadan. Plus que quelques jours. Rien que d’y penser… ça me rend paresseux. Plus d’inspiration pour écrire ma chronique. Je mets donc à jour celles que j’avais déjà écrites et que je vous livre en deux épisodes.
Pas de pti’ déj’, pas de café, pas de clope… Rien ! Oualou ! Ce sont les premiers effets visibles du Ramadan. Un mois d’abstinence. Un mois d’impertinence aussi. Le ventre crie famine, les poumons réclament leur dose de nicotine, au moment où la gorge asséchée sollicite ardemment… une gorgée d’eau.
Ton corps jeûne. Tout ton corps. Tu arrives au bureau somnolent, voire complètement groggy. Pourtant, tes horaires ont été réaménagés : tu commences à 9h00 au lieu de 8h30, mais t’arrives toujours vers 9h30. Ton premier geste est d’allumer nonchalamment ton ordinateur, après un bref salut à tes collègues. Qui n’ont d’ailleurs pas l’air de bonne humeur. Tout juste te répondent-ils par un petit signe de la tête. Politesse oblige. Ils s’en seraient bien passés d’ailleurs. Et l’un des miracles du Ramadan est que les femmes papotent moins. Elles s’économisent (sic).
Tu fais alors preuve de courage et essaies de travailler. Tu y arrives tant bien que mal entre 10h00 et midi. Midi, l’heure fatidique. La faim complote avec le sommeil pour t’envoyer dans les bras de Morphée. L’appel de ton ventre vide devient insupportable. Tu ne peux plus te concentrer. Tes paupières tombent. Tu résistes, plein de volonté. Mais c’est difficile. Ils sont les plus forts. Alors tu te lâches un peu. Tu somnoles un coup, commences à rêver. De quoi ? Harira, chebbakia, poulet rôti…, tous ces bons mets qui t’attendent à la maison. Sans oublier ta première clope d’après F’tour.
Tu tombes dans une oisiveté intellectuelle que tu masques difficilement lorsque ton patron fait une irruption impromptue dans ton bureau. Tu sursautes et fais semblant de bosser. Tu l’observes tout penaud. Tu as honte : tu as eu le courage de ne rien faire alors que tu es payé pour travailler. Mais tu n’étais pas le seul. Tes collègues, aussi, ont fait pareil. Mais le flagrant délit, c’est pour toi.
Ton patron hoche la tête, esquisse un sourire ironique, et s’en retourne à son bureau. Il comprend qu’on puisse se surprendre à roupiller un peu (même si c’est aux heures de bureau) durant certaines journées difficiles du mois de Ramadan. Lui-même, quelques minutes auparavant, laissait échapper un léger ronflement de son bureau fermé. Sauf que lui, c’est le patron, mais il s’accommode de la productivité quasi nulle de ses employés, sauf à virer tout le monde.
Tu essaies donc, courageusement, de reprendre le travail. Un dossier à boucler. Mais tu ne sais plus où tu en étais. Ton esprit, également, jeûne. Tu n’arrives plus à réfléchir. Tu ne veux même plus le faire. Alors tu décides de te distraire sur le Net… en attendant 16 H. Finalement, sur une journée, tu n’auras travaillé que durant 2 heures…
Par David William





