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Oisiveté intellectuelle (suite et fin) :

LRPar La Rédaction
|Publié le 3 Juillet 2014 à 14:24
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Il est 15h 45. L’ordinateur est déjà est en train de s’éteindre. Tu ramasses tes affaires pendant que les bonnes odeurs du F’tour chatouillent tes narines et narguent ton corps. Même si tu te réjouis à l’idée de rentrer chez toi, tu deviens particulièrement nerveux, irascible.D’une humeur massacrante, comme tes collègues d’ailleurs. Tout le monde est sous haute tension. Entre 16h 00 et la rupture du jeûne, le Maroc est en fait une véritable poudrière.

Te voilà dehors, les yeux rougis par la fatigue alors que t’as rien fait de la journée. Tu regagnes ta voiture d’un pas nonchalant, le regard hagard, les yeux livides. Tu reviens subitement à toi lorsque, l’esprit ailleurs, tu te fais bousculer par mégarde. Ton sang ne fit qu’un tour. Les mots se bousculaient encore dans ta bouche lorsque tu te retournas d’un coup sec, vert de colère, prêt à décocher ta première insulte. Tu te retiens in extremis quand tu vis cette belle créature qui se confondait en excuses, tout en esquissant un léger sourire. Tu étais là, pantois, la regardant sans vraiment l’écouter. Elle se retourna et reprit son chemin. Tu restas là, planté au milieu du chemin, la suivant du regard sans détourner les yeux. Oups ! Tu te souviens que c’est le Ramadan. Les yeux, aussi, doivent jeûner : le premier coup d’oeil est permis, cela fait partie de l’instinct naturel de l’homme. Par contre, le second ne l’est pas, car il ouvre les voies de la tentation.

Tu montes finalement en voiture. Pris dans les embouteillages, tu es encore plus énervé. Surtout lorsque le conducteur derrière toi oublie volontairement son doigt sur le klaxon. Tu sors de ton véhicule en même temps que fusent les insultes. Les autres automobilistes s’arrêtent pour regarder. Les badauds aussi. Un attroupement se forme. Le petit embouteillage se transforme alors en gros bouchon. Les esprits se calment un peu. Mais il y en a toujours un qui passe par là et qui vient jeter son grain de sel pour relancer les explications et réchauffer les esprits. En fin de compte, tu te retrouves à faire la bise à ton vis-à-vis, après une bonne demi-heure de cris et d’insultes sans jamais se battre.

A 17h00, tu franchis la porte de la maison. Le trajet a duré 45 mn de plus. Les odeurs qui s’échappent de la cuisine t’apaisent un peu. Tu souris en même temps que fredonnent tes intestins. Tu t’affales sur le fauteuil, télécommande à la main. Séance zapping. Le temps te parait long. Presque trois bonnes heures à devoir «tuer». Soixante secondes pour une minute ? Celui qui a défini la notion du temps n’en avait apparemment aucune.

Après 20 mn devant le petit écran, tu t’assoupis pour n’être réveillé qu’à l’heure de la rupture. Le fameux Ftour. La 1ère journée d’austérité touche à sa fin. La table est pleine, remplie de sucreries et mets dont tu ne goûteras même pas le tiers. Mais il faut qu’ils soient sur la table. Car ce sont tes yeux qui mangent.

Tu te régales, tout en te disant qu’il te reste encore 28 ou 29 jours comme ça à braver. Ce sera dur. Mais tu es fier de toi. Parce que t’es différent de tous ces gens qui s’inventent des maladies imaginaires. Une semaine avant le mois sacré, ils mettent en place leur feuille de route «anti-Ramadan». C’est-à-dire le plan anti-jeûne pour se soustraire à ce devoir divin. Alors apparaissent les ulcères, les diabètes auto-proclamés, ainsi que diverses pathologies fictives. Histoire de ne pas jeûner… à tout prix.

La panse remplie, ta bonne humeur te revient pour la première fois de la journée. Patriotisme oblige, tu essaies de regarder les deux chaînes télévisées nationales. Mais ton bon sens et tes oreilles délicates t’obligent souvent à zapper : les infos sur Al Jazeera, puis un film sur une chaîne française. Là, tu es sur le qui-vive, surtout quand les beaux-parents sont invités. Car il arrive trop souvent qu’un acteur et une actrice se frottent un peu trop. Hchouma pendant le Ramadan ! Alors tu zappes vite, au moment où le beau-père est pris d’une toux fictive et que la belle-mère prétexte d’aller aux toilettes.


Après, c’est un petit tour en ville, seul ou en famille. Tu reviens pour te gaver à nouveau jusqu’à deux, voire 3 heures du matin. Tu t’endors en pensant déjà au lendemain : boulot, somnolence, paresse, faim… Cela durera un mois.


Par David William

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