Transformation des risques : Bachir Baddou appelle le secteur à sortir de sa zone de confort
Intervenant à l’ouverture de la deuxième journée du Rendez-vous de Casablanca de l’assurance, le vice-président délégué de la FMA et Directeur général de CAT Assurance et Réassurance a appelé le secteur à revoir ses repères face à la transformation des risques. Son constat est celui d’une industrie longtemps habituée à travailler sur des bases historiques stables, mais désormais confrontée à des risques plus complexes, plus interconnectés et parfois plus difficiles à mutualiser. Par Y. Seddik

Selon Bachir Baddou, l’assurance a toujours pu s’appuyer sur l’historique de la sinistralité et sur la profondeur de la donnée pour modéliser et tarifer. Ce cadre, a-t-il expliqué, devient moins lisible. Il a relevé que certains risques restent peu nombreux, mais d’une intensité telle qu’ils fragilisent les mécanismes classiques de mutualisation. Il a également estimé que, sur certains segments, la frontière de l’assurable semble avoir été atteinte, même en mobilisant l’ensemble de la chaîne allant de l’assurance à la réassurance et à la rétrocession.
Baddou a particulièrement insisté sur le risque climatique. Il a rappelé que le Maroc figure parmi les zones appelées à connaître des changements importants dans les années à venir, avec notamment des épisodes de sécheresse plus marqués. Dans ce contexte, il a mis en avant l’intérêt des partenariats public-privé pour élargir la capacité de réponse du secteur. Il a cité, à ce titre, la multirisque climatique agricole, mise en place dans le cadre d’un partenariat public-privé, ainsi que le dispositif de couverture contre les événements catastrophiques adossé au Fonds de solidarité contre les événements catastrophiques.
Revenant sur le séisme d’Al Haouz de 2023, il a estimé que cet épisode avait mis à l’épreuve un dispositif dans lequel les assureurs, le fonds et l’Etat ont chacun joué leur rôle. Il a rappelé que, face à des risques massifs, l’intervention publique reste déterminante. Baddou a également insisté sur l’interconnexion croissante des risques. Il a cité la pandémie de Covid-19 comme illustration d’un événement capable d’affecter simultanément plusieurs maillons de la chaîne assurantielle. Il a aussi évoqué les cyber-risques, en soulignant que des attaques peuvent toucher au même moment plusieurs régions ou plusieurs infrastructures.
A ses yeux, cette simultanéité constitue un changement majeur pour le secteur. Dans le même registre, il a rappelé la récurrence des événements extrêmes observés en 2023 à l’échelle mondiale, entre canicules, inondations, incendies et séismes. Une telle concentration de chocs, a-t-il expliqué, pose inévitablement la question de la capacité du marché mondial de l’assurance et de la réassurance à absorber ces sinistres. Il a relié cette question à celle du «protection gap», c’est-à-dire la part des dommages qui demeure non couverte une fois l’assurance intervenue. Sur un autre plan, le responsable a plaidé pour un effort plus marqué en matière de prévention.
Il estime que le Maroc n’anticipe pas assez et que le secteur lui-même reste encore en retrait sur certains volets, notamment en assurance santé. Il a évoqué la nécessité d’intégrer davantage de démarches préventives, comme les check-up, les bilans réguliers ou le dépistage, considérant que cette dimension deviendra un levier important dans les années à venir. Il a également cité les inondations de février 2026 et le fait que certains territoires restent exposés à des phénomènes déjà connus dans la mémoire locale.
Le cyber a occupé une place importante dans son intervention. Baddou a relevé que ces couvertures restent encore difficiles à mutualiser et à tarifer, alors même qu’elles intègrent une forte composante de prévention. Il a rappelé que les entreprises assurées sur ce volet doivent généralement passer par un processus d’évaluation préalable de leur système d’information et de leurs dispositifs de sécurité.
Enfin, le Directeur général de CAT Assurance a appelé le secteur à regarder autrement les insurtechs. Il reconnait que ces acteurs sont encore parfois tenus à distance, alors qu’ils peuvent apporter des idées nouvelles et contribuer à transformer les pratiques. Il plaide pour davantage d’écoute, d’expérimentation et d’investissement, estimant que certaines de ces jeunes pousses pourraient faire émerger des solutions utiles pour le marché.





