Universités privées
Le débat, ou plutôt la polémique sur les dénominations «faculté privée» et «université privée» est définitivement tranchée. Le décret d'application de la loi 01-00 y afférent vient, en effet, d'être publié. Tout y est clairement défini, mettant fin à une foire d'empoigne qui a pris de l'ampleur ces derniers temps, avec notamment l'apparition de plus en plus nombreuse d'établissements qui se font appeler «universités privées».Ce qui est considéré comme une offense par les universités réputées et historiquement établies sur le territoire national.
Il fallait donc remettre les points sur les «i» à travers un cahier des charges qui circonscrit de façon transparente les conditions nécessaires pour l'obtention d'un tel titre. Car, il faut dire que certains établissements privés qui se prévalent «université» ne sont mus que par l'appât du gain. Car l'appellation confère un certain prestige qu'ils s'arrogent de force, quand bien même, en regardant à travers les murs, les critères pédagogiques et matériels ne sont guère réunis.
Et, aujourd'hui, le fait de se faire appeler «université privée» est devenu manifestement une mode dont s'accommodent parfaitement certains opérateurs de l'enseignement supérieur. Comme l'est d'ailleurs la double diplomation, où la perspective d'avoir un diplôme local et étranger fait mouche à tous les coups et constitue un atout marketing actuellement incontournable pour attirer de plus en plus d'étudiants. Cela tend, a priori, à attester de la crédibilité de l'établissement et à ouvrir plus facilement les portes du monde professionnel aux diplômés.
C'est ce que cela sous-tend. Même si l'on a tendance à oublier que l'insertion et l'évolution de l'individu dans le monde de l'entreprise dépendent davantage de ses compétences que de la nature du diplôme. Car, il est un fait qui est souvent passé sous silence : dans certains établissements de l'enseignement supérieur privé (pas tous heureusement), tant que l'on s'acquitte normalement des droits de scolarité, on ne double pas les classes. Quel que soit le niveau de l'étudiant.
Bref, c'est dire que le mercantilisme de certains opérateurs tend à noyer les efforts de ceux qui, soucieux de délivrer un enseignement de qualité, en phase avec les attentes des entreprises, veulent produire de réelles compétences pour accompagner le développement économique du Maroc.
Et l'on peut se réjouir que le décret d'application qui vient d'être publié accorde un intérêt particulier aux critères pédagogiques devant régir les facultés et universités privées, non sans omettre un volet fondamental : les infrastructures.
Ainsi, la faculté privée, qui relève d'une université privée, doit être constituée de filières et départements de recherche et de formation dans un champ disciplinaire donné et, surtout, comporter des installations appropriées à la nature de sa mission. Pour être autorisée à porter cette dénomination, la gestion des affaires doit être confiée à un professeur titulaire d'un doctorat ou d'un diplôme reconnu équivalent, et justifier d'une expérience professionnelle dans l'enseignement supérieur à au moins 5 ans.
De même, au moins 30% des enseignants de l'établissement employés doivent être des enseignants permanents titulaires d'un doctorat (ou diplôme reconnu équivalent). Le nombre d'étudiants est tout aussi important, d'autant qu'il faut inscrire au moins 100 étudiants lors de la première année de la demande d'autorisation et en avoir au minimum 600 deux années plus tard.
En outre, l'établissement doit s'engager à accréditer 50% des filières de formation dans un délai de 3 ans à compter de la date d'autorisation de porter la dénomination «faculté privée».
Sur un autre registre, pour être autorisé à avoir l'appellation «université privée», il faut disposer d'au moins trois établissements d'enseignement supérieur privé (écoles, instituts ou centres), dont l'un des deux au moins est une faculté privée, avec un nombre total d'étudiants inscrits ne pouvant être inférieur à 2.000 durant les trois ans qui suivent l'obtention de l'autorisation. Par ailleurs, au moins 50% des filières de formation doivent être accréditées. Et les exigences pour être président d'une université privée sont plus draconiennes. En effet, il est nommé après avis de l'autorité gouvernementale chargée de l'enseignement supérieur. Laquelle atteste que le candidat dispose d'une expérience pédagogique dans l'enseignement supérieur ou dans la vie professionnelle d'au moins 5 ans en relation avec l'un des domaines de la formation dispensée dans les établissements relevant de l'université privée. Par ailleurs, il ne doit pas avoir fait l'objet d'une condamnation à une peine correctionnelle ou criminelle pour des motifs incompatibles avec l'exercice de la fonction de président d'université, notamment les actes contraires à l'honneur, à la probité et aux bonnes mœurs.
Bien évidemment, le non-respect de ce cahier des charges peut conduire, après mise en demeure, au retrait pur et simple de la dénomination «faculté privée» ou «université privée».
Il est clair, au regard des conditions édictées par la loi, que beaucoup d'établissements qui arborent outrageusement la mention «université privée» vont «baisser pavillon»… en attendant de se mettre à niveau. Au boulot !
David William





