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Industries culturelles : «Aujourd’hui, le défi n’est plus le potentiel, mais la structuration de l’écosystème»

Industries culturelles : «Aujourd’hui, le défi n’est plus le potentiel, mais la structuration de l’écosystème»

À travers la mode, le design et les industries créatives, le Maroc affirme une nouvelle dynamique de son rayonnement international. Soft power, attractivité économique et dialogue des cultures, la diplomatie culturelle s’impose aujourd’hui comme un axe structurant de la stratégie d’influence du Royaume.

Entretien avec Imane Belmkaddem, entrepreneure culturelle, experte en diplomatie culturelle et organisatrice de Ammfw, Stockholm fashion fair et Rabat international fashion fair.

Finances News Hebdo : Comment la diplomatie culturelle peut-elle devenir un véritable levier économique et touristique pour le Royaume ?

Imane Belmkaddem : La diplomatie culturelle est aujourd’hui un véritable outil stratégique de rayonnement et d’attractivité pour les nations. Le Maroc possède une richesse culturelle exceptionnelle, à la fois authentique, moderne et plurielle, qui constitue un avantage compétitif majeur à l’international. À travers la mode, l’art, le design, la musique ou encore l’artisanat, nous racontons une identité marocaine forte capable de séduire, d’inspirer et de créer du lien avec le monde. Lorsqu’un pays valorise intelligemment sa culture, il attire naturellement le tourisme, les investissements, les talents et les collaborations internationales. Les industries créatives ont cette capacité unique de générer à la fois de l’émotion, de l’image et de la valeur économique. Le Maroc peut aujourd’hui transformer son patrimoine culturel en véritable moteur de croissance, notamment grâce aux événements internationaux, aux collaborations artistiques et à la montée en puissance du «Made in Morocco» créatif. L’ampleur des événements que nous organisons, comme le Rabat international fashion fair ou encore l’Auto-Moto Morocco fashion week, participe justement à la création d’un véritable écosystème créatif et économique. Ces rendez-vous réunissent des cultures, des talents, des institutions, des marques et des organisations venues de différents horizons autour d’une même vision, à savoir promouvoir le Maroc culturellement et économiquement sur la scène internationale. Aujourd’hui, de nombreux designers, maisons et acteurs internationaux souhaitent conquérir le marché marocain, preuve de l’attractivité croissante du Royaume et de son potentiel en tant que plateforme régionale de la mode, de la création et du lifestyle.

 

F. N. H. : Vous avez grandi dans un univers artistique aux côtés de votre mère, artiste peintre, et vous avez même cocréé des pièces de mode inspirées de ses œuvres. Dans quelle mesure cette immersion dans l’art et les médias a-t-elle façonné votre parcours et nourri votre vision de la diplomatie culturelle ?

I. B. : Mon parcours s’inscrit dans une double dynamique à la fois artistique et médiatique, qui s’est construite au fil des années et des expériences. Mon parcours de journaliste, animatrice radio-télé diplômée du Canada, productrice et animatrice de scène, ainsi que mon expérience en tant que conférencière, m’ont permis de développer une grande ouverture sur le monde et sur les différentes cultures. À travers les rencontres, les échanges et la communication, j’ai appris à comprendre les réalités de chacun et à créer des ponts entre les peuples, ce qui est au cœur même de la diplomatie culturelle. Grandir dans un univers artistique a également profondément façonné ma vision. Cette fibre artistique m’a été transmise par ma mère, artiste peintre marocaine comptant plus de 28 ans de carrière.

Depuis mon plus jeune âge, j’ai évolué dans un environnement où la créativité, l’esthétique et l’expression artistique occupaient une place centrale. Notre amour commun pour l’art et la mode nous a naturellement conduites à créer ensemble des collections de pièces uniques inspirées de ses œuvres. Ces créations reflètent l’âme de la femme marocaine dans sa dimension universelle. Elles mettent également en lumière notre patrimoine culturel, notamment à travers des sacs confectionnés à la main par des artisans de Rabat, qui racontent à leur manière l’histoire de notre ville et prolongent l’univers artistique des tableaux de ma mère. Dans un contexte international comme celui de Stockholm où j’ai vécu pendant dix ans, cette double sensibilité, médiatique et artistique, prend tout son sens. La culture y devient un langage universel capable de rapprocher les peuples au-delà des frontières. L’art, la mode, l’artisanat et la communication sont pour moi des outils puissants de dialogue interculturel, de valorisation du Maroc et de promotion de son riche patrimoine auprès d’un public international.

 

F. N. H. : À travers des événements comme Auto-Moto Morocco fashion week ou Rabat international fashion fair, vous réunissez designers, artistes, personnalités publiques et représentants diplomatiques de plusieurs pays. En quoi ce type d’initiative contribue-t-il à renforcer l’image de marque du Maroc à l’international ?

I. B. : Ces événements créent des ponts entre les cultures, les économies et les talents. Ils permettent de montrer un Maroc moderne, créatif, ambitieux et ouvert sur le monde. Lorsque des designers internationaux, des diplomates, des médias ou des investisseurs découvrent le savoir-faire marocain dans un cadre premium et structuré, cela change profondément la perception du pays. L’objectif est de positionner le Maroc comme une destination culturelle et créative incontournable en Afrique et dans le monde arabe. À travers chaque édition, nous valorisons non seulement les créateurs marocains, mais aussi l’excellence de notre hospitalité, de notre artisanat, de notre industrie événementielle et de notre capacité à organiser des rendez-vous internationaux de haut niveau.

 

F. N. H. : Le Maroc dispose-t-il des atouts nécessaires pour se positionner comme un hub culturel et créatif régional et africain ?

I. B. : Le Maroc dispose de nombreux atouts stratégiques. Je cite une identité culturelle forte, une position géographique unique entre l’Afrique, l’Europe et l’Amérique, une stabilité reconnue, ainsi qu’une jeunesse créative extrêmement talentueuse. Nous avons également un artisanat parmi les plus riches au monde, une scène artistique en pleine évolution et un patrimoine qui inspire les grandes maisons internationales. Aujourd’hui, le défi n’est plus le potentiel, mais la structuration de l’écosystème : accompagner les talents, renforcer les financements, créer davantage de plateformes internationales et encourager les collaborations entre culture, tourisme et économie. Le Maroc peut devenir un véritable hub créatif africain s’il continue à investir dans ses industries culturelles avec une vision à long terme.

 

F. N. H. : Quel impact observez-vous concrètement à travers les manifestations que vous organisez ?

I. B.  : Les retombées sont très concrètes. Chaque événement mobilise un écosystème complet, notamment les hôtels, créateurs, techniciens, transporteurs, médias, photographes ou encore des prestataires audiovisuels. Cela crée une dynamique économique réelle et génère de nombreuses opportunités locales. Nous observons également une augmentation de la visibilité touristique des villes qui accueillent nos événements. Les invités internationaux découvrent le Maroc autrement, à travers son élégance, son énergie créative et son art de vivre. Cette expérience contribue à renforcer l’attractivité du Royaume et à développer un tourisme plus culturel, premium et expérientiel.

 

F. N. H. : Comment les événements culturels peuvent-ils contribuer concrètement au développement du «Made in Morocco» et à l’ouverture de nouvelles opportunités pour les créateurs et entrepreneurs marocains ?

I. B.  : Les événements culturels sont aujourd’hui de véritables plateformes de networking économique et d’influence internationale. Ils permettent aux créateurs marocains de rencontrer des acheteurs, investisseurs, médias, ambassadeurs de marques ou partenaires étrangers dans un environnement favorable aux échanges. Le «Made in Morocco» possède une identité forte et différenciante, mais n’a pas pu encore s’internationaliser comme il se doit. Notre rôle est de lui offrir de la visibilité internationale et de créer des connexions stratégiques capables de transformer le talent en opportunités concrètes. Et étant donné que je suis entre la Suède et le Maroc, j’ai cette double opportunité de le promouvoir en interne et externe. Lorsqu’un designer marocain expose ses créations devant une audience internationale, ce n’est pas uniquement une démarche artistique, c’est aussi une démarche économique, commerciale et diplomatique. La culture devient ainsi un langage universel capable d’ouvrir des marchés et de renforcer le positionnement du Maroc sur la scène internationale.

 

F. N. H. : Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels font face les entrepreneurs culturels au Maroc, notamment en matière de financement, d’accompagnement ou de visibilité internationale ?

I. B.  : Le principal défi reste la structuration du secteur. Beaucoup de talents existent, mais ils manquent parfois d’accompagnement stratégique, de financements adaptés ou de réseaux internationaux pour accélérer leur développement. Les industries créatives nécessitent une vision spécifique, car elles se situent à la croisée de l’économie, de l’image et de l’innovation. Il est important de créer davantage de mécanismes de soutien dédiés aux entrepreneurs culturels, mais aussi de renforcer les partenariats entre le secteur public, le privé et les acteurs internationaux. La visibilité internationale est également essentielle. Les créateurs marocains ont le talent pour rayonner mondialement, mais ils ont besoin de plateformes, de relais médiatiques et d’événements capables de les connecter aux marchés internationaux.

 

F. N. H. : Comment les industries créatives et les événements culturels peuvent-ils accompagner la stratégie d’attractivité du Royaume et renforcer son influence à l’échelle mondiale ?

I. B. : Le Maroc entre dans une période stratégique majeure avec plusieurs rendez-vous internationaux qui le placeront sous les projecteurs du monde entier. Les industries créatives ont un rôle essentiel à jouer dans cette dynamique, car elles participent directement à la construction de l’image du pays. La culture permet de créer une connexion émotionnelle forte avec les publics internationaux. À travers la mode, l’art, la musique, le design ou les événements internationaux, nous pouvons raconter un Maroc ambitieux, innovant et profondément enraciné dans son identité. Ces prochaines années représentent une opportunité historique pour positionner durablement le Maroc comme une référence culturelle, touristique et créative à l’échelle africaine et internationale. Il est essentiel de capitaliser sur cette visibilité mondiale pour construire un héritage durable en matière d’attractivité et d’influence.

 

 

 

 

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