Des pluies d’une intensité inhabituelle ont touché plusieurs provinces du Nord et du Gharb, avec des risques élevés de crues et de débordements. Les autorités ont déclenché un dispositif d’urgence, procédé à des évacuations préventives et renforcé la mobilisation des services publics afin de limiter les pertes humaines et matérielles.
K.A
Depuis la fin janvier, une séquence pluviométrique exceptionnelle a fait basculer plusieurs provinces du Nord et du Gharb dans une situation de crues rapides, avec un risque hydrologique évolutif, des routes coupées et des dégâts diffus sur l’habitat, l’agriculture et les infrastructures.
Les autorités ont choisi une doctrine claire : anticiper, déplacer vite, éviter le drame humain, quitte à « vider » temporairement des zones entières exposées, notamment autour du bassin du Loukkos.
Le chiffre qui résume l’ampleur de la réponse publique est celui des évacuations. Selon les données communiquées par le ministère de l’Intérieur, 154.309 personnes ont été évacuées ou déplacées à titre préventif, principalement dans les provinces de Larache (112.695), Kénitra (23.174), Sidi Kacem (14.079) et Sidi Slimane (4.361). Ce volume, extrêmement élevé à l’échelle nationale, dit une chose : l’État a considéré que le risque de montée brutale des eaux et de débordements n’était plus théorique, mais pleinement opérationnel.
Au cœur de cette crise, Ksar El Kébir s’est imposé comme l’épicentre médiatique et logistique. La ville, exposée au Loukkos, a vu une grande partie de ses habitants quitter les quartiers menacés dans le cadre des mesures d’anticipation, au point que des sources officielles ont parlé d’une ville « largement désertée » au pic des opérations. En parallèle, l’Intérieur a appelé à l’évacuation « immédiate » de communes et zones sensibles de la province de Larache (dont Ksar El Kébir, Souaken, Oulad Ouchih, la zone industrielle de Larache, et les abords de l’embouchure du Loukkos), en insistant sur le respect strict des consignes sur le terrain.
Une gestion de crise tous azimuts
Concrètement, la gestion a reposé sur une mécanique interservices : cellules de veille locales, autorités territoriales, appui de moyens militaires et de sauvetage, et mise en place d’une capacité d’accueil pour les déplacés. Des centres d’hébergement et espaces d’accueil ont été installés, avec une logique de mise à l’abri graduelle et ajustée aux prévisions.
Sur le terrain, des opérations d’évacuation ont mobilisé aussi des unités, avec installation de tentes sur certains axes et un effort d’acheminement vers des zones sûres quand des quartiers devenaient difficiles d’accès.
Des hélicoptères ont été engagés pour accéder à des zones isolées et appuyer les secours, notamment dans les secteurs de Larache/Ksar El Kébir et au-delà.
S’exprimant sur cette mobilisation, le porte-parole du gouvernement, Mustapha Baitas, a assuré que le gouvernement suivait « de très près l’évolution de la situation liée aux fortes précipitations et aux risques d’inondations dans plusieurs régions du Royaume ». Il a souligné que « tous les moyens humains et logistiques sont mobilisés pour protéger les citoyens et garantir leur sécurité face à ces conditions climatiques exceptionnelles ».
Si l’approche est restée majoritairement préventive, la séquence a aussi rappelé sa brutalité. Le samedi 7 février, dans la province de Tétouan, une voiture a été emportée par des crues violentes au niveau d’un affluent de l’oued Rmilate : le drame a fait quatre morts, dont trois enfants, et une cinquième personne a été signalée disparue au moment du bilan relayé par les autorités. Ce type d’événement, typique des crues éclair, illustre le danger des franchissements et routes secondaires en période d’alerte.
Sur les infrastructures, l’impact s’est vu notamment sur le réseau routier. À mesure que les oueds grossissaient et que les glissements et éboulements se multipliaient, des tronçons ont été fermés à la circulation dans plusieurs zones, du Rif aux reliefs de l’Atlas, en passant par les plaines du Gharb. À côté de l’État, l’élan de solidarité a aussi pris une forme citoyenne. Reste maintenant la question la plus sensible, celle de « l’après » : retour encadré des populations, sécurisation des zones, et indemnisation. Plusieurs articles récents ont remis au centre du débat l’activation du Fonds de garanties pour les victimes de catastrophes naturelles. Sur ce volet, Fatima Ezzahra El Mansouri, ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville, a indiqué que des solutions étaient à l’étude pour accompagner les ménages touchés, en coordination avec le ministère de l’Intérieur, tout en rappelant que la priorité absolue demeure la protection des vies humaines.