Professeure d’université et titulaire d’un doctorat en traitement du signal et télécommunications de l’Institut national polytechnique de Toulouse, Aawatif Hayar est également la première marocaine à avoir décroché l’agrégation en génie électrique à l’École normale supérieure de Cachan, en 1992. Avant d’entrer au gouvernement, cette figure du monde académique marocain s’est imposée dans la recherche et l’innovation, puis dans la gouvernance universitaire, jusqu’à présider l’Université Hassan II de Casablanca.
Elle est nommée ministre de la Solidarité, de l’Insertion sociale et de la Famille en 2021. Au ministère, sa «signature» tient en un mot : opérationnaliser. Elle prend à brasle-corps l’un des angles les plus sensibles de la politique sociale, le handicap, avec une volonté nette de transformer l’accès aux droits en parcours simple. La plateforme électronique dédiée à la réception et à la gestion des demandes de la carte des personnes en situation de handicap, présentée en juillet 2024, illustre ce cap.
Derrière l’écran, il y a une doctrine : réduire la friction administrative, raccourcir les délais, limiter l’arbitraire et garantir une égalité de traitement. Cette digitalisation s’adosse à un cadre réglementaire et à un nouveau système d’évaluation de l’incapacité, annoncé comme moderne et précis, avec des guides pour les médecins et les assistants sociaux et des expérimentations locales associant les personnes concernées. On retrouve là une approche quasi «scientifique» de la politique publique qui consiste à définir des critères, harmoniser les pratiques, objectiver les décisions, puis bâtir un système d’information qui permet le suivi. L’autre trait marquant de son passage au ministère est la recherche de l’intégration des services.
La signature d’un accord de partenariat avec le ministère de la Santé pour créer des centres médicosociaux intégrés répond à une idée simple : le handicap ne se traite pas en silos. Ces structures, pensées comme une nouvelle génération de services, doivent relier soins, accompagnement social, réhabilitation, orientation et coordination institutionnelle. Son approche sur les «Villes accessibles» complète cette logique. Elle pousse l’accessibilité comme condition de la participation à la vie publique, propose une labellisation pour stimuler les collectivités et appelle à des solutions financières durables, reconnaissant que l’ambition dépasse souvent les lignes budgétaires.
Enfin, sa stratégie GISSR sert de fil conducteur : autonomisation économique des femmes, accompagnement par la formation, guichet social plus cohérent, partenariats avec régions, acteurs locaux et société civile. En définitive, Aawatif Hayar aura œuvré pour transformer l’État social en architecture fonctionnelle plutôt qu’en promesse abstraite. Avec l’idée simple qu’un service public bien pensé est déjà une forme de dignité rendue. Bravo !