A l’approche de l’Aïd al-Adha, le marché du bétail entre dans sa phase la plus sensible. Si les autorités assurent que l’offre sera suffisante pour couvrir la demande, les professionnels restent partagés entre optimisme prudent et doutes persistants sur l’évolution des prix du mouton.
Par C. Jaidani
La fête de l’Aïd al-Adha est prévue pour les 27 mai. Alors que les préparatifs s'intensifient, les consommateurs se posent déjà des questions sur les prix, particulièrement dans un contexte de hausse continue des viandes rouges.
Pour rappel, l'année dernière, la fête avait été annulée suite aux directives royales, pour préserver le cheptel national. Cette année, les autorités ont assuré que l'offre est suffisante pour répondre à la demande, tout en appelant à la vigilance face aux mauvaises pratiques. Le gouvernement a notamment mis en garde contre la spéculation, un phénomène récurrent en cette période.
Lors de la 18ème édition du Salon international de l’agriculture au Maroc (SIAM) à Meknès, Aziz Akhannouch, chef du gouvernement, a confirmé que le cheptel national atteignait 40 millions de têtes. Et selon le dernier recensement du ministère de l’Agriculture, le cheptel compte actuellement plus de 23 millions d’ovins, dont 16 millions de femelles, et 7,47 millions de caprins, avec un renforcement grâce à 9,4 millions de naissances enregistrées en 2025.
Ces chiffres confirment une disponibilité suffisante pour répondre à la demande. Certains professionnels affichent un optimisme prudent, comme Mohamed Maskini, négociant de bétail à Benslimane. Il souligne que les premiers jours précédant la fête sont principalement marqués par la ruée des intermédiaires, et que la véritable recherche des acheteurs particuliers se manifeste plus tard. Il note par ailleurs une légère baisse des prix jusqu’à présent, favorisée par l'abondance des pâturages et la diminution du prix des aliments de bétail.
D’autres, en revanche, dont Mohamed Dahbi, secrétaire général de l’Union générale des entreprises et des métiers au Maroc (UGEM), demeurent sceptiques face aux perspectives du marché. Il met en doute les chiffres avancés par Akhannouch concernant le cheptel national, qui différeraient de ceux donnés par le ministre de l’Agriculture. Selon lui, si ces données sont exactes, les prix des viandes rouges auraient déjà dû baisser. Il estime par ailleurs qu’une nouvelle suspension de l’Aïd al-Adha pourrait s’imposer pour permettre au marché de se stabiliser et au cheptel de se reconstituer sainement.
Dahbi insiste également sur le problème structurel représenté par les intermédiaires qui perturbent non seulement le secteur des viandes rouges, mais aussi d'autres filières agricoles comme celles des fruits et légumes. Pour enrayer ce problème, il plaide pour des réformes en profondeur, notamment la restructuration des marchés hebdomadaires et l’encouragement des coopératives et associations de producteurs et d'agriculteurs pour contourner les dérives liées à l'intermédiation.
Du côté de l’Association ovine et caprine (ANOC), on explique qu’il est encore tôt pour se prononcer. Said Chatibi, son Directeur général, précise que «les bêtes destinées à l’immolation seront mises sur le marché 10 à 15 jours avant l’Aid».
S’agissant de la fourchette des prix attendus pour l’Aid Al-Adha, il indique qu’«en se référant aux données disponibles, on s’attend à une offre abondante qui va agir sur la baisse des prix. C’est le cas aussi pour les bêtes destinées à la boucherie qui vont être livrées progressivement avec la fin de l’opération de distribution de la deuxième tranche de la subvention. A l’approche de l’Aid al –Adha, et surtout après, on prévoit un soulagement au niveau des prix, particulièrement pour les animaux destinés à la boucherie», conclut-il.