Amal El Fallah Seghrouchni : la rigueur scientifique au profit de l’État digital

Amal El Fallah Seghrouchni : la rigueur scientifique au profit de l’État digital

Amal El Fallah Seghrouchni incarne la rencontre féconde entre l’excellence académique et l’action publique. Nommée en octobre 2024 ministre déléguée auprès du chef du gouvernement chargée de la Transition numérique et de la Réforme de l’Administration, elle porte aujourd’hui l’ambition de faire du numérique un levier de modernisation de l’État et de compétitivité durable. Titulaire d’un doctorat en informatique de l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI) et d’une habilitation à diriger des recherches en intelligence artificielle de l’Université Sorbonne Paris Nord, elle a été professeure de classe exceptionnelle à Sorbonne Université. Durant quinze années, elle y a dirigé l’équipe Systèmes Multi-Agents (SMA) au sein du Laboratoire d’Informatique de Paris 6 (LIP6).

Scientifique prolifique, elle a publié plus de 200 articles et dirigé 35 thèses de doctorat. Son expertise lui a valu de siéger au sein de la Commission mondiale de l’éthique des connaissances scientifiques et des technologies (COMEST) de l’UNESCO. Elle a également été nommée au Conseil supérieur de l’éducation, de la formation et de la recherche scientifique pour la période 2022-2027. En 2021, sa trajectoire a été distinguée par une nomination au Berkeley World Business Analytics Award dans la catégorie «Femme de l’année» pour le continent africain.

En parallèle de son parcours universitaire, Amal El Fallah Seghrouchni a présidé le Centre international d’intelligence artificielle du Maroc (AI Movement), affilié à l’Université Mohammed VI Polytechnique. Sous son impulsion, ce centre a acquis le statut de Centre de catégorie II sous l’égide de l’UNESCO pour la région africaine, consacrant ainsi le positionnement du Royaume comme pôle émergent de l’innovation en IA.

Une vision stratégique pour un État performant

Son entrée au gouvernement s’inscrit dans une conviction claire : la transition numérique constitue un déterminant majeur de la compétitivité d’un Maroc moderne, ouvert aux dynamiques internationales et soucieux d’optimiser sa performance institutionnelle. Dans son approche, l’IA n’a de sens que si elle sert concrètement l’usager.

«Nous devons être capables de rendre les systèmes proactifs, capables de surprendre utilement le client en allant au-delà de la simple extrapolation du passé», nous confiet-elle lors des Nuits de la Finance organisées par notre publication, traçant une ligne directrice qui s’adresse aussi bien aux services publics qu’aux acteurs économiques. La tâche est exigeante.

La transformation digitale de l’Administration ne saurait être réduite à un simple chantier technologique. Elle constitue une réforme économique d’envergure, impliquant des coûts de transition, des ajustements organisationnels et une allocation plus efficiente des ressources. La digitalisation des services publics, la dématérialisation des procédures et l’interopérabilité des bases de données requièrent rigueur et montée en compétence institutionnelle.

C’est dans cette perspective que s’inscrit le projet de loi-cadre «Digital X.0», destiné à structurer un nouvel écosystème de gouvernance numérique. La ministre y défend notamment le principe d’une identité numérique «à identifiants sectoriels» : au lieu d’exposer tout le «sac de données» d’un citoyen à chaque interaction, l’accès serait borné à ce qui est strictement nécessaire selon les usages (banque, santé, assurances…), dans une logique de protection par conception. Il ne s’agit plus d’exposer l’ensemble des informations d’un citoyen, mais d’en maîtriser la circulation, avec précision et traçabilité.

L’expérience internationale montre que la qualité de l’administration numérique devient un critère d’évaluation déterminant pour les investisseurs étrangers. Pour Amal El Fallah Seghrouchni, la compétitivité d’un pays ne se mesure plus uniquement à la simplification des procédures ou à la décentralisation géographique; elle se juge désormais à la maturité digitale de son État et à la robustesse de ses infrastructures technologiques.

L’IA comme levier de souveraineté et de confiance

L’intégration de l’intelligence artificielle dans la gestion publique ouvre ainsi une nouvelle phase. L’IA permet l’analyse prédictive des politiques publiques, l’optimisation fine des ressources et la détection précoce des anomalies administratives. Ces avancées constituent des préalables à la souveraineté numérique. Pour la ministre, la protection des données, la cybersécurité et la maîtrise des infrastructures deviennent, dans cette optique, des enjeux de stabilité économique. Car une économie digitalisée sans protection adéquate expose son système financier, ses entreprises et ses institutions à des risques qui pourraient être coûteux.

Là encore, la ministre plaide pour un équilibre : «l’ambition n’est pas de durcir pour durcir, mais d’aligner des règles accueillantes aux usages tout en protégeant les citoyens, l’identité numérique et la confiance». Dans le même esprit, l’interopérabilité ne peut plus reposer sur un consentement approximatif; elle suppose un consentement explicite, traçable et des échanges strictement limités aux données autorisées. Aujourd’hui, la réforme que conduit Seghrouchni transforme en profondeur l’appareil administratif.

Mais à la différence des réformes budgétaires ou sectorielles, la transition numérique ne produit pas toujours des résultats immédiatement visibles. Son impact est progressif, diffus, mais profondément transformateur. Elle agit en profondeur, reconfigure les circuits décisionnels, fluidifie les processus et installe durablement une culture de la performance et de la responsabilité.

Alors, qu’une scientifique de cette stature pilote un portefeuille ministériel aussi stratégique n’est pas anodin. Le Maroc fait ainsi le choix de la compétence et de la rigueur pour façonner son avenir. L’empreinte d’Amal El Fallah Seghrouchni s’inscrit ainsi dans une dynamique de modernisation durable : poser les fondations d’une économie plus agile, plus sécurisée et plus compétitive, en inscrivant la souveraineté numérique au cœur du projet national. Fière de vous, Amal. Bonne fête. 

 

F.Z Ouriaghli

 

 

 

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