Le déficit commercial du Maroc a atteint 353,15 milliards de dirhams à fin décembre 2025, en hausse de 15,8% par rapport à 2024, selon les données de l’Office des changes. Ce niveau prolonge une tendance visible depuis plusieurs années, où les importations progressent plus rapidement que les exportations, dans une économie qui continue de s’équiper, de consommer et d’importer une partie importante de ses intrants.
Par Y. Seddik
Les signaux étaient perceptibles dès les premiers mois de l’année. Le déficit s’est élargi au fil des trimestres, porté par une hausse soutenue des achats extérieurs, alors même que plusieurs moteurs exportateurs donnaient des signes de ralentissement. Sur l’ensemble de l’exercice, les importations se sont établies à 822,22 milliards de DH, en hausse de 8% (soit +60,95 milliards de DH), tandis que les exportations ont atteint 469,08 milliards de DH, en progression plus modérée de 2,8% (soit +12,73 milliards de DH).
Le taux de couverture s’est ainsi replié à 57%, contre 59,9% un an plus tôt. Le fait notable de 2025 est que cette détérioration du solde ne provient pas d’un emballement de la facture énergétique, comme cela a pu être observé par le passé. La facture énergétique a, au contraire, reculé de 5,5%, soit -6,26 milliards de DH, pour s’établir à 107 milliards de DH. Ce repli s’explique principalement par la baisse des prix des produits pétroliers, malgré une hausse des volumes importés sur certains segments.
Le déficit s’est donc creusé en dépit d’un allègement de la facture énergétique. La poussée des importations a été alimentée par plusieurs grandes rubriques, en premier lieu les produits finis d’équipement, en hausse de 13,3% (soit +23 milliards de DH) à 199 milliards de DH.
Les produits finis de consommation ont également progressé de 11,8% (soit +21,44 milliards de DH) à 203 milliards de DH. Cette structure modifie la lecture du déficit 2025. Le creusement ne renvoie pas à un poste isolé ou exceptionnel, mais à une hausse plus large des achats extérieurs, sur des segments liés à l’équipement, à la consommation et aux besoins de production.
Des exportations en progression, à un rythme insuffisant
En face, les exportations ont progressé, sans suivre la cadence des importations. Le principal soutien est venu des phosphates et dérivés, dont les exportations ont augmenté de 14,6% (soit +12,72 milliards de DH) pour atteindre 99 milliards de DH. L’aéronautique a également enregistré une bonne performance, avec une hausse de 10% (soit +2,64 milliards de DH) à 29 milliards de DH, grâce à la progression des segments assemblage et EWIS. Plusieurs filières majeures ont toutefois pesé sur la dynamique d’ensemble.
L’automobile, première filière exportatrice du Royaume, a clôturé l’année en baisse de 2% (soit -3,1 milliards de DH) à 154 milliards de DH. Le recul provient principalement du segment construction (-9,65 milliards de DH), malgré la hausse du câblage et du segment intérieur véhicules et sièges.
Le textile et cuir recule de 4,5% (environ -2 milliards de DH), sous l’effet du repli des vêtements confectionnés et des articles de bonneterie. De son côté, l’agriculture et agroalimentaire ressort en quasi-stabilité à 86,82 milliards de DH, avec des évolutions contrastées entre l’agriculture, l’industrie alimentaire et la pêche. Au total, les exportations ont tenu sur certaines filières, tandis que la progression est restée trop concentrée pour compenser une hausse des importations plus large.
Un record qui relance un débat connu
La séquence ravive un débat récurrent sur la balance commerciale marocaine : faut-il lire ce déficit comme un signal de fragilité ou comme le reflet d’une économie qui importe encore massivement ses équipements et une partie de ses intrants ? Le secrétaire d’État chargé du Commerce extérieur, Omar Hejira, défend la seconde lecture. Il a rappelé qu’une large part des importations correspond à des besoins jugés incompressibles pour la production et l’investissement.
Dans sa réponse à la Chambre des représentants, il souligne le poids des intrants essentiels, répartis entre produits énergétiques, biens d’équipement, matières premières et produits agricoles. Les chiffres de 2025 confortent en partie cette lecture, la hausse des importations ayant été portée par des rubriques étroitement liées à l’activité économique et à l’équipement. En parallèle, le déficit commercial des biens ne résume pas à lui seul l’ensemble des équilibres extérieurs du Maroc.
D’autres postes continuent d’amortir une partie du déséquilibre, notamment les recettes de services et les transferts des Marocains résidant à l’étranger. Les transferts MRE ont ainsi atteint 122 milliards de DH en 2025, contre 118,97 milliards de DH en 2024, soit une hausse de 2,6%. Ces flux ne corrigent pas le déficit commercial, mais ils participent à l’équilibre extérieur global.
Au final, le Maroc a importé davantage sur une base large (équipement, consommation, produits bruts), tandis que les exportations ont progressé de manière plus sélective, avec un fort soutien des phosphates et de l’aéronautique, et un recul de l’automobile et du textile. Cette combinaison explique le déficit record enregistré à fin décembre.