Fatima Ezzahra El Mansouri : le pari d’une gouvernance urbaine modernisée

Fatima Ezzahra El Mansouri : le pari d’une gouvernance urbaine modernisée

Avocate de formation, figure politique rompue aux responsabilités locales et nationales, Fatima Ezzahra El Mansouri s’est installée durablement dans le paysage institutionnel marocain. Née à Marrakech, scolarisée dans les établissements de la mission française, elle poursuit des études de droit à l’Université de Montpellier, avant d’entamer une carrière d’avocate spécialisée dans les transactions commerciales et immobilières.

Son parcours politique s’adosse au Parti Authenticité et Modernité (PAM). Élue maire de Marrakech en juin 2009, elle incarne une nouvelle génération d’élus locaux, avec une lecture très concrète des réalités urbaines. Après une parenthèse en 2015, elle retrouve la mairie en 2021.

Le 7 octobre 2021, elle est nommée ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville. En février 2024, elle rejoint la direction collégiale du PAM, dont elle assure la coordination nationale. C’est donc avec une double culture (le droit et le terrain municipal) qu’elle prend en charge un département où se jouent, au quotidien, les conditions de vie, la cohésion sociale et l’efficacité de l’action publique. 

Une équation urbaine devenue plus exigeante Au moment où elle prend ses fonctions, la question de l’habitat et de l’urbanisme est traversée par des tensions visibles : accès au logement devenu plus difficile pour une partie des ménages, rareté du foncier dans les grandes agglomérations, pression sur les loyers et extension urbaine rapide et désordonnée. Il s’est agi ainsi d’élargir l’accès à la propriété ou à une location décente en ciblant mieux l’effort public.

Dans ce cadre, la réforme de l’aide au logement a privilégié des mécanismes plus directs et plus lisibles afin d’améliorer l’efficacité sociale de la dépense publique. Dans l’urbanisme, El Mansouri a fait un diagnostic sévère de l’existant  : des plans d’aménagement hétérogènes et peu flexibles, des documents d’urbanisme dépassés ou incomplets dans certaines grandes villes et un cadre juridique vieillissant qui ne répond plus à la dynamique urbaine actuelle.

C’est pourquoi elle a élaboré une feuille de route articulée autour de plusieurs priorités, notamment accélérer la production de documents d’urbanisme de nouvelle génération, moderniser le cadre juridique, renforcer la gouvernance et la coordination territoriale, préserver l’identité architecturale des villes dans les opérations de réhabilitation urbaine et mieux encadrer la question de l’habitat menaçant ruine, à travers un accompagnement technique et une action publique plus efficace. Dans ce sens, le Parlement a adopté le projet de loi n°64.23 relatif à la création des Agences régionales d’urbanisme et de l’habitat, avec l’objectif de territorialiser davantage l’action publique. Le texte s’inscrit dans une réforme plus large des établissements publics.

La promesse de cette réforme tient en trois mots: cohérence, proximité et efficacité. Avec pour objectif de corriger un défaut souvent reproché aux politiques urbaines, à savoir une administration trop verticale et une coordination régionale insuffisante entre les acteurs qui fabriquent la ville. Changement de paradigme Pour sa part, la politique de la ville, elle, doit composer avec des urgences très concrètes, notamment la lutte contre l’habitat insalubre, l’amélioration du cadre de vie, la résorption des poches de vulnérabilité et la sécurisation du bâti menaçant ruine. Ainsi, sous l’impulsion de Fatima Ezzahra El Mansouri, la politique de la ville est sortie d’une logique administrative de relogement pour s’orienter vers des solutions plus durables et mieux intégrées. Le programme «Villes sans bidonvilles», qui demeure un chantier emblématique, s’inscrit désormais dans cette relecture stratégique.

À fin décembre 2025, 382.176 familles en ont bénéficié et 62 villes et centres urbains sont déclarés sans bidonvilles. Mais, au-delà des chiffres, la ministre a porté un changement de paradigme : substituer à une approche ponctuelle une vision structurelle fondée sur le recasement intégré, visant à insérer les ménages dans des tissus urbains viables, dotés d’équipements, de services et de perspectives d’intégration économique. Dans le cadre du programme quinquennal 2024-2028, c’est également à son initiative qu’a été engagée l’actualisation des données relatives à des milliers de ménages à l’échelle nationale.

Cette mise à niveau statistique constitue le socle d’une action publique mieux ciblée, accompagnée de mécanismes de suivi destinés à prévenir toute reconstitution de l’habitat insalubre. En fait, El Mansouri a la conviction que la politique de la ville doit s’inscrire dans une stratégie continue, capable d’anticiper la pression démographique, l’attractivité des grandes agglomérations et les mutations socioéconomiques. C’est dire qu’à travers son action, la ministre cherche à articuler trois dimensions complémentaires.

D’abord, l’habitat, avec l’amélioration de l’accès au logement. Ensuite, l’urbanisme, à travers la modernisation des documents de planification, la simplification des procédures et l’organisation maîtrisée de la croissance urbaine. Enfin, la politique de la ville proprement dite, orientée vers la réduction des inégalités territoriales, la sécurisation du bâti menaçant ruine et le renforcement de l’intégration sociale. C’est cette cohérence d’ensemble qui rythme, au quotidien, l’action de Fatima Ezzahra El Mansouri. 

 

F.Z Ouriaghli

 

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