La création d’emploi a été fortement pénalisée par la succession des années de sécheresse. La formation devient primordiale pour accompagner les fellahs et améliorer leur compétitivité.
Par C. Jaidani
L'emploi dans le monde rural a été fortement impacté par les années successives de sécheresse. Principalement concentré dans les activités agricoles, le chômage a touché toutes les filières, particulièrement celles pratiquées dans les zones bours, à l’image de la céréaliculture ou des légumineuses. Même l’élevage n’a pas échappé à cette tendance.
Avec la flambée des prix de l’aliment de bétail et d’autres intrants ainsi que l’appauvrissement des parcours naturels, de nombreux exploitants n’ont pu résister. Ils ont été contraints de réduire leur troupeau pour pouvoir supporter les charges, voire de cesser leurs activités et licencier leurs ouvriers.
En 2025, le taux de chômage a certes légèrement diminué dans les campagnes, passant à 6,6% contre 6,8% en 2024. Malgré cette baisse, l’agriculture nationale a enregistré une perte de 137.000 postes au cours de l’année dernière et 157.000 en 2023.
Au total, le nombre de postes d’emploi perdus dans le secteur agricole entre 2018 et 2023 s’élève à 816.000. «Si la sécheresse avait perduré, la perte d’emplois dans le monde rural aurait pu facilement atteindre un million de postes. Cela aurait engendré des effets néfastes en cascade : accélération de l’exode rural, perte d’attractivité des activités agricoles pour les investisseurs et poursuite de la flambée des prix des produits agricoles», souligne Mouhcine Belarbi, ingénieur en génie rural.
Il estime par ailleurs que «la sécheresse qui a sévi perturbe la stratégie Génération Green, en l’empêchant d‘atteindre ses objectifs. La stratégie sectorielle prévoyait de revoir à la hausse tous les indicateurs du secteur agricole national à l’horizon 2030, notamment en termes de création d’emplois, d’investissement ou d’export. Cette vision aspirait à consolider la position de l’agriculture comme premier employeur du pays». Rappelons que l’agriculture occupe, selon les saisons, 28 à 38% de la population active.
«L’idée de Génération Green est de séduire les jeunes entrepreneurs pour qu’ils s’intéressent au secteur, lancent leurs propres projets et créent ainsi de l’emploi. Mais la véritable problématique a trait à l’emploi qualifié. La plupart des fellahs marocains n’ont pas reçu de formation et n’ont pas un niveau d’instruction assez élevé. Ils pratiquent le métier de père en fils, par voie d’apprentissage. Ce qui ne contribue pas à moderniser le secteur. Pour utiliser les meilleures techniques et les meilleurs intrants, il faut avoir un certain niveau de formation et bénéficier d’un accompagnement technique adéquat à travers la formation continue afin d’atteindre les meilleures normes de production. Cela permettra d’augmenter la compétitivité de l’agriculture et renforcer son rôle de locomotive de l’économie nationale», explique Belarbi.
Lors de l’ouverture du Parlement en octobre 2024, la Commission de contrôle des finances et de gouvernance à la Chambre des représentants s’était penchée sur la question de la formation professionnelle dans le secteur agricole. Elle a conclu que la valorisation des ressources humaines est un pilier essentiel pour accompagner le secteur et donner une forte impulsion à l’emploi.
«L’agriculture nationale présente de réelles opportunités d’investissement et des perspectives prometteuses pour la création de projet et, par ricochet, d’emploi. Le secteur a besoin de profils très pointus comme les techniciens spécialisés dans l’utilisation des engrais et des fertilisants, les spécialistes de drones, ces appareils étant de plus en plus utilisés tant pour les opérations d’utilisation d’insecticides et de pesticides que dans la surveillance du bétail. Le secteur se digitalise et a recours aux nouvelles technologies pour faire le suivi des cultures et du bétail. Avec la percée de la mécanisation, l’agriculture a besoin de conducteurs d’engins qualifiés», affirme Belarbi. Et de conclure : «on se plaint de l’augmentation du taux de chômage dans le monde rural mais, paradoxalement, les exploitants trouvent beaucoup de peine à recruter des ressources humaines qualifiées».