Hôtellerie : «L’arrivée des grandes enseignes traduit la confiance des investisseurs dans le Maroc»

Hôtellerie : «L’arrivée des grandes enseignes traduit la confiance des investisseurs dans le Maroc»

L’intérêt grandissant des grandes chaînes hôtelières internationales pour le Maroc témoigne de la nouvelle dimension prise par le secteur touristique national. Zoubir Bouhoute, expert en tourisme, analyse les ressorts de cette dynamique et les défis qu’elle soulève à l’approche de 2030.

 

Propos recueillis par M A. L.

Finances News Hebdo : Le Maroc attire aujourd’hui un nombre croissant de grandes chaînes hôtelières internationales. Selon vous, quels sont les principaux facteurs qui expliquent cet engouement ?

Zoubir Bouhoute : Je pense qu’il y a quatre éléments principaux qui expliquent cet engouement. Le premier est d’ordre structurel. Le Maroc bénéficie d’une proximité exceptionnelle avec l’Europe, qui demeure son principal marché émetteur. À cela s’ajoutent une grande diversité de paysages, une richesse historique et culturelle, un climat favorable ainsi qu’une offre touristique variée. Le Royaume dispose également d’une maind’œuvre compétitive par rapport aux marchés européens, ce qui constitue un avantage important pour les investisseurs. Nous sommes à quelques kilomètres seulement d’un bassin de clientèle à fort pouvoir d’achat, tout en proposant des coûts d’exploitation relativement compétitifs. Le deuxième facteur réside dans les performances enregistrées par le tourisme marocain depuis la reprise post-Covid. Après l’effondrement de l’activité en 2020, les indicateurs sont repartis à la hausse dès 2022, avec une croissance soutenue. Le parcours exceptionnel de l’équipe nationale lors de la Coupe du monde a également contribué au rayonnement international du Maroc. En outre, nous avons la mise en œuvre de la feuille de route du tourisme, le développement de la connectivité aérienne et l’ouverture vers de nouveaux marchés, notamment la Chine, les États-Unis et l’Amérique latine.

Tous ces éléments confortent les investisseurs dans le potentiel de croissance du Royaume. Le troisième facteur est la nouvelle Charte de l’investissement. Elle prévoit des mécanismes d’appui particulièrement attractifs, avec des subventions pouvant atteindre jusqu’à 30% du montant de certains projets. Pour un investissement de 100 millions de dirhams, cela représente un soutien significatif qui améliore directement la rentabilité des projets et renforce l’attractivité du marché marocain. À cela s’ajoute le programme Cap Hospitality, qui permet aux établissements hôteliers nécessitant une rénovation ou une remise à niveau de bénéficier de financements avantageux, notamment à travers des crédits sans intérêt sur une longue durée. Ce dispositif contribue également à renforcer la compétitivité de l’offre hôtelière nationale. Enfin, il ne faut pas oublier les perspectives liées aux grands rendez-vous internationaux, notamment à l’horizon 2030, ainsi que les importants chantiers engagés par le Royaume. Tous ces éléments renforcent la confiance des investisseurs. Il faut également préciser que les grandes chaînes internationales n’interviennent pas toutes de la même manière. Certaines investissent directement dans les projets, tandis que d’autres mettent à disposition leur expertise, leurs standards de gestion, leur savoirfaire et leurs réseaux commerciaux en partenariat avec des investisseurs marocains. C’est le cas de plusieurs grands groupes internationaux, européens ou africains, qui renforcent progressivement leur présence au Maroc. Cette dynamique est également soutenue par les efforts de promotion menés par l’ONMT, l’amélioration continue de la connectivité aérienne et les partenariats conclus avec les grandes plateformes internationales. Tous ces facteurs contribuent à renforcer l’attractivité du Maroc auprès des grandes enseignes hôtelières.

 

F. N. H. : Outre l’augmentation des capacités d’hébergement, quel impact l’arrivée de ces enseignes internationales a-t-elle sur la compétitivité et la montée en gamme de l’offre hôtelière marocaine ?

Z. B. : L’augmentation des capacités d’hébergement est primordiale. C’est probablement l’un des principaux défis auxquels le tourisme marocain est confronté aujourd’hui. Nous devons continuer à développer cette capacité pour accompagner la croissance de la demande. Mais l’apport des grandes chaînes internationales va bien au-delà. Elles apportent avant tout leur expertise, leur savoirfaire, leurs méthodes de gestion et leurs réseaux commerciaux. Leur présence favorise une professionnalisation accrue du secteur. On passe progressivement d’un modèle dominé par l’entreprise familiale à des structures qui fonctionnent selon des standards internationaux, avec des procédures, des exigences et des méthodes de management éprouvées. Ces enseignes jouent également un rôle important en matière d’image. Lorsqu’une marque internationale reconnue choisit de s’implanter au Maroc, elle renforce immédiatement la crédibilité de la destination. Ces groupes disposent d’une clientèle fidèle, d’importantes bases de données et d’un réseau mondial de distribution qui permettent d’accroître la visibilité du Royaume sur les marchés internationaux. Leur implantation constitue aussi un signal positif pour les investisseurs. Elle témoigne de la confiance accordée au marché marocain et contribue à attirer de nouveaux opérateurs. Au final, l’arrivée des grandes chaînes ne permet pas seulement d’augmenter le nombre de chambres; elle participe à l’amélioration de la qualité de l’offre, au renforcement de la compétitivité du secteur et au rayonnement international de la destination Maroc.

 

F. N. H. : Comment les attentes des voyageurs, notamment internationaux, ont-elles évolué ces dernières années et dans quelle mesure influencentelles les stratégies des grands groupes hôteliers ?

Z. B. : Les grands groupes hôteliers disposent aujourd’hui d’outils d’analyse très performants et de bases de données qui leur permettent de suivre en permanence l’évolution des attentes des voyageurs. Celles-ci s’orientent de plus en plus vers la durabilité, l’enrichissement de l’expérience touristique et un tourisme plus responsable. Les visiteurs sont désormais attentifs à des aspects tels que la gestion de l’eau, la réduction des déchets, les circuits courts ou encore la valorisation du développement local. L’arrivée de ces enseignes constitue un véritable levier pour l’ensemble du secteur hôtelier marocain. Grâce à leur capacité d’analyse et à leur connaissance des tendances internationales, elles introduisent de nouvelles pratiques qui deviennent progressivement des références pour les investisseurs locaux. Elles permettent ainsi d’élever les standards du secteur et d’encourager l’adoption de politiques davantage orientées vers les attentes des clientèles internationales. Aujourd’hui, le touriste n’est plus un simple consommateur. À travers ses exigences et ses attentes, il participe indirectement à la conception du produit touristique. Les opérateurs doivent donc adapter en permanence leur offre afin de proposer une expérience qui réponde à ces nouvelles aspirations. C’est précisément cette capacité d’anticipation et d’adaptation qui fait la force des grands groupes hôteliers internationaux.

 

F. N. H. : Quelles sont les destinations qui présentent aujourd’hui le plus fort potentiel de développement pour les enseignes internationales ?

Z. B. : Marrakech demeure incontestablement la locomotive du tourisme marocain. Avec Casablanca, ces deux destinations concentrent encore une part importante des arrivées et des nuitées touristiques. Mais d’autres villes connaissent aujourd’hui une dynamique très encourageante. C’est notamment le cas de Rabat, portée par les grands projets d’aménagement et son repositionnement comme destination touristique, ou encore de Dakhla, dont le développement s’appuie sur les sports de glisse, la montée en puissance de la connectivité aérienne et une offre de plus en plus diversifiée. D’autres destinations présentent également un fort potentiel, comme Fès, Tanger ou encore les régions sahariennes, notamment Merzouga, qui bénéficient de l’essor du tourisme désertique. Chaque territoire développe progressivement ses propres atouts et enrichit l’offre touristique nationale. On observe également un effet d’entraînement autour des grandes destinations. À mesure que Marrakech, Casablanca ou Tanger se développent, les territoires voisins profitent eux aussi des flux touristiques. Des villes comme El Jadida, Mohammedia ou Chefchaouen bénéficient progressivement de cette dynamique, ce qui favorise une meilleure répartition des visiteurs et génère des retombées économiques pour les populations locales.

 

F. N. H. : À l’approche de la Coupe du monde 2030, quels sont les principaux défis que devra relever l’hôtellerie marocaine pour accompagner cette dynamique d’investissement et répondre aux standards internationaux ?

Z. B. : Le premier défi est celui de la capacité d’hébergement. Le Maroc doit accélérer le développement de son parc hôtelier afin de répondre à la croissance attendue de la demande, notamment à l’horizon 2030. Mais cette montée en capacité doit impérativement s’accompagner d’une amélioration continue de la qualité de l’offre. Cette qualité repose avant tout sur le capital humain. Il est indispensable de renforcer la formation à tous les niveaux de la chaîne de valeur, qu’il s’agisse des managers, des réceptionnistes, du personnel de restauration, des équipes d’étage ou de l’ensemble des métiers de l’hôtellerie. L’arrivée des grandes chaînes internationales impose des standards élevés auxquels le secteur marocain doit être en mesure de répondre. Il est également essentiel de mettre en place des mécanismes de contrôle de la qualité afin de garantir une expérience conforme aux attentes des visiteurs. Enfin, le secteur devra relever un autre défi majeur : attirer, fidéliser et valoriser les talents. La qualité du service dépend directement de la compétence et de l’engagement des femmes et des hommes qui font vivre les établissements hôteliers. C’est en conjuguant capacité d’accueil, excellence du service et montée en compétences que le Maroc pourra consolider durablement son positionnement parmi les grandes destinations touristiques internationales. 

 

 

 

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