Face aux enjeux énergétiques et environnementaux, l’écoconstruction commence à s’imposer dans le paysage immobilier marocain. Si l’intérêt pour les bâtiments durables progresse, leur généralisation reste encore limitée à certains segments du marché. Pour Driss Nokta, vice-président de la Fédération nationale des promoteurs immobiliers (FNPI), le développement de cette approche dépendra surtout d’incitations plus fortes et d’une meilleure sensibilisation des acteurs.
Propos recueillis par C. Jaidani
Finances News Hebdo : Comment se positionne aujourd’hui le marché immobilier marocain face à l’écoconstruction et aux standards de construction durable ?
Driss Nokta : L’intérêt pour l’écoconstruction au Maroc est réel et il se développe progressivement. Le secteur du bâtiment représente plus de 30% de la consommation énergétique nationale, ce qui pousse les pouvoirs publics et les investisseurs à s’orienter vers des solutions plus durables. On constate aujourd’hui que les grands projets immobiliers, notamment dans les bureaux, l’hôtellerie et les projets premium, intègrent de plus en plus des normes environnementales et des certifications comme HQE, LEED ou BREEAM. Cependant, cette dynamique reste encore concentrée sur les projets haut de gamme ou institutionnels. Pour une généralisation à l’ensemble du marché, il faudra encore des mécanismes d’incitation plus forts et une sensibilisation accrue des acteurs.
F. N. H. : L’argument écologique constitue-til aujourd’hui un facteur déterminant dans la décision d’achat des acquéreurs ?
D. N. : Pour les acheteurs, les arguments qui séduisent sont surtout la réduction des charges énergétiques, le confort thermique et acoustique et la valorisation patrimoniale du bien. Dans certains cas, l’aspect écologique est utilisé comme un argument de différenciation commerciale, mais de plus en plus d’acquéreurs deviennent sensibles aux performances réelles du bâtiment, notamment en matière d’énergie et de qualité de vie.
F. N. H. : L’arsenal juridique actuel est-il assez incitatif pour développer l’écoconstruction ?
D. N. : Le Maroc a déjà réalisé des progrès importants avec plusieurs dispositifs, notamment le règlement thermique de construction au Maroc (RTCM), obligatoire depuis 2015 pour améliorer la performance énergétique des bâtiments, et le référentiel «Éco-bâtir Maroc» introduit récemment pour encourager les pratiques de construction durable. Cependant, ces dispositifs restent encore plus normatifs qu’incitatifs. Contrairement à certains pays, il existe encore peu d’avantages fiscaux, de bonus de constructibilité ou de mécanismes financiers pour les projets certifiés écologiques. Le développement de l’écoconstruction passera probablement par des incitations plus fortes : fiscalité verte, financement préférentiel ou bonus urbanistiques pour les projets à haute performance environnementale.