Malgré une campagne agricole prometteuse et des perspectives de production en nette amélioration, le Maroc devra, une fois encore, recourir aux marchés internationaux pour sécuriser son approvisionnement en blé.
Par C. Jaidani
Le Maroc s’attend à une bonne récolte céréalière cette année. Le dernier Conseil de Bank Al-Maghrib a fixé les résultats prévisionnels de la campagne agricole 2025/2026 à 82 millions de quintaux. En dépit de cette bonne moisson, le Royaume sera contraint, comme d’habitude, d’ importer du blé de l’étranger pour combler ses besoins.
A l’international, le marché des céréales présente des indicateurs mitigés pour plusieurs raisons. Les prévisions de l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) établies dernièrement tablent sur un nouveau record de production. Cela devait permettre de tirer les prix vers le bas, mais paradoxalement, ils connaissent une hausse en raison du fret car le coût des hydrocarbures a augmenté. Au niveau national, les opérateurs du secteur affichent un optimisme mesuré.
«Le marché national de blé est dans une bonne situation malgré les perturbations causées par les mauvaises conditions météorologiques depuis le mois de décembre. Ces perturbations ont impacté les livraisons aux ports de Casablanca et de Jorf Lasfar. Cela a entraîné des surcoûts sur les prix, avec une moyenne de 20 DH par quintal. Ainsi, le coût de revient de la tonne de blé arrivée au port de Casablanca se situe entre 265 à 268 dollars. La trésorerie des importateurs des minotiers a été affectée, ce qui a engendré des difficultés pour stabiliser le coût de production de la farine. Toutefois, le coût de la tonne de blé est encore à moins de 270 dollars, c’est pourquoi la restitution que supporte l’Etat est actuellement à zéro dirham», souligne Abdelkader Alaoui, président de la Fédération marocaine des minotiers.
S’agissant des besoins d’importations du Royaume, Alaoui explique que «les prévisions de production de blé sont fixées à 82 millions. Avec les pluies du printemps, les moissons peuvent atteindre facilement les 90 millions. Les importations de céréales dépendent étroitement du ramassage auprès des exploitants, qui doivent démarrer à partir du mois de mai. Elles devraient se situer entre 15 à 20 millions de quintaux. Ces dernières années, nous avons importé entre 50 à 55 millions de quintaux de blé tendre. Avec la récolte prévisionnelle arrêtée actuellement, l’on devrait importer 30 millions de quintaux de blé».
Concernant l’origine des approvisionnements, le Maroc assure historiquement ses besoins de l’Union européenne ou de l’Amérique du Nord, bien qu’il s’intéresse de plus en plus à d’autres marchés comme la Russie, l’Ukraine et l’Argentine.
«Le marché est libre. L’Etat n’intervient pas pour fixer des conditions spéciales sur les produits à importer. Les opérateurs achètent là où il y a le meilleur rapport qualité/prix et cela profite essentiellement aux consommateurs», explique Alaoui. Rappelons que le Royaume figure parmi les grands importateurs mondiaux de blé, car les Marocains sont de gros consommateurs de pain (156 kg/habitant/ an). En plus de la croissance démographique, le pays doit répondre aux besoins des touristes qui visitent le Royaume. «La consommation de pain au Maroc devrait augmenter, puisque notre pays prévoit d’accueillir 30 millions de visiteurs à l’horizon 2030.
En plus de la hausse en volume, les professionnels doivent répondre également aux besoins en termes de qualité et de disponibilité. Le marché national est bien approvisionné par les minoteries qui existent sur tout le territoire national. Elles ont une capacité de traitement de 100 millions de quintaux pour des besoins estimés à 50 millions», conclut Alaoui.