Inclusion financière : quelle place pour les paiements mobiles ?

Inclusion financière : quelle place pour les paiements mobiles ?

Les paiements mobiles en Afrique ont franchi de nouveaux paliers en atteignant près de 1.980 milliards de dollars de volume de transactions en 2024. Au Maroc, la pénétration du paiement mobile dans les usages continue sa progression au sein d’une économie très bancarisée et dominée par le cash. Entretien avec l’économiste Khalid Doumou.

 

Propos recueillis par J. M.

Finances News Hebdo : La stratégie nationale d’inclusion financière a fait du paiement mobile un de ses axes stratégiques. Avec un volume des transactions estimé à 3,9 Mds de DH en 2024, quelle place occupet-il au sein de l’écosystème des paiements ?

Khalid Doumou : Pour que le chiffre de 3,9 milliards de dirhams de paiements mobiles en 2024 soit replacé dans un contexte plus démonstratif, il faudrait parler d’autres chiffres en 2024, tels que le montant global des paiements par cartes (63 Mds de DH de paiements par cartes, TPE et e-commerce), les retraits d’espèces aux GAB (403 Mds de DH), et celui des transactions en ligne (11 Mds de DH). Quant au volume global SRBM (Système des règlements bruts du Maroc - transferts d’argent entre les banques, institutions financières et État), il a traité un volume de 25.262 Mds de DH, à fin 2024. Par ailleurs, l’économie marocaine est bancarisée à hauteur de 58% à fin 2024, c’est dire que 58% des adultes en âge d’avoir un compte bancaire en ont au moins un (19,1 millions de comptes ouverts, dont 18,5 par des individus, avec une répartition de 61% d’hommes et 39% de femmes). La fintech est un «game-changer» mais qui suppose que l’on soit prêt à entamer un long périple de négociations avec toutes les instances de régulation du secteur ultra-concurrentiel et critique des paiements digitaux.

 

F. N. H. : Êtes-vous d’avis qu’une adoption plus large du paiement mobile implique un changement dans les habitudes de consommation ?

Kh. D. : Pour les digital natives (la génération née avec l'émergence d'Internet et des outils numériques, généralement entre 1980- Gen Y et 2000-Gen Z), le téléphone mobile est une extension naturelle du cerveau et de la main. II ne serait donc pas trop difficile de leur demander de vivre dans un monde cashless (sans espèces). Pour les baby-boomers et la génération X, c’est un peu plus difficile. Dans un marché hyper-localisé de la livraison à la demande, des solutions de paytech peuvent accélérer le processus de la livraison du dernier kilomètre, qui représente souvent entre 20 et 50% du coût total de la livraison. Car la révolution du commerce de détail permet un suivi minutieux du processus de commandes, de livraisons et d’établissement des prix (pricing). Il convient également de noter que, selon les derniers chiffres de l’ANRT (Agence nationale de régulation des télécommunications) et la DEPF (Direction des études et des prévisions financières), le parc mobile a atteint des sommets à fin 2025. Il a, en effet, dépassé les 59,16 millions d'abonnés à fin décembre 2025, avec certains indicateurs pointant même vers 66,1 millions selon les modes de calcul du taux de pénétration. Le taux de pénétration du portable s’établit, quant à lui, à environ 160,65%, ce qui signifie que de nombreux Marocains possèdent plusieurs cartes SIM ou portables. Près de 91,7% des possesseurs de mobiles utilisent un smartphone, soit environ 32,5 millions d'unités en circulation. Le nombre d'abonnements Internet mobile s'élève à 38,52 millions, en hausse constante.

 

F. N. H. : Quel rôle peuvent jouer les technologies financières pour accélérer l'inclusion financière au Maroc ?

Kh. D. : L’écosystème de la paytech est un domaine stratégique complexe, composite et aux ramifications multiples, qui s’appuie essentiellement sur le développement ultra-rapide de technologies innovantes avancées «supports» (cloud, connexion haut débit, blockchains, super Apps mobiles), et la bonne couverture territoriale d’Internet par le biais de câbles maritimes ou transmissions de signaux satellitaires, le tout bien protégé par un puissant système de sécurisation des transactions, avec la production électrique suffisante qui supporte le tout. Il faut également savoir que 2 entreprises de services financiers marocaines sont les acteurs historiques de la monétique au Maroc, avec un business model et un track record éprouvé, et qui fait beaucoup d’envieux à l’échelle mondiale (HPS Worldwide et S2M). Si nos «full stack developers» se mettent à niveau et osent entreprendre en s’intéressant au monde de la haute finance, alors nous pourrons créer les licornes technologiques marocaines dont nous rêvons encore. Un large panel de leaders marocains et de figures de proue féminines marocaines a ouvert la voie au décollage technologique de notre pays. Avec une production d’électricité verte en amont, et une communauté d’ingénieurs technologiques et financiers en aval, rien n’empêche notre pays de créer la future licorne marocaine. Le CNDE (Centre national de la digitalisation et de l’enseignement à distance) peut également aider à se faire. En tout cas, l’économie du numérique, avec le Gitex de Marrakech en filigrane, est sur de bons rails. Et il faut impérativement valider nationalement le Proof of stake avant de rêver d’un soft landing international.

 

 

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