Compétitivité, industrie, innovation : le triptyque du Maroc à l’horizon 2026

Compétitivité, industrie, innovation : le triptyque du Maroc à l’horizon 2026

S’exprimant lors des Nuits de Finances organisées par Finances News Hebdo, le ministre de l’Industrie et du Commerce, Ryad Mezzour, est revenu sur la profonde transformation du modèle industriel marocain et sur les nouveaux équilibres économiques en construction.

Le Maroc a opéré, sur plus de deux décennies, un basculement historique de son modèle industriel. D’une industrie protégée et peu compétitive, le Royaume est passé à un système productif ouvert, connecté aux marchés mondiaux, avec pour objectif de créer une richesse durable, capable d’absorber la pression démographique et de favoriser l’insertion des jeunes sur le marché de l’emploi, a rappelé le ministre.

En quelques années, une succession de crises, sanitaire, énergétique puis géopolitique, a profondément bouleversé l’ordre économique mondial. Ce choc a dissipé l’idée d’une mondialisation fluide, révélant la vulnérabilité des chaînes de dépendance entre nations. Face à ces déséquilibres, les États n’ont eu d’autre choix que de redéfinir leurs ambitions industrielles et de repenser leurs choix stratégiques, a-t-il souligné.

En 2026, le Maroc consolide sa souveraineté à travers une stratégie ambitieuse, selon Ryad Mezzour, ainsi qu’une diplomatie active, qui le positionne comme un pôle de stabilité. Ce tournant imposera de nouvelles priorités : produire localement, sécuriser les chaînes de valeur et réduire la dépendance aux importations extérieures. Une banque de projets dédiée à la substitution des importations et au développement d’exportations compétitives soutient cette dynamique aussi, comme l’a confirmé le ministre de l’Industrie et du Commerce. Cette évolution est indissociable d’un changement de mindset pour : attirer l’investissement productif, recréer un goût pour l’industrie et favoriser le retour des opérateurs nationaux vers la production.

Les investissements structurants engagés depuis plus de 20 ans (ports, logistique et plateformes industrielles) ont été décisifs pour surmonter les difficultés de l’appareil productif national, a-t-il insisté. Longtemps perçu comme un pays « low cost », le Maroc s’affirme actuellement comme une économie « best cost », bâtie sur les compétences, la montée en gamme et la création de valeur. Le royaume renforce sa capacité d’exportation et positionne le « Made in Morocco » comme un label de confiance.

Nador West Med : Le grand tournant

En l’espace de deux décennies, le Maroc réalise un tournant majeur, selon le ministre. Une montée en puissance crescendo, portée par une vision de long terme, menée par les orientations du Roi Mohammed VI. Selon le ministre, l’industrie représente aujourd’hui environ 25 % du PIB, contre moins de 15 % au début des années 2000. Les exportations industrielles dépassent 400 milliards de dirhams, tirées par l’automobile, l’aéronautique et l’agro-industrie. Cette croissance repose sur des écosystèmes industriels intégrés et une coopération étroite entre l’État et le secteur privé. Ces résultats traduisent une métamorphose progressive mais frappante.

Lors de la réunion de travail présidée hier par le Roi Mohammed VI à Casablanca, le Souverain a donné ses instructions pour assurer le démarrage du projet dans les meilleures conditions et accompagner l’installation des investisseurs par des programmes de formation ciblés, visant à faciliter l’insertion des jeunes et à renforcer leur employabilité. Le Roi a également insisté pour que les retombées de ces investissements profitent à l’ensemble des provinces de la zone d’influence du port, à travers des programmes de mise à niveau territoriale et un plan d’action multidimensionnel destiné à soutenir durablement le développement de la région et l’amélioration du cadre de vie.

Aujourd’hui, le port de Tanger Med, premier port d’Afrique et de Méditerranée avec plus de 11 millions de conteneurs EVP traités, a marqué un tournant décisif dans l’intégration du Maroc aux échanges mondiaux, a rappelé Ryad Mezzour. Mais cette dynamique ne s’arrête pas là. « Aujourd’hui, Nador arrive », a affirmé le ministre, soulignant que Nador West Med s’impose à devenir le pôle économique et industriel majeur de la région de l’Oriental.

D’après le ministre, la capitale économique de l’Oriental constitue la prochaine étape importante du dispositif portuaire national. Avec une capacité initiale de 5,5 millions de conteneurs EVP, le port est appelé à devenir un hub industriel, logistique et énergétique de premier plan en Méditerranée.

Nador West Med, soutenu par un ensemble d’infrastructures industrielles et logistiques, s’affirme comme un nouveau moteur de développement pour la région du Rif. Le projet s’insère dans un objectif plus vaste : le rééquilibrage territorial et la création de richesses dans la région de l’Oriental. « Il y aura un transfert de création de richesses et un rééquilibrage entre les territoires », a expliqué Ryad Mezzour, évoquant le rôle structurant de chaque port au Royaume.

Priorités industrielles à l’horizon 2026

Pour Mezzour, trois piliers structurent désormais la feuille de route à l’horizon 2026. La souveraineté industrielle constitue la priorité absolue pour la nouvelle phase. L’objectif est de produire ce dont le Maroc a besoin, de maîtriser les machines, les technologies et les chaînes de valeur, afin de réduire la dépendance extérieure.

Le deuxième pilier consiste à poursuivre l’accent mis sur l’innovation, a indiqué le ministre. Le Maroc figure parmi les pays les mieux classés en matière de dessin industriel rapporté au PIB. Il ne s’agit plus seulement d’un pays d’assemblage, mais d’une économie qui prépare le saut vers l’innovation, étape intermédiaire avant l’innovation de rupture, comme l’ont connu plusieurs pays émergents.

Le dernier pilier concerne le défi du décalage au niveau du capital humain. Aujourd’hui, les chiffres parlent d’eux-mêmes, avec 180.000 diplômés du supérieur, 330.000 diplômés de la formation professionnelle par an et un taux de fécondité de deux enfants par femme. L’obstacle n’est plus le manque de main-d’œuvre, mais le déséquilibre entre les ambitions des jeunes et la qualité des emplois proposés. Des solutions sont mises en œuvre pour aligner l’offre de formation sur la demande du marché.

À travers Nador West Med et la montée en puissance de son industrie, le Maroc poursuit son dessin économique, a conclu le ministre. La Méditerranée devient une bouffée d’oxygène tant attendue, au service de la souveraineté nationale et de la cohésion territoriale. Transformer les difficultés d’hier en opportunités de demain, c’est là toute l’ambition de ce tournant historique. Pour l’Oriental, longtemps relégué aux marges du développement, l’avenir ne se pense plus en promesses, mais en projets concrets.

À l’horizon 2026, l’enjeu pour le Maroc n’est donc plus seulement d’attirer des investissements, mais de consolider un appareil productif capable de répondre à ses propres besoins, d’exporter davantage et de créer des emplois qualifiés sur l’ensemble du territoire. Entre souveraineté industrielle, montée en gamme et rééquilibrage régional, la stratégie engagée vise désormais à transformer la croissance en développement durable, avec des résultats attendus bien au-delà des seuls indicateurs macroéconomiques.


L.A

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