Le chômage au niveau national a connu un recul entre 2024 et 2025, passant de 13,3% à 13%. Cependant, le chômage des jeunes reste à des niveaux très élevés depuis des années : il s’est établi à 37,2% en 2025 contre 36,7% en 2024.
Par J. M.
La note d’information du haut-commissariat au Plan (HCP) dresse un constat en demi-teinte de la situation du chômage au niveau national. En effet, l’économie enregistre une baisse du taux de chômage, passant de 13,3% à 13%. Entre 2024 et 2025, le nombre de chômeurs a diminué de près de 17.000 personnes, pour s’établir à 1,62 million de personnes. Mais malgré ce repli, on relève une aggravation de la situation des plus jeunes, notamment des 15-24 ans, où le taux de chômage atteint 37,2%, en hausse par rapport à son niveau de 2024 où il s’était établi à 36,7%.
Selon l’économiste Khalid Doumou, «la problématique de l’emploi des jeunes est l’un des sujets les plus brûlants de l’actualité économique et sociale de notre pays, depuis de nombreuses années. C’est dire la difficulté pour les jeunes marocains qui poursuivent des filières d’études relativement courtes d’intégrer un marché du travail illisible, voire opaque».
Il ajoute par ailleurs que «le chantier de la construction de parcours de formations professionnelles ou de parcours académiques menant inéluctablement à l’emploi, est devenu la quadrature du cercle. Et ce dans les deux sens: de nombreux jeunes s’indignent de ne pas trouver d’emplois alors que paradoxalement, le monde de l’entreprise se plaint, lui, de ne pas trouver suffisamment de profils d’étudiants diplômés capables de séduire l’employeur marocain».
Une pluralité de programmes dédiés à l’employabilité des jeunes
De nombreux dispositifs ont été pourtant mis en place par les pouvoirs publics en vue de promouvoir l’employabilité des jeunes. C’est le cas notamment du programme Idmaj, lancé en 2006 avec l’objectif de permettre l’acquisition de compétences professionnelles nouvelles, à travers une première expérience dans l’entreprise. Son rayon d’action est principalement axé sur les jeunes diplômés de l’enseignement supérieur ou de la formation professionnelle inscrit à l’Anapec.
Le programme Tahfiz a, quant à lui, vu le jour en 2016 avec comme public cible les jeunes diplômés, à travers leur insertion professionnelle au sein des entreprises nouvellement créées. Il y a aussi le programme Taehil, mis en place en vue d’améliorer l’employabilité des chercheurs d’emploi à travers des formations adaptées aux besoins des secteurs porteurs. Pour sa part, le programme Forsa est destiné à soutenir les porteurs de projets à travers une offre de valeur adaptée, alliant financement, formation et accompagnement post-financement des bénéficiaires.
A fin octobre 2025, le gouvernement faisait état de 16.600 projets opérationnels générant 1,6 milliard de dirhams de chiffre d'affaires annuel et créant près de 21.000 emplois sur l'ensemble du territoire national. Et le tout dernier programme national a été lancé en octobre 2025. Appelé Tadaroj, il a pour ambition de former 100.000 jeunes chaque année. S’il y a une volonté des pouvoirs publics d’améliorer l’employabilité des jeunes, il semble néanmoins que les programmes lancés ne produisent pas tous les effets escomptés. Programmes mal ficelés ? Défaut d’accompagnement ? Problèmes de compétences au niveau des porteurs de projets ?
Pour Doumou, «il est louable de promouvoir l’esprit d’entreprise, le leadership et les atouts de l’entrepreneuriat chez la jeunesse. Mais si l’on n’est pas suffisamment outillés intellectuellement (faculté d’analyse et de synthèse), techniquement (le digital et le numérique) et manuellement (métiers manuels et artisanaux), et qu’on n’a pas le goût de l’effort et du travail bien fait, alors tous les programmes étatiques d’insertion professionnelle par apprentissage (Tadarroj) et le travail d’autres institutions dédiées à la promotion de l’emploi, telles que le ministère de l'Inclusion économique, de la Petite entreprise, de l'Emploi et des Compétences, l’OFPPT, l’Anapec, les CMC (Cités des métiers et des compétences), les CRI et l’Entraide nationale ne parviendront pas à régler définitivement la problématique persistante du chômage des jeunes sur l’ensemble du territoire marocain».
Par ailleurs, conclut-il, «l’approche territoriale de l’emploi, qui est la plus idoine en termes de résultats, ne sera rendue possible que lorsque la politique de la régionalisation avancée sera réellement menée à son terme (Programme de développement territorial intégré pour chacune de nos 12 régions)».