La Coupe du monde 2030 ne sera pas qu'un événement sportif, mais aussi un accélérateur sans précédent du marché de l'emploi marocain. BTP, hôtellerie, logistique, industrie : les besoins en main-d'œuvre vont exploser simultanément dans plusieurs villes du Royaume, créant une pression inédite sur le secteur de l'intérim. Entretien avec Claudia Gaudiau-Francisco, secrétaire générale du groupe Tectra.
Propos recueillis par Z. A.
Finances News Hebdo : La Coupe du monde 2030 est souvent présentée comme un formidable gisement d'emplois. Concrètement, quelles sont vos estimations concernant l'emploi temporaire au Maroc d'ici 2030 ?
Claudia Gaudiau-Francisco : Les projections les plus sérieuses évoquent entre 250.000 et 300.000 emplois générés d'ici 2030, portés principalement par le BTP, l'hôtellerie et la restauration, et la logistique. Le ministère de l'Emploi a lui-même annoncé jusqu'à 70.000 créations nettes par an dans le seul secteur de la construction, sur un marché de chantiers évalué à 64 milliards de dirhams. À cela s'ajoutent plus d'un million de visiteurs étrangers attendus au Maroc, ce qui démultipliera les besoins en ressources humaines de manière simultanée dans plusieurs villes du Royaume. Mais ce qui compte avant tout, c'est la nature de ces emplois et la qualité des trajectoires qu'ils peuvent ouvrir. Tectra est présent depuis plus de vingt ans sur le marché du travail marocain, avec 30 agences réparties sur tout le territoire national et une présence africaine affirmée en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Cameroun, au Bénin et au Togo. Ce maillage unique a été construit précisément pour répondre à des besoins massifs et simultanés, partout où nos clients en ont besoin. Pour nous, 2030 n'est pas une aubaine que l'on saisit au vol. C'est l'aboutissement d'une trajectoire construite patiemment, au service du capital humain marocain et africain.
F. N. H. : Quels secteurs seront les plus grands recruteurs de personnel temporaire dans le cadre des préparatifs et de l'événement lui-même ?
C. G. F. : La demande sera transversale, et c'est précisément là où la force de Tectra prend tout son sens. Nous intervenons dans tous les secteurs de l'économie marocaine : BTP, logistique, hôtellerie et restauration, industrie et le tertiaire. Cette polyvalence sectorielle, construite sur plus de deux décennies d'expertise terrain, nous place en position idéale pour accompagner l'ensemble des besoins liés au Mondial. Le BTP concentrera les besoins les plus immédiats avec des volumes sans précédent : rénovation de six stades, construction d'une enceinte de plus de 100.000 places, développement des infrastructures ferroviaires et aéroportuaires. La logistique suivra naturellement dans le sillage de ces grands chantiers, avec une demande forte en opérateurs, coordinateurs de flux et gestionnaires d'entrepôts. L'hôtellerie et la restauration représentent, quant à elles, le secteur le plus stratégique sur le long terme, car ces métiers ont vocation à se pérenniser bien au-delà de 2030, en alimentant l'attractivité touristique durable du Maroc. Ce qui est remarquable, c'est que cet événement crée des opportunités pour tous les niveaux de qualification. La jeunesse marocaine est au rendez-vous, formée, mobile, ambitieuse. Tectra est là pour être le pont entre cette énergie et les besoins concrets des entreprises.
F. N. H. : Assistez-vous déjà à une hausse de la demande de la part de vos clients liée aux projets d'infrastructures ou aux investissements associés au Mondial ?
C. G. F. : Absolument, et cette dynamique est enthousiasmante. L'annonce de la co-organisation avec l'Espagne et le Portugal a déclenché un afflux d'investissements locaux et étrangers, portés notamment par les incitations fiscales de la nouvelle Charte de l'investissement. Nos agences, présentes dans toutes les grandes villes du Royaume, sont en première ligne de cette transformation. Nous observons une demande croissante de contrats longue durée, de profils techniques spécialisés comme les conducteurs de travaux et les ingénieurs en génie civil, ainsi que de personnels qualifiés dans l'hôtellerie, la restauration et la logistique, avec des délais de mise à disposition de plus en plus comprimés. C'est une réalité que Tectra vit pleinement au quotidien. Notre réseau de proximité, nos 35.000 intérimaires mobilisables et notre connaissance fine des bassins d'emploi régionaux nous permettent de répondre avec une agilité et une réactivité que notre expérience de plus de vingt ans sur le marché marocain nous a permis de forger. Nous sommes fiers d'être aux côtés des entreprises qui bâtissent le Maroc de demain.
F. N. H. : Quel rôle les agences d'emploi temporaire peuvent-elles jouer dans la montée en compétences des travailleurs marocains ?
C. G. F. : Un rôle central, et je dirais même un rôle de coresponsabilité avec l'État et les entreprises. Il faut définitivement dépasser la vision de l'agence d'intérim comme simple variable d'ajustement du marché du travail. Par leur position d'interface entre les bassins de talents et les besoins des entreprises, les agences sont des acteurs incontournables de la formation et de l'insertion professionnelle. Chez Tectra, nous développons des partenariats avec des organismes de formation pour qualifier les profils avant leur prise de poste, les accompagner pendant leurs missions et préparer leur avenir après 2030. L'insertion des jeunes est au cœur de notre engagement quotidien : nous croyons profondément que le travail temporaire bien encadré est le meilleur tremplin vers l'emploi durable. Un jeune bien accompagné dans sa première mission, c'est un futur chef d'équipe, parfois un futur entrepreneur. Vingt ans de terrain nous ont solidement ancré dans cette conviction, et nos 30 agences la mettent en pratique chaque jour, au plus près des réalités locales de chaque région du Maroc.
F. N. H. : Le Mondial peut-il constituer un accélérateur durable pour le secteur de l'intérim au Maroc ou s'agitil essentiellement d'un effet ponctuel ?
C. G. F. : Je suis profondément optimiste, et les raisons de l'être sont solides. Le Mondial est un puissant révélateur et accélérateur de tendances qui existaient déjà. La montée en puissance du tourisme expérientiel, le développement des énergies renouvelables, l'essor de la logistique sont autant de secteurs porteurs qui bénéficieront durablement des compétences développées pour 2030. Ce que le Maroc est en train de construire, ce n'est pas une vitrine éphémère, c'est une infrastructure de compétences qui servira le pays pendant des décennies. Le secteur de l'intérim en sortira structurellement plus fort, plus professionnel, plus reconnu dans sa dimension stratégique. Tectra entend jouer un rôle moteur dans cette transformation. Acteur majeur de l'emploi au Maroc, nous avons la présence, l'expertise sectorielle et l'ancrage humain pour faire de cette échéance un véritable accélérateur durable du marché du travail marocain. Nous y croyons, et nous nous y préparons avec toute notre énergie.
F. N. H. : Existe-t-il un risque de pénurie de main-d'œuvre dans certains secteurs à mesure que les chantiers s'accélèrent ?
C. G. F. : La tension existe, mais elle est surmontable si l'on s'y prépare avec méthode et anticipation. Le BTP connaît aujourd'hui une forte sollicitation avec des chantiers qui se cumulent : reconstruction postséisme du Haouz, CAN 2025 et préparatifs du Mondial 2030. Les profils techniques spécialisés sont très recherchés sur l'ensemble du territoire. L'hôtellerie, la restauration et la logistique sont également confrontées à une tension croissante sur certains métiers clés. C'est précisément dans ces moments de forte pression que la valeur ajoutée de Tectra se révèle pleinement. Notre réseau de 30 agences nous permet de détecter les viviers de compétences là où ils se trouvent, y compris dans les régions moins urbanisées, et de les mobiliser rapidement au service des entreprises. Nous travaillons en amont, en anticipant les besoins de nos 1.400 clients et en construisant des réponses surmesure. La pénurie ne sera pas une fatalité pour ceux qui s'organisent avec vision et engagement. Et Tectra s'y engage pleinement.
F. N. H. : Comment transformer ces emplois temporaires en emplois durables ?
C. G. F. : C'est la question qui donne son sens à tout le reste, et c'est celle qui nous mobilise le plus profondément chez Tectra. Notre réponse repose sur trois piliers fondamentaux. Le premier est la certification systématique des compétences: chaque mission temporaire doit être une opportunité de valider des savoir-faire reconnus et transférables, d'un employeur à l'autre, d'un secteur à l'autre. Le deuxième est la reconversion anticipée : accompagner dès maintenant les travailleurs vers des filières pérennes comme la logistique verte, le tourisme durable ou l'hôtellerie de qualité. Le troisième est l'inclusion et la mixité : chez Tectra, nous plaçons des femmes dans des fonctions de coordination, de management et de gestion, parce que leur présence est un facteur de performance et de cohésion sociale. Nous le prouvons chaque jour sur le terrain. Il y a enfin une ambition plus large qui me tient profondément à cœur. Tectra est un acteur africain, ancré au Maroc mais tourné vers le continent, avec des filiales en Côte d'Ivoire, au Sénégal, au Cameroun, au Bénin et au Togo. Le Maroc accueille le Mondial, mais c'est tout un continent qui peut en bénéficier. En valorisant la circulation des compétences et en structurant le capital humain africain, nous créons des passerelles durables entre les territoires, les économies et les parcours de vie. La Coupe du monde 2030 n'est pas seulement un événement à accueillir. C'est le levier d'une transformation profonde, portée par une jeunesse talentueuse, mobile et ambitieuse. Une Afrique qui ne se contente plus de participer, mais qui entend pleinement écrire la suite de son histoire.