Avec le Ramadan, les prix du poisson connaissent de fortes variations dans plusieurs villes du Royaume. Derrière ces fluctuations, c’est tout l’équilibre entre approvisionnement, distribution et pouvoir d’achat qui se trouve mis à l’épreuve.
Par K. A.
Dans plusieurs villes, les consommateurs découvrent des prix plus élevés que d’habitude, surtout pour la sardine, longtemps considérée comme l’aliment le plus accessible pour les ménages. Dans certains quartiers de Casablanca, les étals affichent des tarifs qui dépassent largement ceux observés quelques semaines plus tôt. Chez plusieurs détaillants, le kilo de sardines atteint 30 dirhams selon les jours.
Les maquereaux se vendent autour de 45 à 50 dirhams le kilo, les merlans 60 dirhams et le mulet cabot peut dépasser 70 dirhams. Les variations sont importantes d’un point de vente à l’autre et d’un jour à l’autre. Pour les clients, l’impression qui domine est que le prix change sans crier gare, ce qui complique la planification des achats pour le Ramadan. La hausse intervient à un moment particulier du calendrier. En effet, pendant le Ramadan, les habitudes alimentaires évoluent et la demande de poisson augmente nettement.
Les familles recherchent davantage de produits frais pour les repas du soir, ce qui accentue la pression sur les marchés. Car lorsque l’offre ne suit pas le même rythme, les prix réagissent très vite. Sur les marchés de quartier, les discussions portent sur le même sujet. Beaucoup de consommateurs expriment la même incompréhension. Bien que le Maroc dispose de longues façades maritimes et d’une activité de pêche importante, dès que la demande augmente, les prix du poisson deviennent instables.
Des arrivages irréguliers
Kader, marchand de poissons, parle d’une situation qu’il vit chaque année, mais qu’il juge plus marquée cette fois. «Ça dépend seulement de ce que l’on reçoit le matin. Quand le camion arrive avec moins de caisses, on le voit tout de suite. Les clients sont là, ils demandent, ils veulent acheter… mais si la quantité n’est pas suffisante, on ne peut pas garder les mêmes prix. C’est la loi de l’offre et de la demande», explique-t-il. Selon lui, le marché réagit presque immédiatement au moindre changement de volume. Certains jours, l’offre est correcte. D’autres jours, les quantités diminuent nettement. Les prix suivent ce mouvement sans délai.
Kader décrit un mécanisme simple, qu’il répète plusieurs fois aux clients surpris par les tarifs affichés : «les clients pensent que nous décidons du prix comme on veut, mais ce n’est pas comme cela que ça marche. Si je paie plus cher le matin, je dois vendre plus cher dans la journée. Sinon je travaille à perte. Parfois, on reçoit une petite quantité de sardines, vraiment peu… Et dans ces cas-là, on ne peut pas faire de miracle. La marchandise est rare, donc le prix monte».
Cette instabilité n’est pas la conséquence d’un seul facteur. Les professionnels évoquent plusieurs causes. Il y a d’abord les conditions météorologiques qui influencent les sorties en mer. Les périodes de repos biologique limitent aussi les captures pendant certaines périodes de l’année. Sans oublier les délais de transport vers les grandes villes qui jouent également un rôle. Chaque difficulté réduit la quantité disponible sur les étals. Mais la production ne constitue qu’une partie de l’explication. Entre le port et le consommateur final, le poisson traverse plusieurs circuits commerciaux. Transport frigorifique, manutention, stockage et revente intermédiaire.
Chaque étape ajoute un coût. Lorsque les volumes diminuent, ces coûts deviennent plus visibles dans le prix final. Dans ce contexte, la demande saisonnière agit comme un accélérateur. Ramadan concentre les achats sur une période courte. Le marché doit absorber un volume de consommation plus élevé que pendant le reste de l’année. Si l’offre est stable ou diminue légèrement, l’écart devient immédiatement perceptible. Cette sensibilité s’explique aussi par la place du poisson dans l’alimentation des foyers. Selon les estimations de la FAO, la consommation moyenne annuelle par habitant au Maroc atteint environ 17 kilogrammes. Ce niveau figure parmi les plus élevés du continent africain.
Toute variation de prix touche donc une part importante de la population. Dans les marchés, cette réalité prend une forme très concrète. Les clients comparent les prix, réduisent les quantités achetées ou changent de produit selon les arrivages. Certains se tournent vers d’autres espèces lorsque la sardine devient trop chère. D’autres préfèrent attendre quelques jours, dans l’espoir d’une baisse. Pour les vendeurs, la situation demeure délicate. Ils doivent ajuster leurs prix en fonction du coût d’achat, tout en tenant compte du pouvoir d’achat de leur clientèle. L’équilibre est fragile. Si les tarifs montent trop vite, les ventes ralentissent. Et si les prix restent trop bas, les marges disparaissent.
À court terme, plusieurs professionnels espèrent une amélioration, avec le retour de volumes plus réguliers sur les marchés. Une offre plus stable permettrait de réduire les écarts de prix observés ces dernières semaines. Mais l’épisode actuel rappelle un fonctionnement bien connu du secteur. Le marché du poisson reste très sensible à la moindre variation d’approvisionnement. Chaque Ramadan met ce mécanisme en évidence. La demande augmente, l’offre varie, les prix réagissent. Derrière la fluctuation du prix de la sardine, c’est tout l’équilibre entre production, distribution et consommation qui apparaît.