La province a présenté aux investisseurs les leviers sur lesquels elle entend bâtir son développement : une position stratégique aux portes de l'Afrique de l'Ouest, un fort potentiel dans les énergies renouvelables, des dispositifs d'incitation attractifs et des opportunités encore largement inexploitées dans le tourisme et les services.
Par Z. A.
Pendant quatre jours, du 10 au 13 juillet, Smara a accueilli la première édition de Smara Invest Experience, une initiative destinée à faire découvrir les atouts économiques de cette province du Sahara marocain à des investisseurs, entrepreneurs, porteurs de projets et représentants d'institutions nationales et internationales.
Organisé par l'association Nord Sud Action, en partenariat avec la province de Smara, l'événement ambitionne de placer ce territoire sur la carte des nouvelles destinations d'investissement du Royaume. Lors de la cérémonie d'ouverture, le président du Conseil régional de Laâyoune-Sakia El Hamra, Sidi Hamdi Ould Rachid, a rappelé les transformations engagées ces dernières années en matière d'infrastructures, de connectivité, d'aménagement du territoire, de services publics et de développement économique.
Autant d'investissements qui, selon lui, font désormais de la région «un espace particulièrement propice aux investisseurs». Cette ambition est partagée par les partenaires économiques présents à l'événement. Président de la Chambre française de commerce et d'industrie du Maroc (CFCIM), Sébastien Lebonté estime que cette première édition a permis de renouer les contacts avec les acteurs locaux et de mesurer concrètement les opportunités offertes par la province.
Pour lui, cette immersion facilitera l'accompagnement des entreprises françaises souhaitant investir dans la région. Il rappelle d'ailleurs que la CFCIM a ouvert, en novembre 2025, une délégation permanente à Smara, convaincue du potentiel de développement des provinces du Sud. Même intérêt du côté de la Chambre de commerce italoarabe. Sa représentante, Nunzia Cocozza, considère que participer à cette dynamique revient à accompagner la vision portée par le Roi Mohammed VI pour le développement du Sahara marocain. «L'important est de faire partie d'une vision plus grande que nous», a-t-elle déclaré.
Une province aux dimensions d'un Etat
La région de Laâyoune-Sakia El Hamra couvre 140.018 km², répartis entre quatre provinces, pour une population de plus de 451.000 habitants et 575 kilomètres de façade atlantique. A elle seule, la province de Smara s'étend sur 61.760 km², soit une superficie comparable à celle de plusieurs pays européens.
«C'est un peu plus que la Croatie et un peu moins que la Lettonie ou la Lituanie», souligne Mohamed Jifer, directeur du Centre régional d'investissement (CRI) de LaâyouneSakia El Hamra. Cette faible densité de population — à peine 1,2 habitant au km² — constitue, selon lui, un avantage pour accueillir de grands projets industriels et énergétiques, notamment dans le solaire. L'un des principaux arguments avancés pour convaincre les investisseurs concerne la position géographique de Smara.
La province devrait devenir la première ville marocaine reliée directement à la Mauritanie par un nouvel axe routier via le poste-frontière de Bir Moghrein (Amgala), dont l'ouverture est annoncée prochainement. Ce corridor viendra compléter celui de Guerguerat et renforcera le rôle de Smara comme plateforme logistique reliant le Maroc aux marchés mauritanien, puis ouest-africain.
A terme, cette connexion offrira un accès direct au marché de la CEDEAO, fort de plus de 380 millions de consommateurs, confortant la vocation de la province comme hub d'échanges vers l'Afrique subsaharienne. Le potentiel énergétique constitue un autre levier de développement. Smara bénéficie d'un rayonnement solaire direct compris entre 2.600 et 2.800 kWh/m² par an, l'un des plus élevés du Royaume.
Une ressource particulièrement favorable au développement de centrales photovoltaïques et de projets solaires thermodynamiques à des coûts compétitifs. Les investisseurs pourront également s'appuyer sur les dispositifs prévus par la nouvelle Charte de l'investissement ainsi que sur les mécanismes spécifiques aux provinces du Sud. Les projets implantés à Smara peuvent bénéficier de la prime territoriale maximale de 15%, à laquelle s'ajoutent les aides liées à la création d'emplois, au secteur d'activité ou encore au développement durable. Au total, les subventions peuvent couvrir jusqu'à 30% du coût d'investissement.
Pour Mohamed Jifer, ces incitations s'inscrivent dans une dynamique plus large. Depuis 2015, la région affiche une croissance annuelle moyenne proche de 7% contre environ 3% au niveau national. Cette progression a été soutenue par près de cinq milliards de dirhams d'investissements publics destinés à renforcer les infrastructures et les équipements structurants. L'enjeu consiste désormais à transformer cet effort public en moteur de l'investissement privé. Parmi les projets identifiés comme particulièrement prometteurs figure le glamping, une forme d'hébergement haut de gamme en pleine nature qui séduit une clientèle internationale en quête d'expériences originales.
Pour Younes Hajoui, représentant de la Société marocaine d'ingénierie touristique (SMIT), ce type d'offre correspond parfaitement aux caractéristiques de Smara. L'objectif est de proposer des hébergements intégrés dans l'environnement désertique, tout en offrant une expérience authentique et respectueuse des paysages. «Nous sommes dans un momentum extraordinaire», affirme-t-il.