Tourisme médical : un potentiel stratégique encore à structurer

Tourisme médical : un potentiel stratégique encore à structurer

Le Maroc se trouve aujourd’hui à un tournant décisif pour développer le tourisme médical. Avec des infrastructures modernes, un corps médical compétent, des coûts de soins compétitifs et une proximité géographique idéale avec l’Europe et l’Afrique, le Royaume possède de solides atouts pour attirer une clientèle internationale.

Le secteur privé marocain a investi massivement dans des hôpitaux de nouvelle génération, intégrant intelligence artificielle, robotique médicale et imagerie avancée. Des projets d’envergure déjà réalisés ou en cours illustrent ce dynamisme croissant. Conformément à la feuille de route stratégique du tourisme 2023-2026, le Maroc ambitionne d’atteindre 17,5 millions de touristes et 120 milliards de dirhams de recettes à l’horizon 2026, notamment grâce à la diversification de son offre, où le tourisme médical et de bien-être occupe une place stratégique.

Les rapports du Conseil économique, social et environnemental (CESE) et du Nouveau modèle de développement (NMD) convergent sur un point. Le Maroc peut valoriser ce potentiel pour générer de nouvelles recettes touristiques, renforcer son positionnement régional et répondre à une demande croissante. Cet élan suppose toutefois une stratégie nationale intégrée et une gouvernance cohérente.

Un secteur privé moteur, mais encore isolé

Pour Dr Rajaa Ghanimi, chercheuse (PhD) en IA appliquée à la médecine, auteure et présidente fondatrice de l’association Hippocrate DS, les avancées du secteur privé sur ce segment constituent déjà une base solide.

«Le Maroc dispose aujourd’hui d’infrastructures modernes, des technologies avancées et des investissements privés conséquents. Le Groupe Akdital, leader national, gère 3.706 lits en 2024 répartis sur 33 établissements, soit une croissance de plus de 60 % en un an. Par ailleurs, des projets comme Marrakech Healthcare City, financé par le promoteur émirati Tasweek, illustrent l’émergence de villages médicaux luxueux dédiés à la santé et au bien-être», soulignet-elle. Et d’ajouter que «les coûts des soins médicaux au Maroc demeurent de 60% à 85% inférieurs à ceux pratiqués en Europe, selon le Medical Tourism Index 2024 et Better Medical Tourism 2024. Ce différentiel confère un avantage compétitif majeur, renforcé par la position géographique stratégique du Maroc, à seulement trois heures de vol des grandes capitales européennes».

La spécialiste porte un plaidoyer en faveur d’un plan national pour le tourisme médical, afin de transformer ce potentiel en un véritable moteur de développement. Pourtant, malgré ces avancées, le secteur doit encore surmonter plusieurs défis. Selon Ghanimi, il s’agit notamment de «l’absence d’une stratégie nationale intégrée, l’absence d’un office de tourisme médical capable d’impliquer public et privé, et une visibilité numérique limitée face à des destinations concurrentes comme la Turquie ou l’Inde».

Par ailleurs, ajoute-t-elle, «l’absence d’un bureau national dédié et d’une marque forte, la fuite annuelle de 600 à 700 médecins, ainsi qu’un déficit de visibilité digitale, limitent l’attractivité du Royaume. La création d’une marque Maroc Santé et le renforcement des partenariats public-privé pourraient transformer ce potentiel en une industrie pleinement structurée».

Quand la prise en charge devient un levier d’attractivité

Pour attirer une clientèle internationale, le Maroc doit non seulement offrir des infrastructures et des soins compétitifs, mais aussi instaurer un climat de confiance solide avec ses patients, notamment africains. C’est dans ce contexte que le rôle des professionnels qui développent concrètement le tourisme médical au Maroc, comme Morocco Health Solutions (MHS), prend toute son importance. «Le Maroc possède tout pour devenir une destination incontournable.

À savoir sa proximité géographique avec l’Afrique, ses infrastructures touristiques et médicales de qualité, son climat attrayant et un corps médical compétent capable de proposer une offre variée et fiable. Ce que recherchent les patients africains, c’est un parcours simple, sûr et transparent, du premier contact jusqu’au suivi post-intervention. Chez MHS, nous travaillons à offrir une prise en charge complète et sécurisée, avec des cliniques accréditées et un suivi médical personnalisé», affirme Abdelhadi Mountassir, CEO et fondateur de MHS. Une exigence qui, selon le fondateur de MHS, va au-delà de la simple attractivité et engage une responsabilité envers le système de santé national.

«Le tourisme médical ne doit pas être seulement une opportunité économique; il doit bénéficier au système national tout en garantissant un accès équitable aux soins pour les Marocains. Cette approche éthique est essentielle pour générer de la valeur durable et attirer la clientèle internationale», insiste-t-il.

 

Régulation et éthique

Le potentiel du Maroc ne sera pleinement exploité que si l’offre est structurée et alignée sur les standards internationaux. La régulation, la certification, la formation continue et la valorisation des compétences demeurent indispensables pour garantir la qualité et la sécurité des soins.

Dans cette dynamique, la réflexion éthique occupe une place centrale. Pour Pr Intissar Haddiya, médecin-néphrologue, romancière et PhD en responsabilité sociale de la santé, il est essentiel d’intégrer pleinement les enjeux éthiques dans le développement du tourisme médical. «Le Maroc possède des compétences médicales reconnues, une infrastructure hôtelière développée et des coûts compétitifs. Ces atouts sont indéniables, mais pour transformer le potentiel en avantage réel, il est nécessaire de structurer l’offre, certifier les établissements et garantir des pratiques alignées sur les standards internationaux». Un rappel qui, pour Pr Haddiya, doit guider toute démarche de structuration du secteur. Toutefois, elle insiste sur l’importance de l’équité.

«Le tourisme médical ne doit jamais compromettre l’accès aux soins des citoyens. Les revenus générés doivent être réinvestis dans la formation, la recherche et les infrastructures. La qualité et l’équité doivent rester au cœur de la stratégie. Avec une gouvernance rigoureuse, une stratégie bien ficelée et une approche éthique, le Maroc peut devenir une référence régionale», précise-t-elle. Le Maroc dispose désormais de fondations solides, mais pour convertir ces acquis en véritable avantage stratégique, il lui reste à définir une vision nationale ambitieuse et un modèle pleinement intégré. En conjuguant performance économique, excellence médicale et responsabilité sociale, le Royaume peut faire du tourisme médical non seulement un moteur d’attractivité internationale, mais aussi un pilier de développement de son système de santé.

 

 

 

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