Viandes rouges : «Le marché est en voie de retrouver son équilibre»

Viandes rouges : «Le marché est en voie de retrouver son équilibre»

La reconstitution du cheptel national se fait progressivement. D’ici l’Aid Al-Adha, l’offre couvrira largement la demande et tirera les prix vers le bas. Entretien avec Abderrahmane Mejdoubi, président de l’Association ovine et caprine (ANOC).

 

Propos recueillis par C. Jaidani

Finances News Hebdo : Comment se passe l’opération de reconstitution du cheptel national,  et particulièrement ovin ?

Abderrahmane Mejdoubi : Elle se passe très bien. Le dernier recensement de l’Intérieur indique que 32 millions de têtes ont été identifiées contre 25 millions au début de l’opération en décembre dernier. Avec les pluies abondantes et l’amélioration des parcours naturels, il est fort probable que ce nombre va augmenter dans les mois à venir. Mais il faut bien préciser que 60% seulement du territoire national ont bénéficié des intempéries. Ce qui n’est pas le cas pour les 40% restants qui concernent les régions de l’Oriental, le Sud au-delà de Oued Souss et les plaines de Draâ et Tafilelt.

 

F. N. H. : Qu’en est-il de l’agnelage cette saison ?

A. M. : L’agnelage de l’automne s’est passé dans de bonnes conditions. Le cheptel a bénéficié de l’abondance des pâturages. Celui du printemps s’annonce lui aussi sous de bons auspices. Actuellement, les éleveurs préparent la période de lutte (reproduction). On s’attend également à une nette amélioration de la fécondité étant donné la disponibilité de l’alimentation en quantité suffisante et de qualité.

 

F. N. H. : Quel est votre avis sur le marché de l’aliment de bétail ?

A. M. : L’aliment de bétail coûte encore très cher. Les éleveurs ne peuvent pas se contenter que des parcours naturels pour préparer leurs troupeaux, surtout pour l’Aïd Al-Adha. Les pâturages profitent essentiellement aux ovins femelles et nouveau-nés puisqu’ils seront bien allaités. L’engraissement nécessite des produits particuliers comme l’orge, le son, le maïs et les produits composés. Ces produits s’affichent actuellement à des niveaux jamais atteints auparavant, malgré la subvention. Il faut ajouter également le prix des bottes de paille indispensables dans le cycle de production. Il ne faut donc s’attendre à une baisse des prix qu’après l’Aïd Al-Adha. En général, la situation devrait s‘améliorer avec les récoltes. La campagne agricole de cette année s’annonce meilleure et va profiter amplement à tout le secteur, particulièrement aux activités de l’élevage. On assistera alors à un apaisement des prix tant de l’aliment de bétail que des bêtes vives et, par conséquent, des viandes rouges.

 

F. N. H. : Comment se déroule l’opération de vaccination ?

A. M. : La campagne de vaccination se déroule conformément à son programme. A ce niveau, l’Etat assure tous les engagements qu’il s’est fixés, surtout pour les maladies contagieuses. Le Maroc est cité en exemple dans ce domaine par la FAO. On utilise les meilleurs médicaments et les bonnes pratiques. Les éleveurs, notamment ceux issus de l’Association nationale ovine et caprine (ANOC), procèdent à leurs propres opérations de vaccination deux fois par an.

 

F. N. H. : Nous sommes pratiquement à trois mois de l’Aid Al-Adha, quelles sont vos prévisions ?

A. M. : Je pense que la reconstitution du cheptel est sur de bons rails. D’ici l’Aid Al-Adha, l’offre couvrira largement la demande et le marché est en voie de retrouver son équilibre.

 

F. N. H. : Mais les prix des viandes rouges demeurent élevés…

A. M. : La chaîne de valeur est perturbée au niveau de la distribution. En tout cas, les éleveurs ne sont pas à l’origine de la hausse des prix; il faut plutôt regarder du côté des bouchers et des chevillards. Certes, le coût de production est élevé, mais il ne justifie pas le prix domestique des viandes rouges. On produit en moyenne à un coût de 70 DH/ Kg, alors que le prix de vente oscille entre 100 et 140 DH/ Kg. Cela prouve qu’il existe une marge bénéficiaire excessive chez les bouchers et les chevillards. Ces derniers et les marchands d’aliment de bétail sont les grands bénéficiaires de l’annulation de l’Aid Al-Adha l’année dernière. Les éleveurs sont les plus pénalisés. C’est à ce niveau qu’il faut travailler pour mettre à niveau la filière.

 

 

 

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