BCloud : «Le véritable enjeu n’est plus d’adopter le cloud, mais de le maîtriser stratégiquement»

BCloud : «Le véritable enjeu n’est plus d’adopter le cloud, mais de le maîtriser stratégiquement»

À l’heure où la souveraineté numérique redéfinit les rapports de puissance, la maîtrise des compétences cloud devient un enjeu stratégique pour le Maroc. Former les talents n’est plus une option, mais une nécessité pour sécuriser l’indépendance technologique du Royaume. BCloud entend jouer un rôle important dans la structuration de cet écosystème en pleine mutation. Entretien avec El Ghali Berrada, directeur commercial de BCloud.

 

Propos recueillis par Ibtissam Z.

Finances News Hebdo : Pensez-vous que le Maroc est en train de construire un véritable écosystème souverain de compétences cloud et IT, et quel rôle BCloud ambitionne-t-il d’y jouer à l’horizon 2030 ?

El Ghali Berrada : La souveraineté numérique est le nouveau paradigme de la puissance étatique. Elle ne se décrète pas par la simple construction de centres de données sur le territoire national; elle se forge par la maîtrise endogène de l'intelligence qui les anime. Le Maroc, porté par la vision stratégique de Maroc Digital 2030, a compris que l’infrastructure sans le capital humain n’est qu'une coquille vide. Nous sortons enfin de l'ère de la consommation passive de solutions importées pour entrer dans celle de l'autonomie technologique. L'ambition de BCloud à l'horizon 2030 est de devenir le garant de cette autonomie. Nous ne nous contentons pas de délivrer des formations; nous structurons une «défense passive» numérique par la compétence. Notre rôle est de bâtir un réservoir de talents capables de concevoir des architectures hybrides et multi-cloud complexes, tout en intégrant les impératifs de sécurité nationale édictés par la DGSSI. En 2030, BCloud veut être l'institution qui aura permis au tissu économique marocain de ne plus être un simple locataire de technologies étrangères, mais un propriétaire éclairé de son destin digital.

 

F.N.H. : Depuis la création de BCloud en 2014, comment analysez-vous l’évolution de l’écosystème tech et TPME au Maroc, notamment en matière d’adoption du cloud et de maturité digitale des entreprises ?

E. G. B. : En 2014, nous étions des pionniers dans un désert cognitif. En effet, le cloud était perçu comme une menace pour la confidentialité ou un luxe pour les multinationales. En une décennie, nous avons assisté à une accélération phénoménale, compressée par l'effet catalyseur de la crise sanitaire. Aujourd'hui, le cloud est devenu l'infrastructure de base, l'équivalent de l'électricité pour l'entreprise moderne. Cependant, la maturité digitale reste hétérogène. Si les grandes entreprises ont opéré leur mutation, les TPME marocaines font face au paradoxe de l'agilité. Elles ont conscience que le cloud est leur meilleur levier de compétitivité, mais elles manquent de traducteurs internes capables de lier la technique au business. On observe une transition majeure  : on ne parle plus de migration, mais d'optimisation. L'enjeu n'est plus d'aller sur le cloud, mais d'y rester de manière rentable (FinOps) et sécurisée. BCloud a évolué pour combler ce fossé, en transformant la complexité technique en un langage de gestion compréhensible pour le chef d'entreprise marocain.

 

F.N.H. : Face à la montée des cabinets internationaux et des plateformes globales de formation, comment BCloud parvient-il à se différencier sur le marché marocain et africain ?

E. G. B. : Notre différenciation est une question de pertinence contextuelle et de responsabilité territoriale. Les plateformes globales (MOOCs) proposent un savoir liquide, standardisé pour un ingénieur à San Francisco ou Londres. Or, la réalité d'un DSI à Casablanca ou Dakar est radicalement différente : latence réseau, contraintes de change, cadres réglementaires spécifiques (loi 09-08 au Maroc) et, surtout, une rareté de ressources critiques. Face aux cabinets internationaux qui facturent souvent des méthodologies déconnectées du terrain, BCloud apporte une valeur ajoutée de proximité. Nous sommes les seuls à proposer des cursus de haut niveau, certifiés par les plus grands éditeurs mondiaux, mais infusés de notre expérience des réalités africaines. Stratégiquement, choisir BCloud, c'est investir dans un écosystème qui réinjecte la valeur localement. Nous ne vendons pas des licences; nous transférons des actifs immatériels au cœur des entreprises marocaines pour qu'elles cessent de dépendre de l'assistance technique étrangère.

 

F.N.H. : Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels font face les TPME marocaines dans leur transformation digitale et comment BCloud adaptet-il son approche pour y répondre concrètement ?

E. G. B. : Le défi majeur est le «frettage des talents». La TPME forme ses cadres, mais peine à les retenir face à l'attractivité de l'offshoring et de l'exportation directe de services. Le second défi est la dette technologique. En effet, beaucoup d'entreprises traînent des systèmes obsolètes qui freinent leur innovation. BCloud répond par une approche de «Formation-Action». Nous ne proposons pas des séminaires théoriques. Nos programmes sont conçus pour que les apprenants travaillent sur les cas réels de leur propre entreprise. Nous avons également lancé des modules de micro-certification avec des parcours courts, ultraciblés notamment sécurité cloud, automatisation et gouvernance de la donnée qui permettent une montée en compétence rapide sans paralyser l'activité de la TPME. Nous aidons le dirigeant à passer d'une informatique de coût à une informatique de valeur, où chaque Dirham investi dans le cloud génère un gain d'agilité immédiat.

 

F.N.H. : BCloud s’est développé sans levée de fonds depuis sa création. Ce choix était-il stratégique dès le départ ? Quel rôle joue réellement le financement dans la réussite ou l’échec des startups dans l’écosystème marocain ?

E. G. B. : C’était un choix de liberté doctrinale. Le «Bootstrapping» nous a forcés à une excellence opérationnelle immédiate; dans notre modèle, le client est le premier investisseur. Cette indépendance financière nous permet de garder une vision à long terme, là où une levée de fonds nous aurait imposé des métriques de croissance quantitative au détriment parfois de la qualité académique. Dans l'écosystème marocain, il y a un mythe dangereux autour du financement. L'argent est un accélérateur, pas un moteur. Beaucoup de startups échouent non pas par manque de capital, mais par manque de product-market fit. On confond trop souvent lever des fonds et réussir un business. Au Maroc, le véritable défi n'est pas de trouver du cash, mais de trouver des clients prêts à payer pour une valeur ajoutée réelle. Chez BCloud, nous avons prouvé que la rentabilité organique est le meilleur gage de pérennité et de crédibilité face à nos partenaires internationaux.

 

F.N.H. : Votre modèle repose sur des formations certifiantes à forte valeur ajoutée. Comment mesurezvous l’impact réel de ces programmes sur la performance des entreprises et sur la compétitivité du tissu économique marocain ?

E. G. B. : L'impact se mesure par la densité technologique de l'entreprise. Après un passage chez infusés de notre expérience des réalités africaines. Stratégiquement, choisir BCloud, c'est investir dans un écosystème qui réinjecte la valeur localement. Nous ne vendons pas des licences; nous transférons des actifs immatériels au cœur des entreprises marocaines pour qu'elles cessent de dépendre de l'assistance technique étrangère.

 

F.N.H. : Quels sont aujourd’hui les principaux défis auxquels font face les TPME marocaines dans leur transformation digitale et comment BCloud adaptet-il son approche pour y répondre concrètement ?

E. G. B. : Le défi majeur est le «frettage des talents». La TPME forme ses cadres, mais peine à les retenir face à l'attractivité de l'offshoring et de l'exportation directe de services. Le second défi est la dette technologique. En effet, beaucoup d'entreprises traînent des systèmes obsolètes qui freinent leur innovation. BCloud répond par une approche de «Formation-Action». Nous ne proposons pas des séminaires théoriques. Nos programmes sont conçus pour que les apprenants travaillent sur les cas réels de leur propre entreprise. Nous avons également lancé des modules de micro-certification avec des parcours courts, ultraciblés notamment sécurité cloud, automatisation et gouvernance de la donnée qui permettent une montée en compétence rapide sans paralyser l'activité de la TPME. Nous aidons le dirigeant à passer d'une informatique de coût à une informatique de valeur, où chaque Dirham investi dans le cloud génère un gain d'agilité immédiat.

 

F.N.H. : BCloud s’est développé sans levée de fonds depuis sa création. Ce choix était-il stratégique dès le départ ? Quel rôle joue réellement le financement dans la réussite ou l’échec des startups dans l’écosystème marocain ?

E. G. B. : C’était un choix de liberté doctrinale. Le «Bootstrapping» nous a forcés à une excellence opérationnelle immédiate; dans notre modèle, le client est le premier investisseur. Cette indépendance financière nous permet de garder une vision à long terme, là où une levée de fonds nous aurait imposé des métriques de croissance quantitative au détriment parfois de la qualité académique. Dans l'écosystème marocain, il y a un mythe dangereux autour du financement. L'argent est un accélérateur, pas un moteur. Beaucoup de startups échouent non pas par manque de capital, mais par manque de product-market fit. On confond trop souvent lever des fonds et réussir un business. Au Maroc, le véritable défi n'est pas de trouver du cash, mais de trouver des clients prêts à payer pour une valeur ajoutée réelle. Chez BCloud, nous avons prouvé que la rentabilité organique est le meilleur gage de pérennité et de crédibilité face à nos partenaires internationaux.

 

F.N.H. : Votre modèle repose sur des formations certifiantes à forte valeur ajoutée. Comment mesurezvous l’impact réel de ces programmes sur la performance des entreprises et sur la compétitivité du tissu économique marocain ?

E. G. B. : L'impact se mesure par la densité technologique de l'entreprise. Après un passage chez BCloud, nous observons chez nos clients une baisse drastique du «Shadow IT» (l'informatique sauvage non maîtrisée) et une optimisation des coûts d'infrastructure pouvant aller jusqu'à 30%. Une équipe certifiée, c'est une équipe qui sait dimensionner ses ressources au plus juste. À l'échelle macroéconomique, nous contribuons au country branding. Quand une entreprise internationale cherche à s'installer au Maroc, elle regarde le nombre de certifiés AWS, Azure ou Google cloud disponibles sur le marché. En produisant ces certifications à la chaîne, BCloud améliore directement l'attractivité du Royaume. Nous transformons le Maroc d'un centre de services à bas coût en un centre de services à haute valeur ajoutée, ce qui est le seul moyen de maintenir notre compétitivité face à de nouveaux entrants globaux.

 

F.N.H. : Comment structurez-vous aujourd’hui la stratégie de croissance de BCloud face à l’émergence de l’IA et aux nouvelles exigences en matière de gouvernance IT ?

E. G. B. : L'IA est le turbo du cloud, mais c'est un turbo qui nécessite un pilotage précis. Notre stratégie repose sur l'intégration de l'IA responsable. Nous développons des cursus qui ne se limitent pas à l'usage des outils, mais qui traitent de la gouvernance de la donnée. Sans donnée propre et gouvernée, l'IA est inefficace, voire dangereuse. Nous renforçons également notre pôle cybersécurité et conformité. Avec l'IA, les menaces automatisées explosent. BCloud se positionne sur la gouvernance IT de nouvelle génération, en apprenant aux entreprises à automatiser leurs contrôles de sécurité et de conformité. Notre croissance passe par cette hybridation; nous ne formons plus seulement des techniciens du cloud, mais des architectes de la confiance numérique.

 

F.N.H. : À moyen et long terme, quelle ambition portez-vous pour BCloud en termes de positionnement régional et d’influence dans la structuration d’un écosystème africain des compétences digitales ?

E. G. B. : Notre ambition est de devenir le standard africain de la compétence cloud. L'Afrique est le continent de la rupture technologique, mais elle ne peut pas continuer à importer ses cerveaux. Le Maroc doit jouer son rôle de hub continental en exportant son ingénierie pédagogique. BCloud ambitionne de structurer des alliances stratégiques avec des centres de formation à travers toute l'Afrique francophone et anglophone pour créer un réseau de «souveraineté partagée». Nous voulons que le futur CTO d'une banque à Dakar ou d'une startup à Nairobi soit certifié par un organisme qui comprend ses enjeux territoriaux. Notre influence se mesurera à notre capacité à créer une classe moyenne technologique africaine, capable de porter les projets de transformation du continent avec une fierté et une compétence locale. 

 

 

 

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